12.02.2012

William S. - Sonnet CXLVII

William, le grand William Shakespeare n’a pas écrit que des pièces au ressort dramatique puissant. Il a aussi produit une magnifique œuvre poétique. C’est un de ces sonnets que je vous propose aujourd’hui. Un sonnet sombre et affligé, comme parfois l’amour peut l’être. (Après tout, c’est bientôt la Saint-Valentin, dénotons un peu au milieu de tout ce rose ^^)

Et puis, c’est pour moi l’occasion de remettre les pieds, ailés, dans le challenge de Maggie et Claudialucia.

shakes.gif


Le Sonnet CXLVII n’est pas d’une gaieté folle, certes, mais la noirceur des vers vient au secours d’un cœur déchiré, passé l’amour il reste le soin de la raison…

My love is as a fever longing still,
For that which longer nurseth the disease;
Feeding on that which doth preserve the ill,
The uncertain sickly appetite to please.
My reason, the physician to my love,
Angry that his prescriptions are not kept,
Hath left me, and I desperate now approve
Desire is death, which physic did except.
Past cure I am, now Reason is past care,
And frantic-mad with evermore unrest;
My thoughts and my discourse as madmen's are,
At random from the truth vainly expressed;
For I have sworn thee fair, and thought thee bright,
Who art as black as hell, as dark as night.

Mon amour est comme une fièvre toujours altérée de ce qui l’alimente incessamment : il se nourrit de ce qui perpétue sa souffrance pour satisfaire son appétit troublé et morbide.
Ma raison, médecin de mon amour, fâchée de ce que ses prescriptions ne sont pas suivies, m’a abandonné, et moi, désormais désespéré, je reconnais que l’affection que combattait la science est mortelle.
Ma raison étant impuissante, je suis désormais incurable, et je délire frénétiquement dans une incessante agitation. Mes pensées et mes paroles sont, comme celles des fous, de vaines et fausses divagations.
Car j’ai juré que tu es blanche et cru que tu es radieuse, toi qui es noire comme l’enfer et ténébreuse comme la nuit.

william shakespeare, poésie, sonnet, sonnet 147, challenge


Je vous souhaite un dimanche plus heureux tout de même :)

Rendez-vous sur Hellocoton !

11.02.2012

La peau douce (bisou)

Il ne vous aura pas échappé qu’il fait un froid de canard ces jours-ci. Un froid à vous dessécher la peau. La mienne en tout cas.

Pour passer cette mauvaise période, j’avais commencé par lister les expressions les plus pourries pour parler du froid. Je vous les épargne ? Vous devez en connaître plein, genre « je me pèle le jonc » (poésie, c’est ma ligne éditoriale), « je me pèle les miches (même motifs) « un froid de canard », donc, et on va s’arrêter là parce que je n’en connais pas plus en fait…

Du coup, il a fallu que je me trouve une autre occupation…
Comme m’occuper de ma peau. Un peu. Rapport au froid.

Je sais, on part de loin pour arriver au sujet, mais c’est un concept, hein..

Bref, il caille sa race (oh ! à rajouter à ma liste d’expressions !!) et ça assèche ma peau. Mais je ne suis pas née de la dernière pluie ! (vous noterez que je case toutes les expressions que je connais en ce moment…) J’ai un arsenal contre le froid, efficace :

SN155563.JPG


D’abord, the best of the best, la crème Nivéa, l’authentique, la seule, l’unique, la vraie. C’est simple, une bonne petite couche de Nivéa sur les pieds tout secs, une paire de chaussette, une bonne nuit de sommeil, et on se réveille le matin avec des petits petons de bébé, tout doux. Un miracle épidermique.
Pour les mains, la crème de Huit Heure d’Elizabeth Arden, formule spéciale mains, est une petite merveille. Je suis très sensible au froid, et ces temps-ci je me retrouve avec des mains sèches, parfois un peu rougeâtres (on se dit tout ici, putain…)  et c’est moche… Enfin, ça resterait moche sans cette crème épatante !
Pour finir, et pour les lèvres, zone très fragile aussi, mon chouchou, c’est le baume karité de L’Occitane. Un petit prix pour de grands effets. J’aime essentiellement parce que ce n’est pas trop gras ni collant et que ça protège bien. Je ne suis pas du genre à dégainer le baume à lèvres à tout bout de champs, mais ces jours-ci, c’est un peu le reflexe….
Par contre, il y a un truc qui me manque, c’est une crème doudou pour le visage ? J’ai la peau mixte, et je trouve que les crèmes qui conviennent à ce genre de peaux ne protègent pas vraiment par très grands froids ? Des pistes ?
(Sinon, je suis aussi preneuse d’expressions pourrites pour parler du froid…)

