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  • Catherine Cusset - Une Education Catholique

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    Catherine Cusset a cette petite voix qui me parle facilement, depuis Le Problème Avec Jane.

    Écriture du quotidien, de la minutie, j’aime son côté « orfèvre du rien », du presque tout.

    Une Éducation Catholique est son nouveau roman, quelque deux-cent pages au milieu de la forêt de la rentrée littéraire.

    Cette éducation catholique, c’est celle qu’a reçue Marie, au sein d’une famille des plus classiques, avec catéchisme et messe le week-end. Marie croit en Dieu, ou plutôt en un de ses premiers dieux. Marie se sent faible, et ne voit que son égoïsme, la mesquinerie de ses sentiments et le besoin de se raccrocher à quelque chose de plus grand qu’elle. Ce plus grand, ce sera d’abord Dieu, tel qu’elle l’apprend au catéchisme, et à travers les yeux de son père. Premières croyances et premières ruptures, puisque à travers la faiblesse même de son propre père, elle ne comprendra qu’une chose : croire est la béquille des faibles.

    En grande faible, elle va s’accrocher à cette béquille, puis à une autre, et encore une autre.

    Ses amies d’enfance, Nathalie, et puis Ximena : autant de dieux qu’elle veut révérer parfaits et inaltérables, puissants et capables de colère, car c’est ainsi que doivent être les dieux. Suivent les dieux, s’enchaînent les ruptures amicales, et amoureuses. Marie reste faible et soumise aux dieux qu’elle se choisit au hasard de ses faiblesses.

    Je n’aime pas Marie. Je la trouve exactement comme elle se voit : la grande comédienne de ses sentiments, fausse, égoïste et faible (décidément le maître mot).

    Cette Marie-là ne sait pas comment croire en dehors d’elle-même, en dehors de ses besoins, de ses incapacités. Mais par ses élans, ses excès dans le martyre à la petite semaine, elle a quelque chose de touchant, de vrai. Croire c’est être faible en effet, et accepter cela.

    Je ne sais pas forcément où Catherine Cusset a voulu nous mener, mais peu importe, c’est une lecture qui a curieusement renforcé ma certitude en Dieu, que croire est grand et beau tant que je crois en dépit de moi, en dépit de mes besoins, malgré le Réel et simplement pour espérer.

    Très joli roman de cette rentrée.

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    Extraits:

    "« Tu aurais besoin d’être seule. »

    J’avais haussé les sourcils en me disant qu’il manquait vraiment d’humour et de courtoisie.

    Plus tard, dans ma solitude, cette phrase s’inscrirait sur la tablette en cire de mon esprit comme la loi d’une nouvelle religion. Je la comprendrais enfin. Al m’annonçait par ces mots qu’il refusait de prendre la place de Samuel : il ne serait pas là pour me servir de croix. Lui qui avait grandi dans un pays communiste et connu l’arrachement, il déclarait que nous étions tous seuls, que c’était notre condition. Il me disait que l’on ne pouvait vivre que lorsqu’on l’avait compris. On ne pouvait vivre, et aimer, qu’en s’étant débarrassé de la peur — la peur d’être seul, la peur de vivre, la peur de faire du mal à l’autre, la culpabilité. Cette peur que j’appelle Dieu."

    "Il y avait entre nous l’accord parfait du Verbe, et le Verbe s’était incarné. Contrairement à Ximena, Samuel ne me jugeait pas. Il n’était pas un Dieu de colère, mais un Dieu de clémence qui pouvait accepter que mon corps le trahisse puisque mon âme restait unie à la sienne, un Dieu de pitié que je pouvais crucifier et qui souffrait sur sa croix sans jamais se révolter."