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Oh Océane

  • La crème de la crème - Daylong et Weleda

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    Winter is gone, quoi qu’en pense la météo actuelle. J’attendais des jours meilleurs pour parler de choses un peu futiles, mais vitales, sauf que les jours meilleurs, on les attend encore, il pleut, il pleut, c’est moche. Heureusement qu’il reste les tubes de crème pour nous remonter le moral. Je prêche peut-être pour ma propre chapelle, mais ça ne vous le fait pas à vous, ce petit plaisir d’ouvrir un nouveau tube de crème comme on découvre une nouvelle friandise ?

    Voilà trois de ces petites « friandises » de soins, que j’ai testé les derniers mois. Deux coups de cœur et une grosse déception.

    On va commencer par ce qui a été mon coup de cœur de la fin d’hiver : la crème Daylong, des laboratoires Galderma. Tous les ans, à l’approche de l’été, ou simplement quand il y a exposition solaire intense (comme le soleil d’hiver en montagne par exemple), je n’ai qu’une seule crainte, une mauvaise réaction de ma peau. Je souffre de lucite, depuis presque toujours, et je me traine en plus un petit melasma sur un côté du front, invisible la plupart du temps, mais qui s’assombrit en cas d’exposition solaire. Autant vous dire que je mets des chapeaux et que je ne lésine pas sur la crème solaire en vacances. Mais en fait, le soleil est là en permanence : oui je sais, quel scoop ! Et en ville, pour tous les jours en gros, j’avais ce souci de trouver une crème, avec un SPF suffisant pour me protéger et pas chopper un brunissement du melasma en plein hiver ou un début de lucite dès avril. La plupart des crèmes de jours actuelles contiennent un SPF, mais qui n’est jamais à plus de 20 ou 30, du moins je n’ai jamais vu plus. Le SPF en gros c’est le degré de protection des UVA/UVB. Et honnêtement se tartiner de crème solaire en ville, avec ce que ça a de collant, blanc et moche, très peu pour moi... Bref, la prise de tête.

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    La crème solaire Daylong, je l’ai essayé deux mois : temps nécessaire pour moi pour juger de son efficacité. Ce qui m’a incité à l’essayer, c’est un SPF 50 et une texture légère, qui a priori pouvait me convenir au quotidien. Perfect match. Pour vous expliquer, le matin, je mets un sérum, ensuite ma crème de jour, et enfin la protection solaire : vous imaginez bien que tout ça doit être léger léger pour ne pas asphyxier la peau. D’où l’énorme coup de cœur à l’usage pour la Daylong. Légère, fluide, qui pénètre vite et bien, bref du rêve en tube. Coup de cœur qui s’est confirmé au fil des jours, en ne voyant ni début de lucite, ni brunissement de melasma à l’horizon. Ma dermato m’avait expliqué que le souci avec un melasma, c’est qu’on peut penser en être débarrassé, et il suffit d’un coup de soleil pour le voir réapparaitre plus foncé que jamais… Je suis donc très attentive au sujet. Bref, j’ai trouvé le SPF que je peux utiliser au quotidien en ville, sans retouche et sans souci pour dix à douze euros environ. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais le soleil est en général mauvais pour toutes les peaux, même celles qui ne souffrent ni de lucite ni de melasma : il accélère le vieillissement. Autant vous dire que je recommande la Daylong à tout le monde depuis que je m’en sers. J’en suis au troisième mois d’utilisation et tout se passe bien : si bien que je regrette qu’il n’y ait pas un peu plus de soleil !

     

    Autre coup de cœur, la crème aux plantes médicinales de Weleda. Un joli tube tout vert qui sent bon les herbes citronnées quand on l’ouvre. N’ayez crainte du greenwashing : Weleda suit des process rigoureux depuis des décennies pour offrir des produits les plus naturels possibles et les plus respectueux de la Nature et des Hommes. J’ai acheté ce tube dans ma pharmacie habituelle parce que je cherchais une sorte de crème doudou, l’hiver m’ayant laissé bien asséchée et abimée, sur les joues et les mains. La crème aux plantes médicinales est une sorte de crème à tout faire, un peu comme la crème de huit heures d’Elizabeth Arden, que j’adorais, mais dont je ne supporte plus l’odeur ! La concurrence était rude quand même. Mais Weleda l’a relevé avec brio. La texture baume et le parfum léger, tout est parfait et surtout je suis venue à bout des petites zones sèches qui m’agaçaient, rien que sur les mains elle a fait merveille très vite. Pour six euros, c’est une crème que je vais utiliser et réutiliser sans modération.