Rendez-vous sur Hellocoton !

10.02.2012

Noir Désir - Soyons Désinvoltes N'Ayons L'Air De Rien

Parfois, j’ai envie de mettre ma procrastination de côté, et j’envisage de faire une sorte de compilation perso, un genre de bande originale de ma vie, mon œuvre… Les chansons et musiques qui ont marqué mon parcours, étape par étape.
Un jour je le ferais. Et dans cette bande son, il y aura du Noir désir, c’est certain, incontournable et indispensable.

Aux Sombres Héros de la Mer, l’Homme Pressé, Un Jour en France, Tostaky, Le Vent nous Portera… Autant de tubes et autant de moment où j’ai vibré, avec le meilleur groupe de rock au monde pour moi (Avec Black Sabbath dans un autre style, et aussi ZZ Top, et Queen…)
Avec la fin officielle du groupe en novembre 2010, c’est toute une époque qui se referme, mais il reste des pépites, des trésors, des morceaux indépassables.
Le coffret-compilation qui est sorti en fin d’année dernière est donc un indispensable de toute bonne cdthèque. Depuis que je l’ai entre les mains, je réécoute, et redécouvre quelques titres oubliés.

SN155529.JPG


Deux CD et un DVD nous permettent de refaire le voyage, presque à l’envers… Sur le premier CD, on retrouve un best off des plus grands succès, les titres les plus connus, que j’ai cités. On les connaît presque tous par cœur (en tout cas j’en suis certaine, pour Stéphanie ^^)
Une fois qu’on est bien mis en jambes avec ce premier CD, la platine passe au second CD et là, c’est simplement parfait : un voyage au cœur de l’inattendu ! Une poignée de titres secondaires des anciens albums, qui méritent qu’on les redécouvre (comme le très beau Back To You) et surtout des duos, des remixes et des reprises très surprenantes ! Il faut entendre Helter Skelter ou Working Class Hero des Beatles, ou bien encore le magnifique Ces Gens-là de Jacques Brel. Impossible de tout citer, mais chaque piste est une belle surprise, combinant le talent de Noir Désir, et de Bashung, Brigitte Fontaine, Les Têtes Raides

253904_septembre96.jpg


Le DVD est peut-être ce que j’ai préféré. Simplement parce qu’il offre l’intégralité des clips du groupe, des extraits de prestation live, des archives du groupe et aussi une sorte de rétrospective médiatique du groupe à partir d’archive de l’INA. J’ai regardé ces archives en essayant de me rappeler où j’étais à chaque fois, ce que je faisais de ma vie… C’est certainement une question de génération, mais aucun groupe ne m’a autant accompagné que Noir Désir
Et quand je vois mon fils danser dans le salon au son de Tostaky, je sais que ce n’est pas près de s’arrêter !


Page Facebook de Noir Désir
Site Officiel du groupe
Soyons Désinvoltes N’ayons L’Air De Rien – 20 €


Rendez-vous sur Hellocoton !

09.02.2012

Over ok

wile.jpg

Oscar Wilde a toujours le mot juste.

Rien à rajouter, si ce n'est que j'over love la jupe.

Rendez-vous sur Hellocoton !

08.02.2012

Un été en hiver

Le week-end dernier, avec la vague de froid qui s’est abattue sur la France, je suis restée tranquille à la chaud, dans un cocon de bien-être et de chaleur. J’en ai profité pour reprendre quelques ouvrages, de ceux qui donnent le sourire.


