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  • Leopard Hall - Katherine Schols

    Pour le roman d’aujourd’hui nous restons dans cette folle période des Sweet Sixties, mais plus loin de Londres puisque nous allons voyager d’Australie vers les rives du lac Tanganyika (c’est bien là l’avantage fabuleux des livres que de nous transporter ailleurs en un tour de page)

    Ce voyage particulier nous allons le faire en compagnie d’Anna, jeune femme de Melbourne, au caractère assez effacé au premier abord. Anna est une des héroïnes du nouveau roman de Katherine Schols : Leopard Hall.

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    Anna vit une existence simple et rangée, en compagnie de sa mère, à Melbourne, dans un emploi classique de secrétaire. Elle ne manque pas d’aspiration et de passion, mais somme toute sa vie est relativement terne. Mais son destin se trouve ailleurs, qui viendra la chercher sous les traits d’un détective privé. C’est le début d’une longue et agitée aventure. En effet, ce détective est envoyé par le père mourant d’Anna qui souhaite la revoir après de longues années de séparation.

    Anna quittera donc son existence tranquille de Melbourne pour rejoindre son père au Congo.

    Elle va arriver en plein milieux d’un pays agité par les soubresauts de la décolonisation. Des guerres opposent rebelles et factions gouvernementales.

    C’est là que le roman m’a prise au dépourvu, et bien heureusement. Loin de simplement conter les affres d’une jeune fille prise dans des troubles familiaux et existenciels, Leopard Hall fait le pari d’évoquer en parallèle l’émancipation d’une jeune fille plutôt effacée, et l’émancipation d’un pays nouvellement décolonisé. C’est un parallèle qui n’a rien d’artificiel, et qui doit tout aux circonstances, et aux réelles connaissances historiques de l’auteur sur ce sujet. Ainsi, après avoir retrouvé son père, Anna retrouve également un pays et une histoire, qui font partie du début de sa vie, et dont finalement elle ne connaît rien. Partant à la découverte de ses racines familiales, elle va plonger dans un Congo pris entre le magnifique et le tragique. Le magnifique avec évidemment les richesses que contient Leopard Hall, la demeure de son père, pleine de trésors pillés ça et là ; magnifiques également les paysages que l’on devine sublimes sous la plume de Katherine Schols ; magnifique la volonté de ce peuple d’aller vers sa libération totale. Mais le tragique vient hélas équilibrer cet ensemble, et le lecteur en apprend pas mal sur ces problématiques et l’agitation politique qui mettent le pays à feux et à sang, au nom de l’un ou l’autre groupe de libération. Ce bouleversement politique met à mal une population qui paye déjà un lourd tribu à la pauvreté et à la maladie.

    C’est donc au milieu de ces événements terribles qu’Anna va circuler, à la recherche de sa propre stabilité. En cours de route elle rencontrera Eliza, jeune femme bien plus aguerrie et indépendante d’esprit que ne l’est Anna. Eliza, photographe américaine, va l’accompagner dans son émancipation et offrir comme un miroir de ce que pourrait être Anna. Une autre elle-même, plus forte, plus audacieuse et qui se moque de l’avis des autres ou de sa réputation.

    En parallèle, l’auteur nous raconte le Congo en guerre vu des yeux d’un autre héros : Dan, qui dirige une troupe de mercenaires. C’est toute l’astuce de Katherine Schols : nous plonger dans cette guerre, de l’intérieur, avec un personnage, Dan, qu’on ne peut vraiment cataloguer. Il fait ce qu’il fait pour de bonnes raisons semble-t-il, et pourtant… J’ai aimé le souci qu’a eu l’auteur d’apporter de l’épaisseur au roman avec ce personnage. Ni un héros, ni un salaud, mais quelqu’un qui est là pour faire un job qui doit être fait.

    De fait les trois personnages principaux ont de l’épaisseur, et c’est le plaisir du lecteur d’en découvrir un peu plus à chaque page.

    Pour finir j’insiste sur le côté historique et réaliste, qui est vraiment le plus du roman. Une intrigue bien menée, posée dans un cadre historique maitrisé, et qui nous donne à la fin un roman palpitant et attachant.

     

    Leopard Hall - Katherine Schols 

    Editions Belfond – Traduit par Laurence Videloup