     

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    Pour finir, grosse déception avec le réparateur apaisant de Dermophil Indien. C’est une marque de parapharmacie que j’aime bien habituellement, donc quand j’ai vu ce soin intensif destiné à réparer les gerçures et les crevasses, je me suis dit que ce serait parfait pour mes mains trop sèches en hiver. Et bien que dalle, walou, rien : j’ai réussi à vider la moitié du tube en vain. Pourtant je n’avais pas la moindre gerçure ni crevasse, juste des mains trop sèches, notamment sur les côtés des paumes. Outre une odeur trop forte et pas géniale, cette crème n’a rien soigné du tout. Un essai, un ratage, je n’en rachèterai jamais.

     

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    La prochaine fois, si tu es sage, on parlera manucure (oui, je sais que tu as hâte)

  • Karl Ove Knausgaard - La Mort d'un Père / Un Homme Amoureux

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    La folie d’un écrivain ne se ressent jamais mieux que dans ce qu’il feint de raconter par erreur. Du moins est-ce mon opinion, tant j’ai passé de temps à guetter le visage des auteurs derrière chaque livre que l’un ou l’autre pouvait avoir écrit. Oui, j’aime supposer, réfléchir et tenter de deviner ce qui, dans la fiction est de l’ordre du réel. Le seul intérêt de ces suppositions étant d’assouvir ma capacité à cogiter à propos de tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi.

    L’an dernier, quand j’ai pris le livre de Karl Ove Knausgaard sur une des tablées du libraire, j’ai à peine regardé la quatrième de couverture : j’ai d’abord vu un pavé d’un auteur étranger, et souvent cela suffit à me faire craquer. Que n’avais-je fait. Moi qui aime les supputations et les devinettes, j’allais être bien punie.

    Ce livre, c’est La Mort d’un Père, premier tome d’un cycle intitulé Mon Combat (oui, comme Hitler, mais ne nous arrêtons pas à cela, j’y reviens ensuite.) Un livre qui n’est pas un roman, mais un récit autobiographique de la vie et de la famille de l’auteur. Karl Ove Knausgaard est un auteur « normal », au départ (si tant est que ce mot ait du sens), qui a déjà publié deux romans, et est relativement connu dans son pays d’origine, la Norvège. La Mort d’un Père, et plus largement le cycle Mon Combat, est une tentative de restituer la vérité d’une vie, à chacun de ses instants, dans ses doutes, ses errements, ses réflexions les plus banales et les plus ennuyeuses. J’ai eu peur d’avoir affaire avec une sorte de Christine Angot du Nord, avec dix fois plus de pages, ce qui m’aurait bien ennuyée, vu le peu de considération que j’ai pour la littérature égotico-nombriliste de la dame. Loin de là. La Mort d’un Père revient sur l’enfance et la jeunesse de Karl Ove Knausgaard, sous l’ombre d’un père violent et autoritaire. L’auteur se remémore le petit Karl, avec ses faiblesses, ses peurs, son affolant désir de se fondre dans la masse, et la volonté d’échapper au père menaçant.

    Il faut préciser certaines choses : le père de Karl Ove Knausgaard était un notable connu. Par ailleurs, il n’a prévenu personne de son entourage de la teneur exacte de ses écrits. Ce livre, et le suivant, ont fait l’effet d’une bombe tant Karl Ove Knausgaard se met à nu et met à nu son entourage, son ex-femme, sa famille proche, ses propres enfants. Le lecteur est dans la position d’un voyeur privilégié qui sait tout de ce qui se passait dans le cercle Knausgaard.

