23/09/2014

Niki de Saint Phalle

Mardi dernier, j’ai eu le bonheur de découvrir en avant-première l’exposition consacrée à Niki de Saint Phalle, au Grand Palais.

Moment parfait qui a combiné art et réflexion (en même temps, séparer ces deux termes est assez difficile pour moi.)

Dès l’arrivée, on est accueilli à l’extérieur par la fontaine, qui a revêtu les couleurs de Niki de Saint Phalle, pour l’occasion.

Le visiteur pourra déambuler, et découvrir une artiste incroyable d’audace et de vérité. Je me suis souvent demandé s’il y avait un art féminin, et un  art plus masculin. Ou s’il y avait quelque chose qui, transcendant tout, « était simplement l’expression de l’artiste, de son chemin, de ses réflexions et de ses douleurs et joies.

Avec Niki de Saint Phalle, j’ai trouvé quelque réponses : l’art est un combat, une expression. Chez elle, c’est la voie, la voix, qu’elle a trouvé pour dire au monde ce qu’elle est : une femme rebelle, dans un temps où on voulait la femme charmante et silencieuse.

C’est d’ailleurs assez étonnant de voir cette Une de Life, avec Niki de Saint Phalle,

290_283977_vignette_life.jpg

puis d’admirer derrière cette œuvre : la mort du patriarche,

La mort du patriarche.jpg

Il faut voir l'exposition pour comprendre ce que l'artiste à apporté de renouveau et d'audace dans un monde de l'art chasse gardée des hommes. L'art comme une arme de libération, et de réappropriation de son corps, c'est aussi ce qu'elle nous dit.

On notera aussi qu'elle a su très tôt jouer avec les médias, et se mettre elle-même en scène dans son art: attirer l'attention sur elle pour mettre en avant son propos artistique.

Voilà ce qu’elle dit dans une de ces lettres : « "Quand mon père quittait tous les matins la maison à 8 h 30 après le petit déjeuner, il était libre (c'est ce que je pensais). Il avait droit à deux vies, une à l'extérieur et l'autre à la maison.
Je voulais que le monde extérieur aussi devienne mien. Je compris très tôt que les HOMMES AVAIENT LE POUVOIR ET CE POUVOIR JE LE VOULAIS.
OUI, JE LEUR VOLERAIS LE FEU. Je n'accepterais pas les limites que ma mère tentait d'imposer à ma vie parce que j'étais une femme.
NON. Je franchirais ces limites pour atteindre le monde des hommes qui me semblait aventureux, mystérieux, excitant. »

Une œuvre surgit dans son temps bien sûr, et la prison sociale que ressentait Niki de Saint Phalle a permis à son art de surgir.

Mais elle nous offre aussi une beauté et une réflexion bien plus pérenne, et qui vaut encore aujourd’hui : c’est à ça que l’on reconnaît les révolutionnaires, aux traces qu’ils ont laissé bien après leur mort. A cet égard, Niki de Saint Phalle est une grande révolutionnaire.

 

Nanas.jpg

Crane.jpg

(Tiens, je comprends mieux d'où Jeff Koons tire son "inspiration")

Exposition Niki de Saint Phalle

Grand Palais jusqu’au 2 février 2015

Pour finir, il est rare que je conseille une application pour smartphone, mais l'e-album de l'expo vaut le coup : https://itunes.apple.com/app/niki-saint-phalle-le-album/id902971085

 

niki de saint phalle,grand palais,révolution,médias

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

10:26 Écrit par Océane dans Art | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : niki de saint phalle, grand palais, révolution, médias | |  Facebook | | | | Pin it!

14/09/2014

Le Roman d' Enéas - Anonyme

Bon.

002.JPG

Voilà un ouvrage qui m’aura donné du fil à retordre, mais que je ne regrette pas d’avoir lu.

Le roman d’ Enéas est un récit incongru pour moi, puisque c’est la réécriture de l’ Eneide par un anonyme du Moyen-Age.