Pour commencer, une nouveauté : le Cahier Jeune Maman des Paresseuses. 

SN155523.JPG


Ce guide toute rose, présente en 25 chapitres les moments et questions importantes que toute jeune maman se posera. Déchiffrer les pleurs, composer les premiers repas, le biberon, la toilette, l’organisation etc., autant de moments dédramatisés et explicités. On trouvera une foule de conseils, des listes pratiques, des tableaux, des dessins ! C’est ce que j’ai adoré en fait, cette mise en page comme un livre de bord, avec de la place pour noter nos impressions, mettre des photos etc.. Une sorte de kakebo de la jeune maman.
Je découvre un peu plus le talent de Frédérique Corre-Montagu qui a rédigé l’ouvrage, son sens de l’organisation, sa façon d’aborder des thèmes parfois délicats avec une touche de sensibilité et d’humour bienvenues !


Les dessins de Soledad Bravi rajoutent au charme de ce guide, pratique, pas austère et complet. Et on en apprend sur les nourrissons, leurs capacités, leurs petits secrets derrière les areuh areuh :) je connais une future jeune maman qui va adorer !


Dans un autre genre, mais toujours pour braver le froid, je me suis organisé un petit revival estival comme si j’y étais (sauf que ça caille à mort dehors…)

SN155237.JPG


Je me suis fait un petit plateau régressif à souhait, avec une mini tropézienne, un verre de lait fraise, et deux bouquins de Marcel Pagnol, à feuilleter, histoire de retrouver les passages que je préfère. La réédition des Pagnol permet de les redécouvrir, mais j’avoue que mes exemplaires d’enfants me manquent. Je me rappelle d’un nid d’oiseaux en couverture, et de la photo du grand Académicien en dernière page…
Bref, rien ne vaut un petit plateau de douceurs, quelques bonnes pages à dévorer, pour oublier que le printemps n’est pas encore pour demain…


En attendant, il a beau faire froid, je ne vois pas de neige tomber…

snow.gif


Rendez-vous sur Hellocoton !

07.02.2012

Life on Mars

J’ai aimé recevoir mes cartes Moo pour Facebook.

SN155552.JPG


Grâce à un tweet de Krokette qui expliquait le bon plan, j’ai pu moi aussi commander gracieusement ces petites choses, qui font toujours plaisir à regarder. J’ai choisi quelques unes des photos que je préfère pour les avoir près de moi.


J’ai adoré recevoir un joli colis en provenance du Royaume-Uni, rempli de boites de thé : c’est grâce à My Little Discoveries, chez qui j’ai gagné ce lot.

SN155554.JPG


J’ai une pensée pour elle à chaque fois que je me fais une tasse de thé en ce moment :) Les saveurs sont agréables, subtiles, certaines un peu plus prononcées. C’est un joli moment de découverte à chaque tasse.


Pour déguster ce thé, j’ai choisi ces jours-ci une bande originale chaude et douce, avec le temps bien hivernal, il faut au moins ça. Cette bande son, c’est l’album de Jali, un jeune chanteur, que j’ai du « croiser », une ou deux fois dans ma radio. Ecouter et découvrir son album a été un petit moment de douceur, et de jolies surprises.  Jali est originaire du Rwanda et c’est de la plus haute montagne de Kigali qu’il tire son nom d’artiste. Son style folk poétique, m’a tout de suite fait penser à Tété, Ben Harper, bref de jolies connotations musicales.

Jali, Musicien, Des jours et des lunes, 21 grammes, Espanola, thé, moo, cards, facebook


L’album ouvre sur 21 grammes (le poids de l‘âme), ma chanson préférée de l’album, douce amère, avec cette chaleur dans la voix qui berce joliment nos oreilles.


Si tu sais compter dis-moi combien pèse mon âme
n'oublies pas mon passé et le poids de mes drames
Si tu sais compter dis-moi combien pèse mon âme
à la virgule près, ça doit faire 21 grammes


J’aime énormément sa voix un peu nonchalante, son allure de poète aux quatre vents, qui veut nous faire voyager par les mots, les images. Et Espanola fait partie de ces voyages. Le single qui a pas mal marché invite au voyage en toute poésie, pensez si j’aime !