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    Ce que j’ai aimé, contrairement aux bluettes égotiques de Christine Angot, c’est qu’il n’y a aucune feinte, aucune manipulation, aucune volonté d’amener le lecteur à penser ceci plutôt que cela. Il y a la vérité nue d’un homme, ses pensées les plus emmerdantes, les plus exaltantes, et le détail de la vie. C’est la vie que l’on lit dans ces pages. La vie avec ses beautés et ses trucs plus moches, ce que vous et moi nous avons tendance à cacher sous le tapis. Karl Ove Knausgaard dit qu’il en avait assez de la recherche stylistique, du travail des détails, de ce travail d’écrivain qui nous fait recommencer dix fois, vingt fois, la même phrase. Il explique avoir voulu s’affranchir de cela, et simplement écrire, au kilomètre, privilégiant la quantité à la qualité. C’est cette force brute qu’on retrouve dans les pages, cette incroyable crudité. En cherchant à oublier le style, Karl Ove Knausgaard en invente un autre. Il s’est libéré des entraves habituelles de l’écrivain, en s’en imposant d’autres : écrire vite, publier encore plus vite. Au risque de l’incompréhension et des haines familiales, qui n’ont pas manqué d’éclater. Au risque aussi de choquer toute une société, que ce soit avec La Mort d’un Père, ou le tome suivant : Un Homme Amoureux. C’est que Karl Ove Knausgaard brise mille tabous de la société scandinave, mollement sociale-démocrate, chantre de l’égalitarisme et du progrès social. Il tend à ses contemporains un miroir effrayant : on y voit un homme rebuté par son statut de père au foyer, et par tous ces « trucs de bonne femme » qu’il lui faut accomplir au nom de l’égalité. Pourtant, il se soumet à ces règles de société, mais ne s’empêche pas de penser, et surtout il fait état de ses pensées. Il montre combien chaque être humain est traversé de doutes, de paradoxes, d’envies contradictoires, et toutes ces faiblesses et ces lâchetés sont mises sous le tapis, enfermées à double tour (oui les deux), pour permettre à la société de fonctionner. C’est cette illusion collective, ou de couple, qu’il a brisée le temps de ces récits. C’est peut-être ça le plus foudroyant : les choses peuvent se savoir, mais tant qu’elles ne sont pas dites, elles ne sont pas réelles. Karl Ove Knausgaard dit tout dans ses livres. Comme je l’écrivais au début, ma manie des suppositions a été bien mise à mal, l’auteur ne laisse aucune place aux suppositions. C’est ce combat du quotidien qu’il a voulu retranscrire, son combat, qui est fait de doutes, de peurs, d’incertitudes.

    On peut se sentir perdu, parfois ennuyé : le récit de ses courses au supermarché du coin n’est pas l’acmé de son talent, mais pour le coup on comprend tout à fait que lui aussi ça l’emmerde profondément et qu’il se sentirait mieux à accomplir des tâches plus nobles, mais puisqu’il faut être un Homme Moderne, il se plie aux exigences.

    J’ai évidemment aimé les deux premiers tomes, et j’ai hâte de lire le troisième, qui sort ces jours-ci.

    Je vous conseille vivement cette expérience littéraire.

    Chez Denoël

    La Mort d’un Père

    Un Homme Amoureux

    Jeune Homme (pas encore acheté mais j'ai hâte)

     

    Les deux premiers tomes sont disponibles en poche chez Folio.

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  • Promenade à Lille avec Northern France Experience

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    Que faites-vous de beau ce weekend ? Que diriez-vous d’une balade à Lille ? Vous connaissez mon amour pour les villes du nord, de Bruxelles à Aix-la-Chapelle, en passant par Ostende et Lille, j’aime ces paysages, surtout en hiver. Mais quand revienne les beaux jours, on s’y promène avec le même plaisir.

    Aujourd’hui je vous emmène à Lille (Rijsel, en néerlandais, je trouve ce mot tellement poétique), une ville que je visite assez régulièrement : de Paris c’est assez rapide, environ une heure en TGV et guère plus en voiture. Mon petit plaisir l’hiver, c’est d’aller manger une gaufre accompagné d’un bon chocolat chaud chez Meert, ou déguster une carbonade bien au chaud, quand dehors l’hiver glace les arbres.

    Quand le printemps revient, j’aime me promener dans les rues de Lille, traîner au Furet du Nord, et je ne vous cache pas qu’il est arrivé certains samedi que je fasse carrément mes courses alimentaires au Carrefour d’Euralille en passant, avant de rentrer vers Paris ^^ Autant vous dire que j’ai quelques habitudes à Lille.

    Mais le propre des habitudes est certainement de figer la spontanéité. Comment retrouver de la nouveauté, là où l’on pense tout connaître ? C’est là qu’est l’erreur : on ne connaît jamais tout de rien ! Et je m’en suis rendue compte la semaine passée, en retournant à Lille, accompagnée du père de mon fils, mais pas seulement :) j’avais sur mon téléphone une nouvelle appli, Northern France Experience. J’avais découvert cette application le jeudi précédent, à la faveur d’une journée à Lille, et j’ai adoré. Aussi, j’ai décidé de retourner (encore !) à Lille, le samedi suivant, pour redécouvrir la ville, accompagnée de cette appli.