L’histoire est donc assez connu, puisqu’elle a d’abord été l’œuvre d Virgile.

Nous sommes au soir de la chute de Troie, vaincue par Ménélas et ses alliés. La ville est détruite, il ne reste que des cendres et le désespoir. Enéas, fils de Vénus, quitte les rives de Troie, avec les siens et les dernières richesses de la ville, sur les conseils de sa mère, pour gagner la Lombardie. Au milieu du voyage maudit par Junon,  Enéas arrive en Libye, sur les terres de la reine Didon.

Vénus, effrayée par la réputation de cruauté des Libyens, fait en sorte que Didon et Enéas tombent amoureux, dans l’idée de protéger Enéas. Ce dernier restera un temps à Carthage, sous le coup de cet amour, qui enflammera littéralement Didon, puisque celle-ci, après avoir négligé l’administration de son royaume, subit la jalousie des prétendants qu’elle avait repoussé avant Enéas, finira par mourir sur le bûcher, las, sans avoir fait revenir à elle Enéas, les dieux ayant rappelé ce dernier à son devoir vers la Lombardie. Enéas reprend donc la mer, et après quelques péripéties arrive enfin en Lombardie,  près du royaume de Laurente. Le roi de Laurente souhaite donner sa fille, Lavine, en mariage à Enéas, mais la Reine ne l’entend pas ainsi, et par ailleurs il y a un promis de la princesse Lavine, Turnus, qui complique encore l’affaire. La reine de Laurente s’oppose au mariage de Lavine et Enéas, elle rappelle au roi la catastrophe de Troie, et la triste fin de la reine Didon : comment faire confiance à un peuple qui occasionne tant de drames ? Turnus est prêt à la guerre contre les troyens. Le roi de Laurente se résout à promettre la main de sa fille à celui qui gagnerait la guerre, de Turnus ou d’Enéas. Au terme d’une guerre cruelle, une trêve s’établit pour un moment. L’occasion pour Lavine de croiser le regard d’Enéas et de tomber amoureuse (alors que sa mère l’avait prévenue contre lui…) Enéas aussi finit par tomber amoureux, mais le dissimule, sur les conseils de Cupidon. Le jour du duel entre Turnus et Enéas arrive, et, après moult revirements, batailles et angoisse, Enéas finit par défaire Turnus et ses alliés. Il gagne ainsi la main de Lavine et les terres du roi de Laurente.

Ce qui est assez amusant finalement, c’est que ce nouveau regard sur l’Enéide, avec la place qu’il donne à l’amour, concourt à éclaircir la vision un peu triste et sombre que l’on a du Moyen-Âge : c’est finalement l’amour qui prend toute la place, dans le roman d’Enéas, comme au Moyen-Âge. L’Amour Courtois n’est pas qu’un mythe. Je n’ai pas grand souvenir du texte de Virgile, et il faudrait certainement que je m’y replonge, mais l’auteur médiéval que j’ai lu pour l’occasion, a de toute évidence reconstruit le récit selon les codes de l’Amour Courtois.

Les pages où Lavine se lamente de la probable indifférence d’Enéas à son égard, pendant que le même Enéas expérimente les souffrances de l’amour, sont parmi les plus belles de l’ouvrage. L’équilibre des sentiments, entre haine et amour, figuré par les batailles de l’épée et celles du cœur, rend ce roman très original par rapport à son ancêtre antique. L’amour moteur et objet de la vraie quête, finalement.

Roman dense, touffu même, mais qui se laisse lire (je peux comprendre qu’on saute deux ou trois ligne de-ci de-là, mais pas trop, sinon on perd vite le fil)

Je l’ai lu dans une version « bilingue », vieux français-français, au Livre de Poche. Ce n’est pas forcément très confortable, mais certainement parce que j’avais le réflexe de toujours lire la page en vieux français en parallèle de la version « traduite ».