J'ai tenté la fuite par les chemins de travers(e),
Resté bloqué au péage parce qu'il me manquai quelques pièces.
J'me suis fabriqué des ailes pour voler vers les radars
mais ma technique était cramée par un grec nommé Icar.
Après mûres réflexions, tout ce qu'il me reste à faire,
C'est m'habituer aux poissons et puis, prendre la mer.
Avec un peu de chance, j'arriverai à bon port
Avant que mon bateau prenne l'eau et qu'une vague l'emporte...



En attendant, j’ai été emporté par une jolie vague musicale…

Jali a une page Facebook et un Tumblr, très sympa à lire !

Album : Des Jours Et Des Lunes.

Rendez-vous sur Hellocoton !

02.02.2012

La cage aux oiseaux

On ouvre un livre comme on ouvre un univers inconnu, avec ses personnages, ses règles, ses secrets, que l’on va observer d’un œil extérieur.


Et il y a des livres qu’on ouvre comme une cage aux oiseaux, pour laisser échapper une multitude de couleurs et de sentiments.


La métaphore est un peu facile, concernant le roman dont je vais vous parler, Des Vies d’Oiseaux, de Véronique Ovaldé.

Des-vies-d-oiseaux-Veronique-Ovalde.jpg


C’est un roman que j’ai eu entre les mains il y a longtemps déjà, au moment de sa sortie, mais que j’avais gentiment rangé de côté quelques temps avant de le lire : j’avais feuilleté quelques pages au hasard, et je savais que ce récit allait être important pour moi.


Je l’ai donc lu, avec énormément d’attentes, et toutes, presque, ont été comblées.
Dans un pays imaginaire d’Amérique du Sud vivent une poignée de personnages, dans un univers fait de clichés et de séparation. Vida et sa famille habitent la colline Dollars, ce lieu protégé ou s’ennuient de riches familles.
Un jour Vida et son mari font appel à la police parce que leur villa a été visitée par des indélicats, en leur absence. L’inspecteur Taïbo va s’occuper de cette enquête, à sa manière.
Loin d’une enquête policière classique, Taïbo va se pencher sur la vie de ses gens, sur ce qui les retient, les fait marcher inlassablement. On découvre assez vite que c’est Paloma, la fille de Vida, et son étrange amoureux Alfonso qui occupent les maisons de la colline Dollars désertées par les propriétaires. C’est  un couple de coucou particulier qui change de nid, au gré des absences.
Vida ne fait pas partie de cet univers de richesse ennuyée, elle vient d’ Irigoy, la lie de l’humanité pour les riches rapaces qui nichent en haut de la colline Dollars. Vida va se rappeler de ses origines, chercher à comprendre pourquoi Paloma rejette tant ses parents, d’où vient cette colère qui l’anime et comment combler l’ennui de sa propre vie.
Avec Taïbo, c’est une enquête à la manière d’Hérodote qu’elle va accomplir, et découvrir ainsi les réponses aux questions qu’elle avait peur de se poser.
J’ai adoré ce récit. J’y ai retrouvé cette écriture sud-américaine que j’aime tant, qui m’a étonné et ce fut comme un cadeau inattendu.
Lire ses lignes, qui parfois me rappelait la folie toute particulière d’un Gabriel Garcia marquez par exemple, avec en plus une douceur mélancolique parfaitement maitrisée, fut une des plus belles expériences de lectures de cette dernière année.
Nombre de ces mots, de ces phrases chantant un chant aléatoire, au rythme d’une ponctuation et de monologues si particuliers, ont atteint en plein cœur un universalisme parfait. L’universalisme auquel je tiens, qui montre qu’avec des mots et des histoires particulières, on peur accrocher les sentiments, les questions et les angoisses les plus équitablement partagées en ce bas monde.