    Je ne sais pas si vous me suivez sur Instagram, ou sur la page Facebook du blog, mais j’avais partagé des screenshots de l’appli, ainsi que des photos de mon petit périple.

    Pour en revenir à l’appli, c’est un truc assez fou, un peu GPS, un peu guide touristique, un peu pochette surprise. De fait, c’est une appli qui propose, suivant des critères de temps et/ou d’intérêts personnels, des parcours dans tout le Nord-Pas-de-Calais : quoique maintenant il faille dire Hauts-de-France.

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    Cette appli permet d’avoir une vision plutôt proche de ce que cette belle région a à nous offrir : un ADN, une identité qui tourne autour de la culture et des paysages, ainsi que de la mémoire. C’est cet ADN que l’appli Northern France permet de mettre en valeur et de faire découvrir. Ainsi, on peut choisir de privilégier un aspect sportif, familial, culturel ou mémoriel, dans sa découverte de la région. Les parcours proposés sont d’une belle cohérence et surtout ne sont qu’un guide, un accompagnement et une suggestion. On peut se perdre, digresser dans sa promenade, le moment venue, l’appli saura nous reprendre par la main si on en ressent le besoin. C’est ce que j’ai le plus aimé, le côté pratique et non contraignant. Si on le souhaite, on peut cliquer sur des infos, qui s’affichent alors en pop up, et alors on en sait plus sur un monument, un quartier, un événement historique. De même, il y a un fort partenariat avec les commerçants des villes concernées, et ainsi des offres sont proposées aux utilisateurs de l’appli : encore une fois sans contrainte, mais facilement lisible dans l’appli sans que cela soit envahissant et vire au panneau publicitaire. Quoi de plus pénible sinon !

    Là où j’ai été bluffée, c’est que j’aime et crois connaître Lille, comme dit précédemment, et justement j’ai redécouvert cette ville, en me laissant guider par les suggestions de l’appli. C’est assez marrant de voir que des endroits derrière les quelles ont est passé dix fois, sont là et valent le coup d’œil !

    Je n’ai pas été payée pour faire preuve de tant d’enthousiasme, rassurez-vous, j’ai tellement envie d’envoyer un tas de gens parcourir ces belles terres du Nord ! L’appli m’a justement fait repenser, à un endroit magnifique et émouvant, où je m’étais rendue il y a quelques années : le Mémorial de Vimy. Un endroit où l’on ne peut que ressentir la nécessité de la paix, et se recueillir dans un hommage unanime envers les soldats canadien morts en France lors de la seconde guerre mondiale.

    L’appli Northern France Experience m’a aussi rappelé le fabuleux patrimoine culturel du Nord : par exemple, si vous ne connaissez pas la Piscine de Roubaix, je vous engage à visiter ce fabuleux musée !

    Le tourisme doit évoluer avec son temps, avec la grande place que prennent les tablettes, les smartphones, la spontanéité des séjours de dernière minute ; mais le tourisme ne vaut rien s’il se bâtit sans respecter son véritable patrimoine. La région Nord-Pas-de-Calais Picardie, avec le développement de cette appli, a fait le choix de la sincérité : identifier ses richesses et les mettre en valeur.

    Bref, j’ai eu grand plaisir à retourner dans ces jolis Hauts-de-France !

    Plus d'info pratiques sur le site Tourisme Nord-pas de Calais

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  • Christophe, le gentleman de la nuit tombée - Les Vestiges du Chaos

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    Milan Kundera disait, je ne sais plus où, que la musique est une pompe à gonfler l’âme. Mots de sagesse et d’amour envers quelque chose qui fait tant, tant de bien. Est-ce pour ça qu’à chaque fois qu’un chanteur aimé nous quitte, je pleure ? Certainement. À leur mort, je sais que je perds quelques futurs instants de bonheur. Mais la musique à ceci de magique, qu’elle existe pour toujours, dès lors qu’elle est sortie de l’imagination de quelqu’un.

    Le magicien dont j’aimerai parler aujourd’hui, c’est Christophe, le dernier des Bevilacqua, au travers de son nouvel album, Les Vestiges du Chaos. Autant vous dire que ça faisait longtemps que je ne m’étais pas précipité acheter un CD dans une boutique en vrai de vrai.

    Écouter un album de Christophe, c’est toujours un voyage extraordinaire, le portrait d’un monde à part : l’univers d’un homme fou de musique, et fou des femmes. Ses chansons me font souvent penser à l’œuvre d’un peintre, qui dessine un paysage, à la manière impressionniste, ou pointilliste, selon les sentiments qu’il veut nous faire vivre.