C’est une expérience, hors de cette rentrée littéraire et hors du temps, une vraie plongée, qui me redonne simplement envie de découvrir les autres romans antique du Moyen-Âge.

 

Merci Maggie et Claudialucia pour cette LC.

Rendez-vous sur Hellocoton !

11/09/2014

Madame - Jean Marie Chevrier (Albin Michel)

Madame est un roman particulier.

Madame.jpg

Je l’ai lu il y a une semaine déjà, et j’ai attendu avant d’écrire quoi que ce soit à son sujet. Pour voir ce qu’il en resterait.

Une petite musique de fond, un film un peu flou mais familier.

Pendant cette semaine, j’ai vécu avec les personnages, dans le château de Madame, avec les derniers, et leur fils, Guillaume.

Guillaume, que Madame appelle Will, que Madame confisque  chaque jour pour lui donner des leçons de maths, de littérature, d’histoire, pour faire de lui un petit gentilhomme pour gentilhommière. Guillaume, sous la férule de Madame, devient chaque jour un peu plus le remplaçant de l’autre, de celui qui est mort, de ce fils qui n’est plus. Madame ne semble pas avoir de chagrin, de sentiments, ou de vie, tout est figé dans le château comme dans ses veines.

Les parents de Guillaume voient d’un mauvais œil cette relation, et ne comprennent pas pourquoi Madame fait des cadeaux à Guillaume, et lui apprend toutes ces choses qu’eux-mêmes ne savent pas. Comme si elle voulait le leur voler, l’élever hors du sol où ces fermiers se tiennent pour l’emmener dans ses sphères à elle.

Madame est-elle simplement bonne et généreuse, veut-elle seulement donner à Guillaume, ce qu’elle ne peut plus offrir à l’autre enfant, le disparu ?

Ce roman m’a entraînée, et perdue comme au milieu d’une forêt, mais c’était agréable d’être perdue ainsi. A cet égard, on est dans un flou total quant à l’époque où se situe l’action, et c’est encore une qualité car cette intemporalité vient souligner le plus important : les caractères, les sentiments. J’étais presque choquée de croiser le mot « ordinateur », tant j’avais intégré l’anéantissement du temps et de la durée !

Madame est un roman à la psychologie simple et subtile : sa force réside dans les petits détails, dans la vanité des uns, la colère, la curiosité, la jalousie, l’envie, autant de petites piques qui viennent tracer un chemin qui mènera irrémédiablement à la chute.

La chute. Exactement.

 

Madame, très joli roman de Jean-Marie Chevrier, aux éditions Albin Michel.

Une agréable surprise de cette rentrée littéraire.

 

Bon, sinon, je me rends compte que j’ai de plus en plus envie de partager autour des bouquins que je lis.

Je crois que je vais ranger toute les chroniques bouquins dans un blog dédié. Ou pas.

Je vous tiens au courant, pour peu que ça fasse palpiter quelque palpitant que ce soit :)

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Rentrée, en dedans

La rentrée scolaire me fait poser pas mal de question, sur ce qui est bon ou pas pour nos enfants. Les nouveaux rythmes scolaires, les nouveaux horaires à respecter, la qualité des activités après les cours, la courses effrénée pour être à l’heure, tout cela me fait réfléchir sur mon quotidien, sur ce que je veux pour moi et mon enfant, au-delà d’un temps partiel bancal.

Si j’avais su qu’un jour je me balancerai à moi-même ce poncif : la qualité de vie c’est important.

Pourtant c’est vrai.

La réforme scolaire aura eu au moins cette qualité de me remettre profondément en question, en tant que mère, ainsi que sur le plan professionnel.

Je n’ai pas toutes les réponses, mais je sais déjà que je dois changer de rythme, de vie et de priorités.

septembre.gif

Rendez-vous sur Hellocoton !

22:17 Écrit par Océane dans Bavardages | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | | Pin it!