Compliqué d’en dire plus :) lisez le !
En attendant, quelques extraits parmi mes préférés, que je dédie au jeudi citation de Chiffonnette :

"Vida s’est dit que la première chose que l’on remarque chez quelqu’un qu’on voit nu pour la première fois, ou qu’on s’apprête à voir nu, c’est son odeur, vais-je m’habituer à cette odeur ? Et aurais-je d’ailleurs à m’y habituer ?
Taïbo sentait les cascades et les marécages, la mangrove et la roche rouge du désert, il sentait la selle des chevaux, il sentait Liberty Valance et la tristesse chilienne, il sentait les pays que l’on quitte et le cuir qui s’est patiné.
Il n’a pas paru surpris quand elle est arrivée dans sa chambre, la lumière était allumée, un abat-jour encore sous plastique posé sur la lampe de chevet et Vida s’est demandé si le plastique n’allait pas fondre, mais pourquoi avait-elle tant de pensées parasites à un moment aussi crucial, et lui il était en maillot de corps allongé sur le lit, il fumait, il était absent, ou alors il était vraiment là dans cette chambre de la maison culturelle d’ Irigoy, ce drôle d’endroit abandonné qui ne servait qu’à donner bonne conscience à qui voulait avoir bonne conscience, il y avait ces étranges tapis pendus au mur, des tapis qu’on ne met qu’au sol, mais ainsi pendus au mur on avait l’impression d’un chamboulement des volumes, et Vida a eu envie de les arracher en entrant dans la chambre de Taïbo, elle voulait qu’ils reprennent la place qui était la leur, peut-être Taïbo était-il vraiment là, allongé sur ce lit, impossible de le certifier, cet homme avait la possibilité d’être tout près de vous et très loin à la fois, c’était une sorte de qualité mélancolique, de qualité tragique, son absence  était palpable et douce, Vida aurait pu embrasser l’absence de cet homme, alors Taïbo s’est levé, il s’est levé pour l’accueillir, et c’était tout à fait cela, il l’accueillait et ce sont ses bras nus et secs et puissants qui l’ont accueillie, il est venu vers elle, il a fermé très posément la porte, et chacun de ses gestes étaient silencieux, Vida n’entendait que le bruissement de son sang à ses propres oreilles et elle était éblouie par la beauté de cet homme, par la justesse de cet homme, et il a parlé, mais ce devait être dans une langue qu’elle ne connaissait pas, elle n’a pas compris un mot de ce qu’il a prononcé, ça n’avait d’ailleurs aucune importance, dans ses rêves, elle ne comprend jamais ce qu’on lui dit et elle peine à trouver des repères, mais là elle avait accepté de marcher dans la tourbe avec lui, il l’a prise dans ses bras et il a passé la main sous son chemisier, et sentir la main de cet homme sur sa peau était une chose inconnaissable et inadmissible, jamais aucun homme depuis Gustavo n’avait posé la main sur sa peau, elle s’est souvenue de s’être dit un jour, disons qu’il y avait de cela cinq ans, qu’elle ne connaitrait plus un autre corps d’homme avant sa mort, elle y avait renoncé et elle s’était faite à cette idée parce qu’elle l’avait voulu ainsi, avait-elle toujours pensé, parce que c’était ainsi, il a chuchoté à son oreille et elle a compris qu’il disait qu’elle était très belle alors elle l’a laissé faire et il l’a soulevée, et elle était si pressée tout à coup de savoir à quoi il ressemblait nu, elle voulait voir son torse et son sexe et sa peau, et quelqu’un d’autre qu’elle, ou une certaine partie d’elle, celle qui se trouve toujours dans un coin du plafond et qui la regarde faire, ricanait et lui disait qu’elle ne serait pas fière le lendemain de tout cela, mais en attendant elle voulait juste ceci, la peau de cet homme, l’entièreté de sa peau, qu’aucun grain ne lui soit inconnu, il l’a soulevée et déposée sur le minuscule lit monacal et elle s’est dit, « Il ne faut pas qu’il me voit nue, il va  me trouver si vieille », elle a voulu éteindre la lumière et il a retenu sa main, il a secoué la tête, il a dit, « Je veux te voir », il l’a déshabillé, et elle était incapable soudain de faire le moindre geste, elle était paralysée, elle ne voulait que la peau de cet homme dont elle ne savait rien, elle ne savait même pas s’il vivait avec une femme, il parlait si peu de lui, et sentir ses seins contre le torse de cet homme était déjà une chose magnifique et inquiétante et elle était presque prête à ce que cela fût suffisant pour cette soirée mais comme visiblement il n’avait aucune intention de s’arrêter là elle a fermé les yeux pour ne pas voir le démon dragon dans l’angle du plafond et depuis combien de temps n’avait-elle pas fait l’amour avec un homme, c’était une chose si simple, elle a rouvert les yeux  et elle a cherché avidement sur le visage de l’homme sa propre nudité tandis qu’il cherchait la sienne ; cette avidité, cette maladresse ont fait place à l’étonnement  de découvrir leur intimité dévoilée, ces gestes qu’on ne devinait pas, ces caresses amorcées qu’on ne soupçonnait pas chez l’autre, et il s’est remis à pleuvoir, elle a entendu la pluie qui tambourinait contre les volets et qui plicploquait au grenier pendant qu’elle était sous cet homme et que le sexe de cet homme dont elle était en train de devenir très amoureuse (ce sont ces histoires d’ ocytocine et d’on ne sait quoi qui la rendait si triste et aimante et tendre), pendant que le sexe de cet homme était en elle, elle se fichait de ce que le docteur Kuckart aurait dit (quelque chose comme, « Méfiez-vous de la passion amoureuse, cette maladie mentale »), elle voulait juste que cet homme la complétât et la soulevât, dramatiquement, qu’il pressât sa queue dans sa bouche, que sa nudité fût complète et augmentée, et depuis combien d’années n’avait-elle pas mis la queue d’un homme dans sa bouche, la peau si lisse et tendue, sa texture et son sel ?"