    Christophe, c’est le gentleman de la nuit tombée, l’homme qui murmure à mon âme.  D’album en album il cisèle une poésie bien à lui. Mais il n’est jamais meilleur qu’en concert. Il faut assister à un concert de Christophe pour comprendre quel artiste il est : un artisan du son, un magicien des mots. Même quand il les murmure dans un souffle, ses mots atteignent leur cible.

    Ce nouvel album, je l’ai acheté très vite, mais paradoxalement j’ai mis quelques jours avant de l’écouter : la peur d’être déçue (oui je suis folle). Mais point de déception, juste un nouveau et fabuleux voyage sonore et poétique. Un océan d’amour, comme le postule une des chansons, vient vous bercer. Encore une fois son amour des femmes transparait à chaque note. D’ailleurs pas mal de femmes ont contribué à façonner les différents titres. Peut-on nier avec quel talent Christophe se renouvelle sans cesse ? Bon, je suis un peu amoureuse de sa musique certes, mais comment ne pas l’être ? Je partage avec Christophe cet attrait pour la nuit (j’ai tendance à vivre à l’envers quand je peux, pas souvent hélas…) et sa musique accompagne pas mal de mes nuits blanche, elle est inspirante et se faufile dans mon âme, pour la regonfler, exactement comme dit Milan Kundera.

  • Americanah - Chimamanda Ngozi Adichie

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    L’observation des autres est souvent plus efficace que l’observation de soi-même : en tout cas en ce qui me concerne. J’adore regarder les autres, les passants inconnus autant que mes amis ou relations. Je regarde et j’imagine, j’extrapole, je déduis et parfois je comprends beaucoup de choses : sur moi-même. Lire, c’est un peu comme observer un autre de papier, non ?

    L’an dernier j’ai lu Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, j’ai observé son héroïne Ifemulu, et j’ai compris quelques petites choses sur moi. Miracle de mon nombrilisme.

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    Ifemulu est une jeune nigériane qui part étudier aux Etats-Unis. Arrivée là-bas, elle se découvre noire, par le regard des autres et par la situation des Noirs Américains. De jeune fille de bonne famille, étudiante, ambitieuse, intelligente, elle devient « noire », comme un particularisme qui servirait à la définir tout entière. C’est cette redécouverte de sa race dans les yeux des autres qui est au centre du roman. Ifemulu ouvre un blog, pour partager ses observations de la vie américaine, du racisme, et des relations sociales. Comme un pied de nez à la vie, ce blog fera sa réputation et la conduira à tenir des conférences sur ces thèmes. Le lecteur, lui, observera la vie amoureuse et professionnelle d’Ifemulu évoluer, et se heurter aux préjugés raciaux, aux difficultés qu’engendre le fait d’être noir aux États-Unis. De la plus simple, à la plus grave. Ainsi, le livre s’ouvre dans un premier chapitre sur une scène dans un salon de coiffure pour cheveux afro, « dans cette partie de la ville pleine de graffitis, de bâtiments insalubres, sans un seul Blanc à l’horizon, ».  Car c’est là qu’on exile l’africanité, et si une intellectuelle noire habitant à Princeton souhaite se faire tresser les cheveux, elle doit suivre le ban.

    Être noir à Lagos et à Princeton c’est différent. Cette différence se chiffre par le nombre de rejets, d’exclusions, de sourires entendus, et de réflexions paternalistes quand elles ne sont pas ouvertement racistes.

    Pour autant, pas d’atermoiements dans le roman de Chimamanda Ngozi Adichie, pas de sanglots, juste une fine observation factuelle, un recensement de la réalité de la peau noire, la liste des conséquences sur chaque instant de la vie, même le plus intime.

    Cette observation dont Ifemulu est le point central, m’a forcément ramenée à moi, et à ma vie en France. À cette chose que peu de gens comprennent s’ils ne la vivent pas dans leur chair : le regard de l’autre qui fait de vous un étranger quoi qu’il arrive. J’ai souvent du mal à expliquer cela : je n’ai jamais vraiment souffert d’un racisme violent, au sens où je n’ai pas subit de « sale arabe », ou de « rentre chez toi » mais j’ai toujours eu droit à des remarques paternalistes, ou réductrices, dès lors que j’indiquais mon prénom. Des phrases comme « ça n’a pas été trop dur pour toi de poursuivre tes études ? » (Trop dur pourquoi ? parce que je suis censée venir d’une famille où on empêche les femmes d’étudier et où on les voile de force ? parce que génétiquement je serais vouée à l’illettrisme ?) Des phrases comme « Et tu rentres chez toi souvent ? » Quand je réponds oui, c’est à trois stations de métro, je comprends bien que mon interlocuteur situe mon « vrai » chez moi au-delà de la méditerranée et non sur la ligne du métro parisien.