10/09/2014

Les Mémoires d'Hadrien - Marguerite Yourcenar

Marguerite Yourcenar est entrée dans ma vie un matin de décembre, par la grâce de Sœur Marie-Danielle, qui m’avait envoyé croupir en étude, parce que j’avais récolté un 2/20 en math ce jour là (c’était pourtant une belle progression, j’avais tout de même doublé ma note !)

Comme il était hors de question que je me penche sur les exercices qu’elle m’avait laissé à faire ce soir là, j’ai simplement attrapé un des livres qui trainaient dans les rayonnages bien pourvus de la salle d’étude.

Je me rappelle qu’il y avait le Léviathan de Julien Green (on pourra en parler à l’occasion.) et donc un ouvrage de Yourcenar, l’œuvre au noir. Déjà, quel titre ! Magique et mystérieux. J’ai passé les deux heures restantes à le dévorer, me laissant emporter par la vague Yourcenar.

Aujourd’hui, c’est d’une autre de ces pépites dont je vais vous parler. Maggie a eu la belle idée de reposer une lecture commune autour des Mémoires d’Hadrien.

memoires-d-hadrien-290824.jpg

Il s’agit des mémoires imaginaires de l’empereur Hadrien, sous la forme d’une lettre qu’il laisse à son futur successeur, Marc Aurèle. Ce n’est pas seulement le prétexte à reprendre des faits historiques sous forme romanesque. Il s’agit là plus d’un livre de méditation, de réflexion, un vademecum à la vie, à la politique, et à la mort. Un guide parfait pour être un homme de bien. Yourcenar à choisir un homme remarquable, dans une époque particulière, pour apporter une réflexion forte, autour de la vie, bien sûr, mais aussi de la mort, des choix que l’on fait, ou qu’on ne fait pas, en regard de ses obligations familiales, politiques, amicales. Elle trace à merveille un chemin, qui pour moi est le contre-pied total au Prince de Machiavel. Il y a une morale dont on doit se nourrir, y compris pour assumer nos faiblesses et nos échecs. Même l’amour qu’Hadrien éprouvait pour Antinoüs est prétexte à une réflexion profonde. Qu’est-ce que la perte, qu’est ce que le renoncement ? Le sacrifice ? Homme de bien, de paix, honnête homme, Hadrien est le portrait du dirigeant lucide et courageux.

J’ai aimé ce récit car il offre une telle palette, si riche, de poésie, d’histoire, de philosophie… Un tout humaniste qui envisage l’homme avec ses forces et ses faiblesses, et qui le guide tranquillement vers la mort, sans regret, sans peur. Quelle peur pourrait-on ressentir de la fin, quand on a agi sa vie durant en faisant de son mieux ?

Hadrian_Greek_BM_Sc1381.jpg

Statue d'Hadrien provenant du temple d'Apollon à Cyrène

 

Merci Maggie pour cette lecture commune, à retrouver chez elle, et chez Claudia également.

Rendez-vous sur Hellocoton !

08/09/2014

Concours de nouvelles #ecrireaufeminin

Bon, je m’y prends à la dernière minute, à l’arrache, mais c’est comme souvent, je n’arrive pas à me décider avant d’être au pied du mur.

Donc, à moins de 48h de la clôture des votes, j’ai soumis deux nouvelles au concours Ecrire Au Féminin, du site Au Féminin.

Vous dire si je suis bien partie…

Mais si l’envie vous vient de m’aider, de me faire plaisir simplement, vous pouvez allez là Un Été et là Guillaume lire et voter pour moi.

Pas grand-chose à rajouter pour ce soir, mais à très vite, avec la suite de la Rentrée Littéraire sur le blog !

Rendez-vous sur Hellocoton !

22:03 Écrit par Océane dans Bavardages | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!