"Quand ils s’étaient quittés après ce moment passé dans le grand appartement avec vue sur les îles, quand il l’avait accompagnée jusqu’en bas de la colline Dollars, Paloma lui avait demandé si elle allait le revoir et il lui avait caressé les cheveux et embrassé les paupières puis il avait dit, « Bien sûr, maintenant tu es ma femme ».
Et comment expliquer ce que cette phrase faisait résonner en Paloma. Théoriquement elle représentait tout c qu’elle rejetait depuis le jour où elle avait décidé de devenir un individu indépendant et de n’avoir jamais ni mari ni enfant.(…) Cependant quand Adolfo avait prononcé ces mots, quand Adolfo lui avait dit qu’elle était dorénavant sa femme, elle aurait volontiers tendu ses deux poignets vers lui afin qu’il les menottât et la gardât pour lui seul, et cette idée pour Paloma était dérangeante, inédite et séduisante."


"Paloma lit tout le temps. Elle aimerait écrire. Elle le souhaite depuis toujours mais elle ne parvient pas à s’y atteler. Pas encore. Elle pense qu’il lui faudrait probablement lire des centaines de livres avant d’oser prendre la plume. C’est comme un apprentissage auquel elle s’astreint. Elle trouve des livres dans les maisons, il y a toujours des livres dans les maisons, parois ils sont relégués à la cave ou dans une chambre qui ne sert pas de chambre, mais le plus souvent, une pièce leur est réservée, personne ne les touche jamais, alors Paloma, dès qu’elle entre dans une maison où il existe une bibliothèque, s’enchante du programme à venir, elle songe que c’est la première fois de sa vie qu’elle est aussi heureuse et qu’elle ne pourra plus jamais l’être autant, elle goute chaque instant de cette existence, elle se dit, « Ne pensons pas à demain », elle ne veut pas vivre dans ce léger décalage, cette infime projection, qui a toujours empêché sa mère de vivre pleinement les événements les plus agréables. Paloma a des livres et son amour, elle pourrait vivre toute sa vie ainsi. Elle aime lire quand Adolfo est avec elle, elle fait « Mmmmh » quand il lui parle et de cette manière il sait qu’elle n’est pas vraiment là. Elle est quelque part dans ses pages, quelque part en Bolivie ou au Japon, Paloma a une prédilection pour les romans japonais, Adolfo ne peut pas lutter contre quelque chose comme ça, il s’assoit, il pose son pied abîmé sur un siège luxueux, il boit, il fume, et il regarde lire sa princesse. Il semble littéralement s’abreuver à sa contemplation, il dit, « Je suis impressionné par la beauté de tes cuisses », il scrute sa cambrure, et ne peut se lasser de voir ses cheveux, ses magnifiques cheveux qui créent d’infimes tornades sur les draps et dans son cœur."