    Le racisme n’est pas forcément un coup de poing dans la face, il peut être un mot anodin, une question toute simple mais qui en dit long sur ce que l’Autre juge que l’on doit être : un éternel étranger, illégitime à vie.

    La lecture de Americanah m’a renvoyé à ma propre situation et à la façon dont je la gérais. Une des raisons pour laquelle ce livre m’a bouleversée.

    L’histoire d’Obinze, ancien amoureux d’Ifemulu, qui lui est arrivé à Londres, dans des conditions bien plus difficiles, est aussi passionnante à suivre. Les deux trajectoires des anciens amants finiront par se croiser à nouveau, chacun arrivant avec ses bagages et ses choix. L’histoire d’Ifemilu est aussi une belle observation d’un féministe quotidien, réel et vécu en prise avec un patriarcat aux habits multiples.

    Je vous reparle de ce livre lu l’an dernier, parce que je l’avais beaucoup aimé à l’époque, que je n’avais pas eu le temps de le chroniquer, mais qu’il n’a guère quitté mon esprit. Et le fait est qu’il sort en poche ces jours-ci, alors n’hésitez pas à vous l’offrir ! Pour ma part, je l’avais emprunté à la bibli dès la sortie, et j’attendais le format poche avec hâte pour l’avoir chez moi (appartement parisien oblige, je privilégie toujours les formats poche..)

    Bref, si vous ne l’avez pas encore lu, je vous y engage. Quelle que soit votre situation, vous y trouverez matière à réflexion.

    Extraits:

     « Ifemelu avait grandi dans l’ombre des cheveux de sa mère. Ils étaient noir-noir, si abondants qu’ils absorbaient deux flacons de démêlant quand on la coiffait, si épais qu’il leur fallait rester des heures entières sous le casque du séchoir, et quand enfin libérés des bigoudis de plastique rose ils s’échappaient en une masse libre et volumineuse, ils se répandaient jusqu’en bas de son dos comme une fête. Son père les appelait sa couronne de gloire. « Est-ce que ce sont de vrais cheveux ? » demandaient des inconnus qui tendaient la main pour les toucher avec respect. D’autres disaient : « Êtes-vous de la Jamaïque ? » comme si seul un sang étranger pouvait expliquer une chevelure aussi opulente qui ne s’éclaircissait pas aux tempes. Enfant, Ifemelu se regardait souvent dans la glace et tirait sur ses cheveux, les déroulait, souhaitant désespérément qu’ils deviennent semblables à ceux de sa mère, mais ils demeuraient rêches et poussaient difficilement ; les coiffeuses disaient qu’ils étaient coupants comme des couteaux. »

    « Si vous dites que la race n’a jamais été un problème, c’est uniquement parce que vous souhaitez qu’il n’y ait pas de problème. Moi-même je ne me sentais pas noire, je ne suis devenue noire qu’en arrivant en Amérique. Quand vous êtes noire en Amérique et que vous tombez amoureuse d’un Blanc, la race ne compte pas tant que vous êtes seuls car il s’agit seulement de vous et de celui que vous aimez. Mais dès l’instant où vous mettez le pied dehors, la race compte. Seulement nous n’en parlons pas. Nous ne mentionnons même pas devant nos partenaires blancs les petites choses qui nous choquent et ce que nous voudrions qu’ils comprennent mieux, parce que nous craignons qu’ils jugent notre réaction exagérée ou nous trouvent trop sensibles. Et nous ne voulons pas les entendre dire : Regarde le chemin que nous avons parcouru, il y a seulement quarante ans nous n’aurions pu former un couple légal, bla-bla-bla, parce que savez-vous ce que nous pensons quand ils disent ça ? Nous pensons mais putain pourquoi cela aurait-il dû être illégal de toute façon ? Mais nous nous taisons. Nous laissons tout ça s’accumuler dans nos têtes et, quand nous assistons à de sympathiques dîners progressistes comme celui-ci, nous disons que la race n’est pas un problème parce que c’est ce que nous sommes censés dire, pour que nos sympathiques amis progressistes ne soient pas perturbés. C’est la vérité, je parle d’expérience. »