30/08/2014

(Sainte) Pétronille et la palme du martyre (littéraire)

Encore un ouvrage de cette rentrée littéraire. Cette fois-ci, le traditionnel Amélie Nothomb. Pas une rentrée littéraire sans un ouvrage de la dame.

Traditionnel donc, et dispensable.

Pourtant je l’ai lu, histoire d’être vraiment certaine qu’il est, comme tous les ans, dispensable, et le fruit de la même blague : « que pourrais-je écrire d’encore plus inabouti, d’encore plus grotesque et qui se vende comme des petits pains ».

Le roman s’ouvre sur un passage pas inintéressant sur l’état d’ébriété (au champagne, s’il vous plaît), et de ce qu’il apporte de rassurant et confortable à notre écrivain préféré (enfin, pas le mien, c’est juste une formule).

Donc Amélie boit et elle aime ça, mais pas seule, parce que ce n’est pas pareil de boire seule. Du coup, elle se cherche un convigne, néologisme pour compagnon de beuverie. Il faut croire que cela ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval (en même temps qui a trouvé quoi que ce soit sous le sabot d’un cheval ?) et on en reste là. Puis au hasard d’une signature dans une librairie, Amélie rencontre Pétronille, venue comme tout le monde (sauf moi) chercher une dédicace. Il se trouve que Pétronille a déjà écrit à Amélie, et Amélie lui a répondu. C’est mignon, une histoire de correspondante comme au collège. Sauf que Pétronille est un peu spéciale, au point qu’elle devient pour un soir, et puis d’autres la convigne d’Amélie (vous avez suivi pour l’histoire des convignes ?)

Bref, on fait connaissance avec une « prolo » étudiante douée et cultivée, pleine de Shakespeare, de Marlowe, de Montherlant, mais aussi un peu frappée. En même temps là aussi, quel personnage d’Amélie n’est pas un peu frappé ?

Bon, en fait tout ça c’est juste un prétexte à pondre cent-soixante pages environ, pour rater, comme d’habitude, la chute, car en fait il n’y a pas d’histoire structurée, il n’y a pas non plus de non-histoire, il n’y a rien.

J’arrive à lire six-cent pages de certains auteurs qui ne racontent rien que le vent dans les arbres, leur cerveau fêlé ou leurs pieds qui bruissent sur l’herbe, et je trouve cela beau et indispensable.

Par contre cent-cinquante pages d’Amélie et je suis estomaquée que tant de « rien » prenne autant de place dans nos librairies et bibliothèques, et à la télé et dans les journaux.

Tout est dans le costume. Elle se déguise en Amélie, l’écrivain frappée, et cela suffit. Coucou, l’habit fait le moine !

Pour en revenir à Pétronille, je n’ai pas aimé la fin, car c’est une putain de pirouette à la Marc Levy (Marc, si tu nous lis…) qui tombe A PLAT BORDEL DE NOM DE SA MERE !

A un moment, Amélie Nothomb s’amuse à citer dans son roman Montherlant et Les Jeunes Filles, à propos d’un des romans de Pétronille (car oui, Pétronille va devenir écrivain au fait) et du rapport entre les lectrices et les auteurs (si tu n’as pas lu Les Jeunes Filles, de Montherlant, fonce !). Il y a une mise en abîme évidente, puisque Pétronille est d’abord lectrice d’Amélie. C’est dommage qu’elle n’aille pas plus profond dans cette idée. Je comprends le danger qu’il y a à écrire, le danger vital, physique : c’est là qu’Amélie commet pour moi la faute impardonnable. Elle se contente d’effleurer cette idée, alors qu’elle se veut au cœur de son ouvrage (je suppose ?). Difficile d’en dire plus sans dévoiler la (lamentable) fin, mais il y a là matière à tellement mieux. Pourquoi se contente-t-elle de si peu ?

Écrire est dangereux à bien des égards, oui Amélie. Par contre, te lire est juste un peu chiant, guère dangereux.