Des vies d'oiseaux - Véronique Ovaldé

Editions de l' Olivier

236 pages - 19 €

Rendez-vous sur Hellocoton !

01.02.2012

Sortir à Paris : Youssef Nabil - MEP

Paris regorge de musées, galeries, expo en tout genre. Pour autant, j’ai l’impression de sortir moins qu’avant (avant quand d’ailleurs ?) Bref, j’ai décidé de me reprendre légèrement en main de ce côté-là, et d’aller un peu plus sur le terrain culturel.


Pour cette première sortie depuis longtemps, j’ai choisi une expo photo.


Youssef Nabil, à la Maison Européenne de la Photo.

 

e2_5b.jpg

© Youssef Nabil / Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles



C’est un artiste que je connaissais sans connaître. C'est-à-dire que j’avais maintes fois croisé ses photos, sans savoir qu’elles étaient de lui, ni connaître sa démarche artistique.
J’aime énormément Natacha Atlas, et il a photographié celle-ci, dans un style tout vintage égyptien, qui justement parlait bien à l’amatrice de vieux films que je suis.


Youssef Nabil est  né en 1972 en Egypte, une grande nation de cinéma. Et cette passion pour le 7ième art se retrouve dans ses clichés. Il fait des portraits de stars, du cinéma ou de la chanson, en noir et blanc, puis les colorise à la main, ce qui donne ces teintes si spécifiques qui rappellent les vieux films du cinéma arabo-égyptien (et je peux vous dire que j’en garde de bons souvenirs, pour en avoir vu des tonnes avec ma grand-mère, mes tantes, certains de mes cousins… Voilà que les souvenirs remontent..)

Catherine-Deneuve-Paris-2010.jpg

© Youssef Nabil / Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

 

fannycorto.jpg

© Youssef Nabil / Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

 

nata.jpg

© Youssef Nabil / Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

 

You_Never_Left_III_large.jpg

© Youssef Nabil / Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles




C’est justement la magie de Youssef Nabil : son regard nous transporte dans des décennies bien lointaines, avec pourtant des icones contemporaines : Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Tahar Rahim, Natacha Atlas.


Il y a aussi des scènes d’inconnus, ses autoportraits aussi, autant de clichés qui nous mettent dans une machine à remonter le temps.


Les quelques clichés que je vous montre ici gagnent à être admirés de près.

Youssef Nabil
Maison Européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy - 75004 Paris
Ouvert tous les jours de 11 heures à 20 heures, sauf les lundis, mardis et jours fériés.
Plein tarif: 7 €
Tarif-réduit: 4 €
18 janvier - 25 mars 2012

Rendez-vous sur Hellocoton !

31.01.2012

Poésie, ensuite

La poésie et la chanson, c’est une belle histoire, qui s’écrit depuis longtemps, autour des notes des plus grands.
On connaît tous au moins un poème d’Aragon ou de Prévert, et parfois même on connaît une interprétation qui nous touche. Jean Ferrat qui chante Aragon ou Yves Montand qui interprète Prévert, c’est une façon d’aborder la poésie, avec une émotion supplémentaire.  Une émotion qui traverse les générations et qui revit encore avec de nouveaux interprètes, certains même assez inattendu.


La Bande des Mots, c’est un projet collectif, qui engage des artistes différents, autour de la poésie et de l’école. Cet album réunit des gens aussi divers que Oxmo Puccino, Luce, Claire Keim, Marc Lavoine, Camélia Jordana, Arthur H…

SN155526.JPG


De belles voix sur de beaux mots, au profit d’une belle cause. En effet, ces interprétations du répertoire poétique, en plus de nous faire « réviser » nos plus beaux poèmes, soutiennent la lutte contre l’échec scolaire, et une partie des bénéfices du disque sera reversée à des associations qui aident les enfants en échec scolaire et les élèves handicapés. Voilà pour la forme. Pour le fond, on a affaire à de bien jolies surprises.