Sinon pour finir, mention spécial à la flopée de clichés que l’auteur nous sert sur le prolétariat. Amélie met en opposition culture et pauvreté, intelligence et pauvreté, curiosité et pauvreté, finesse et pauvreté. La famille de Pétronille est composé d’un couple de communistes, avec le père un peu beauf, pas méchant mais inculte et légèrement concon, la mère fatiguée et soumise. Il y a des passages proprement insultants sur ce qu’elle croit être la classe ouvrière. Je suggèrerai à Amélie Nothomb de fignoler un peu ses recherches sur le terrain la prochaine fois qu’elle se pique de sociologie, histoire de constater que tous les ouvriers français ne sont pas des communistes qui s’accrochent à la Corée du Nord et à Cuba.

 

Quelques extraits, pour faire bonne mesure (sinon, pas obligée de le lire, éventuellement empruntez-le, volez-le, mais franchement n’allez pas claquer 16 euros pour ça, faites plutôt un don à l’UNICEF ou qui vous voudrez.)

 

« Il me sembla soudain entrevoir, à la fenêtre d’une habitation trop vite croisée, l’adolescence de Pétronille – la souffrance vraie d’une fillette aux goûts absurdement aristocratiques, acquise aux idéaux d’extrême gauche, mais heurtée par l’esthétique prolétarienne, ces bibelots d’une laideur sans complexe, ces lectures d’une bêtise choquante.  Je regardai à nouveau Pétronille. Elle était tellement mieux qu’une fille cultivée. Son air de mauvais garçon aux yeux de piment rouge, son petit corps nerveux et musculeux de prisonnier évadé – et cette curieuse douceur du visage qui l’apparentait à Christopher Marlowe. Comme celui-ci, elle aurait pu avoir pour devise : « Ce qui me nourrit me détruit. » La grande littérature, qui avait constitué l’essentiel de son alimentation, était aussi ce qui l’avait maintenue à l’écart des siens, creusant entre elle et eux un fossé d’autant plus infranchissable que son clan ne le comprenait pas.

Ses parents l’aimaient et pourtant, ils avaient peur d’elle. Françoise, qui avait l’âme délicate, admirait les romans de sa fille et les comprenait parfois. Pierre n’y comprenait rien et ne voyait pas en quoi cette prose surclassait celle de son journal de bord. »

 

« Ce que je ne supporte pas, dans les musées, est le train de sénateur que les gens se croient obligés d’adopter en leur sein. Pour ma part, je m’y déplace au pas gymnastique, embrassant du regard de vastes perspectives : qu’il s’agisse d’archéologie ou de peinture impressionniste, j’ai observé les avantages de cette méthode. Le premier est d’éviter l’atroce effet Guide Bleu : « Admirez la bonhomie du Cheik el-Beled : ne dirait-on pas qu’on l’a croisé hier au marché ? » ou : « Un litige oppose la Grèce et le Royaume-Uni au sujet de la frise du Parthénon. » Le deuxième est concomitant au premier : il rend impossibles les considérations de sortie de musée. Les Bouvard et Pécuchet modernes en ont la chique coupée. Le troisième avantage, et non le moindre en ce qui me concerne, est qu’il empêche le surgissement du terrible mal de dos muséal. »

 

Petronille.jpg

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

28/08/2014

Catherine Cusset - Une Education Catholique

Catherine Cusset a cette petite voix qui me parle facilement, depuis Le Problème Avec Jane.

Écriture du quotidien, de la minutie, j’aime son côté « orfèvre du rien », du presque tout.

Une Éducation Catholique est son nouveau roman, quelque deux-cent pages au milieu de la forêt de la rentrée littéraire.

Cette éducation catholique, c’est celle qu’a reçue Marie, au sein d’une famille des plus classiques, avec catéchisme et messe le week-end. Marie croit en Dieu, ou plutôt en un de ses premiers dieux. Marie se sent faible, et ne voit que son égoïsme, la mesquinerie de ses sentiments et le besoin de se raccrocher à quelque chose de plus grand qu’elle. Ce plus grand, ce sera d’abord Dieu, tel qu’elle l’apprend au catéchisme, et à travers les yeux de son père. Premières croyances et premières ruptures, puisque à travers la faiblesse même de son propre père, elle ne comprendra qu’une chose : croire est la béquille des faibles.

En grande faible, elle va s’accrocher à cette béquille, puis à une autre, et encore une autre.

Ses amies d’enfance, Nathalie, et puis Ximena : autant de dieux qu’elle veut révérer parfaits et inaltérables, puissants et capables de colère, car c’est ainsi que doivent être les dieux. Suivent les dieux, s’enchaînent les ruptures amicales, et amoureuses. Marie reste faible et soumise aux dieux qu’elle se choisit au hasard de ses faiblesses.

Je n’aime pas Marie. Je la trouve exactement comme elle se voit : la grande comédienne de ses sentiments, fausse, égoïste et faible (décidément le maître mot).

Cette Marie-là ne sait pas comment croire en dehors d’elle-même, en dehors de ses besoins, de ses incapacités. Mais par ses élans, ses excès dans le martyre à la petite semaine, elle a quelque chose de touchant, de vrai. Croire c’est être faible en effet, et accepter cela.

Je ne sais pas forcément où Catherine Cusset a voulu nous mener, mais peu importe, c’est une lecture qui a curieusement renforcé ma certitude en Dieu, que croire est grand et beau tant que je crois en dépit de moi, en dépit de mes besoins, malgré le Réel et simplement pour espérer.

Très joli roman de cette rentrée.

education-catholique-catherine-cusset-L-Z1sFJa.jpeg

 

Extraits:

"« Tu aurais besoin d’être seule. »

J’avais haussé les sourcils en me disant qu’il manquait vraiment d’humour et de courtoisie.

Plus tard, dans ma solitude, cette phrase s’inscrirait sur la tablette en cire de mon esprit comme la loi d’une nouvelle religion. Je la comprendrais enfin. Al m’annonçait par ces mots qu’il refusait de prendre la place de Samuel : il ne serait pas là pour me servir de croix. Lui qui avait grandi dans un pays communiste et connu l’arrachement, il déclarait que nous étions tous seuls, que c’était notre condition. Il me disait que l’on ne pouvait vivre que lorsqu’on l’avait compris. On ne pouvait vivre, et aimer, qu’en s’étant débarrassé de la peur — la peur d’être seul, la peur de vivre, la peur de faire du mal à l’autre, la culpabilité. Cette peur que j’appelle Dieu."

"Il y avait entre nous l’accord parfait du Verbe, et le Verbe s’était incarné. Contrairement à Ximena, Samuel ne me jugeait pas. Il n’était pas un Dieu de colère, mais un Dieu de clémence qui pouvait accepter que mon corps le trahisse puisque mon âme restait unie à la sienne, un Dieu de pitié que je pouvais crucifier et qui souffrait sur sa croix sans jamais se révolter."

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

27/08/2014

Et puis l'été

L’été est une saison spéciale, faite de promesses et de projets. Il y a mille façons de l’aborder, en rêvassant, ou en étant plus organisé (que moi !)

Voilà, je rêvasse, et je fais la liste des petits trucs qu’il me plairait de concrétiser cet été.

Le fait est que j’avais tout cela en tête dès juin, mais je n’ai pas réalisé grand-chose encore !

Il faut dire qu’il pleut si souvent.

J’aurais voulu faire un pique-nique à Giverny, et me repaitre des fleurs et du paysage, en toute tranquillité, sans avoir à ne me préoccuper de rien que de mon propre plaisir. Petit hic, je n’ai pas le permis, et me trimballer en train avec un panier de pique-nique, tout de suite c’est moins fun. Bref, on oublie ^^

 

VACANCES.gif

 

J’aimerais faire un mini potager/jardin sur mon grand balcon (ou mini-terrasse, selon le point de vue…) ça, c’est déjà plus abordable pour moi. J’ai déjà listé ce que je voulais planter, il me reste à prendre le temps d’acheter le matériel et de réaliser cela avant la fin octobre : tout à fait jouable !