Je suis du genre assez amatrice, en poésie, je vous saoule assez avec ça je crois :) c’est donc avec une oreille très attentive que j’ai écouté cet album.

Je connaissais déjà certaines interprétation, comme celle de Françoise Hardy, sur le poème d’Aragon que j’ai posté hier ; je connais et adore aussi la version de Ferré, sur « Est-ce ainsi que les hommes vivent » du même Aragon. J’ai redécouvert avec plaisir Marc Lavoine chantant Guillaume Apollinaire :


 « Sous le pont Mirabeau coule la Seine
            Et nos amours
       Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
 
     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure
 
Les mains dans les mains restons face à face
            Tandis que sous
       Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse »

 


Marc Lavoine - Le Pont Mirabeau
la voix de Marc Lavoine sait trouver le petit endroit juste là où le cœur se met à battre...


J’étais bien moins agréablement disposée à l’égard de Jenifer et de Luce, et je dois vous le confesser j’avais tort. Tort de les mépriser d’emblée parce qu’elles sont issues de télé crochet, tort de considérer qu’elles ne peuvent rien faire de beau. C’est faux et (et d’autant plus paradoxale que j’adore Camélia Jordana qui a aussi fait un télé crochet...)
J’ai rangé mon snobisme et mon petit ton péremptoire et j’ai ouvert mes oreilles. Et c’est mon cœur qui s’est ouvert avec, tant l’interprétation de Luce du poème de Maurice Carême m’a tourneboulée (c’est moche comme mot, mais je n’en vois pas d’autre là...) J’aime ce poète, Maurice Carême, c’est par lui que j’ai découvert l’amour de la poésie et des mots à l’école. Je me rappelle comme si c’était hier (avant-hier on va dire..) de ma classe de primaire, et de moi me tenant debout au tableau pour réciter l’un ou l’autre de ses poèmes...

"Il pleut doucement, ma mère,
Et c’est l’automne
Si doucement
Que c’est la même pluie
Et le même automne
Qu’il y a bien des ans.

Il pleut et il y a encore,
Comme il y a bien des ans,
Combien de cœurs au fil de l’eau
Et combien de petits sabots
Rêvant au coin de l’âtre.

Et c’est le soir, ma mère,
Et tes genoux sont là
Si près du feu
Que c’est le même soir
Et les mêmes genoux
Qu’il y a bien des ans.

Il pleut doucement, ma mère,
Et c’est l’automne
Et c’est le soir, ma mère,
Et tes genoux sont là.

Prends-moi sur tes genoux, ce soir,
Comme il y a bien des ans
Et raconte-moi l’histoire
De la Belle au bois dormant."


Luce a posé un ton juste et émouvant sur chacun de ses mots.


Quant  à Jenifer qui interprète "Je te l’ai dit pour les nuages", de Paul Eluard (et vous connaissez mon amour inconditionnel pour Eluard..) elle a réussi elle aussi à toucher la corde sensible…


C’est peut-être la force de ces auteurs de susciter l’émotion, le talent des compositeurs d’avoir trouvé le bon accompagnement, il y aussi le talent de ces interprètes, et Oxmo Puccino qui ouvre l’album avec "Les Assis" de Rimbaud, est juste géant, parfait !


Il y  a un site officiel pas mal fait du tout, avec des portrait de chaque interprète, des vidéos d’élèves commentant les œuvres choisies, plus d’infos sur les associations dont il est question, le projet global est bien expliquée, avec la petite page Facebook qui va bien.
L’album sort le 6 février 2012 (ça fera une chouette ambiance musicale, quelque soit votre soirée du 14 février...)

Rendez-vous sur Hellocoton !

29.01.2012

Poésie, d'abord


Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
          Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
          Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
          Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
          Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
          Il n'y a pas d'amour heureux
          Mais c'est notre amour à tous les deux

 

Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)

Rendez-vous sur Hellocoton !