J’aimerais me remettre au yoga, travailler ma respiration, et apprendre à lâcher prise réellement ! Voilà le gros challenge : ne pas être inutilement touchée par tout et tous. Cultiver le « j’en ai rien à faire »,  ne pas être triste dès qu’une personne est désagréable ou se trompe à mon propos, fait preuve de préjugés et d’incompréhension, ou d’oubli. Cette année encore, j’ai passé mon anniversaire à attendre un mot, une attention, un coup de fil, une carte, un post-it enfin n’importe quoi, des gens que j’aime, à qui je pense porter attention et affection. Et comme chaque année, rien n’est venu, à part deci delà quelques « oh j’ai zappé ton anniv’ », trois semaines plus tard. L’important n’est pas qu’on le souhaite ou le célèbre, l’important est que les gens qui comptent aient cette pensée, cette attention. L’amitié comme l’amour se nourrissent mutuellement. Il ne s’agit pas d’attendre forcément que les autres pensent à vous parce que vous pensez à eux, mais si cela n’est jamais le cas, ne faut-il pas en tirer d’autres conclusions ? Sans en souffrir : c’est là le challenge.

Et puis finalement, j’ai eu la chance que certains n’ont pas : avoir l’affection de mon fils, et l’amitié de son père, mon ex, ce jour-là. Apprendre à lâcher prise, profiter des bons moments :)

Voilà, la liste est courte finalement, je ne désire pas grand-chose.

Rendez-vous sur Hellocoton !

21:39 Écrit par Océane dans Bavardages | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : été, summer, projets, giverny | |  Facebook | | | | Pin it!

26/08/2014

#JeSuisParisienne

Aujourd’hui, juste un petit billet pour partager mon étonnement devant ce qui arrive à une sympathique bloggeuse, que beaucoup d’entre nous connaissent et lisent : The parisienne.

J’ai été effarée d’apprendre la mésaventure judiciaire à laquelle elle est soumise, par le journal Le Parisien ! Cet organe de presse (a priori qui devrait avoir quelques principes quant à la liberté d’expression…) l’attaque en justice pour contrefaçon, parce qu’elle utilise le terme parisienne dans son url !!!!

On rêve, on hallucine !

Je suis certaine que la procédure aboutira en faveur de Nathalie la bloggeuse (sinon, il faudra attaquer les taxis parisiens, les sandwiches parisiens, et en fait tous les parisiens et parisiennes !! Mais je me dis qu’on marche vraiment sur la tête pour qu’un organe censé être sérieux, comme le Parisien, attaque une bloggeuse pour contrefaçon à cause de l’usage de ce terme, parisienne.

On est en plein « crazy copyright », et je suis triste car cela devient général.

Cela me rappelle les compagnies type Monsanto ou autre, qui brevètent des plantes de la  nature, estimant qu’eux seuls ont le droit d’en user, parce qu’ils ont pensé les premiers à déposer un brevet !

De même qu’une plante de la nature appartient à tous, nous sommes tous libre de nous revendiquer parisien, parisienne, si l’envie nous en prend ! On ne peut pas déposer et breveter tous les mots. Le droit de propriété n’a pas pour objet d’être utilisé à de telles fins !

Tous solidaires avec The parisienne, et que Le Parisien arrête ses conneries : il réclamer quand même 20 000€ de dommages et intérêts !!  Il faudra qu'on m'explique de quels dommages il s'agit ! Que Le Parisien revienne  la raison !

C’est Tristan qui a raison ! pas assez de parisiennes et trop de Parisien !

 

Rendez-vous sur Hellocoton !