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Challenge

  • Booz Endormi

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    Je profite du challenge Victor Hugo, initié par Claudialucia, pour partager avec vous un poème de Victor Hugo: Booz Endormi, tiré de l’incroyablement belle Légende des Siècles.

    Il est particulier, ce poème. Bon, c'est Victor Hugo, donc forcément c'est géant et puissant, mais c'est aussi facétieux !

    Et sinon, vous, tout va bien ?

     

     

     

    Chellenge Hugo.jpg

     

    Booz s'était couché de fatigue accablé ;
    Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
    Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
    Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

    Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;
    Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
    Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;
    Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.


    Sa barbe était d’argent comme un ruisseau d’avril.
    Sa gerbe n’était point avare ni haineuse ;
    Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse ;
    « Laissez tomber exprès des épis, » disait-il.

    Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
    Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
    Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
    Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

    Booz était bon maître et fidèle parent ;
    Il était généreux, quoiqu’il fût économe ;
    Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,
    Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

    Le vieillard, qui revient vers la source première,
    Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
    Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens.
    Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière.

    *
     
    Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens.

    Près des meules, qu’on eût prises pour des décombres,

    Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
    Et ceci se passait dans des temps très-anciens.

    Les tribus d’Israël avaient pour chef un juge ;
    La terre, où l’homme errait sous la tente, inquiet
    Des empreintes de pieds de géants qu’il voyait,
    Était encor mouillée et molle du déluge.

    *
     
    Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
    Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ,
    Or, la porte du ciel s’étant entre-bâillée
    Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

    Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
    Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu ;
    Une race y montait comme une longue chaîne ;
    Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu.

    Et Booz murmurait avec la voix de l’âme
    « Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
    Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt.
    Et je n’ai pas de fils, et je n’ai plus de femme.

     » Voilà longtemps que celle avec qui j’ai dormi,
    Ô Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
    Et nous sommes encor tout mêlés l’un à l’autre,
    Elle à demi vivante et moi mort à demi.
     

    » Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
    Comment se pourrait-il que j’eusse des enfants ?
    Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
    Le jour sort de la nuit comme d’une victoire ;

     » Mais, vieux, on tremble ainsi qu’à l’hiver le bouleau ;
    Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe.
    Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
    Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l’eau. »

    Ainsi parlait Booz dans le rêve et l’extase.
    Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
    Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
    Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

    *
     
    Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite,
    S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
    Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
    Quand viendrait du réveil la lumière subite.

    Booz ne savait point qu’une femme était là.
    Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle.
    Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ;
    Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

    L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
    Les anges y volaient sans doute obscurément.
    Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
    Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

    La respiration de Booz qui dormait,
    Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
    On était dans le mois où la nature est douce,
    Les collines ayant des lys sur leur sommet.

    Ruth songeait et Booz dormait ; l’herbe était noire ;
    Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
    Une immense bonté tombait du firmament ;
    C’était l’heure tranquille où les lions vont boire.


    Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
    Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
    Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre
    Brillait à l’occident, et Ruth se demandait,

    Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,
    Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
    Avait, en s’en allant, négligemment jeté
    Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

  • Maurice Maeterlinck - Une petite pincée pour commencer

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    Tous les prétextes sont bons pour parler poésie, et suite à un billet chez Keisha, j’ai eu vent du Mois Belge, instauré pour ce mois d’avril par Anne et Mina. Alors j’ai eu envie de participer, en rappelant à notre bon souvenir mon cher Maurice Maeterlinck, auteur dont j’apprécie particulièrement la poésie.

    On reparle de cet auteur très vite, en attendant, un poème que j'aime relire.

     

    Serre chaude

    Ô serre au milieu des forêts !
    Et vos portes à jamais closes !
    Et tout ce qu'il y a sous votre coupole !
    Et sous mon âme en vos analogies !

    Les pensées d'une princesse qui a faim,
    L'ennui d'un matelot dans le désert,
    Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables.

    Allez aux angles les plus tièdes !
    On dirait une femme évanouie un jour de moisson ;
    II y a des postillons dans la cour de l'hospice ;
    Au loin, passe un chasseur d'élans, devenu infirmier.

    Examinez au clair de lune !
    (Oh rien n'y est à sa place !)
    On dirait une folle devant les juges,
    Un navire de guerre à pleines voiles sur un canal,
    Des oiseaux de nuit sur des lys,
    Un glas vers midi,
    (Là-bas sous ces cloches !)
    Une étape de malades dans la prairie,
    Une odeur d'éther un jour de soleil.
    Mon Dieu ! mon Dieu ! quand aurons-nous la pluie,
    Et la neige et le vent dans la serre !

     

    Si vous souhaitez en savoir plus sur le Mois Belge, c’est chez Mina et Anne.mois-belge-logo-folon-sculpture.jpg

     

     

    Je vous souhaite un joli weekend de Pâques !

     

     

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  • Meurtres en majuscules

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    Avec la nouvelle année j’ai été prise d’une folie incroyable : continuer à lire autant, mais de manière plus rationnelle, et en partageant le plus possible. Ce que j’appelle plus rationnel, c’est simplement essayer d’équilibrer entre les lectures surprises (les achats ou emprunts au hasard, non prévus), et les lectures désirées et dûment listées sur une Liste À Lire (oui pare que hein une PAL ça suffit pas, il faut aussi une LAL. LOL) (Pardon)

    Dans la catégorie non prévue, je suis tombé sur un bouquin à la bibli, que voici :

    DSCN1207.JPG

    Je me suis jetée dessus en hurlant presque dans les rayons OH MON DIEU UN AGATHA CHRISTIE INÉDIT OH MON DIEU C’EST GÉNIAL !

    En fait non.

    C’était une histoire originale, reprenant le personnage de Poirot, par une certaine Sophie Hannah.

    Il y a une maladie horrible qui consiste à prendre un auteur mort, et à autoriser quelqu’un à reprendre son œuvre pour écrire une suite. Vachement indispensable hein ?

    On avait déjà eu droit à une suite des Misérables, de Dieu (enfin Victor Hugo, vous avez compris) par un certain François Cérésa : je ne l’ai pas lu, je ne la lirai pas, jamais, hors de question, et que ce François bidule meurt dans les flammes de l’enfer littéraire (mais vieux et en bonne santé, je ne veux pas de mal aux gens, moi).

    On a aussi eu droit à une sorte de suite, préquel, séquelle même, de Autant en Emporte le Vent, de Margaret Mitchell, par Alexandra Ripley : ok, ça je l’ai lu, c’était pas mal, pas nul. Pourquoi l’ais-je lu ? Je ne sais plus, j’ai honte, je devais être rongée de curiosité et bon, ce n’est pas comme Victor Hugo, j’ai moins de blocage (ou alors je suis une girouette ?)

    Alors cette enquête de Poirot sans Agatha Christie ?

    Pas mal, pour être honnête. Vraiment bien même.

    L’histoire : trois corps sont découverts dans un hôtel chic, un bouton de manchette gravés d’initiales enfoncé dans la bouche. Pendant ce temps Poirot, qui se repose dans une pension de famille, croise une jeune fille à l‘air effrayé. Il se trouve que l’inspecteur chargé de l’enquête à l’hôtel est le voisin de chambre de Poirot dans la petite pension. Le livre démarre très vite : il y a une avalanche de faits curieux, d’indices, et de contre indices, avec une galerie de personnage tour à tour inquiétants, amusants, folkloriques, cruels, généreux. On se trouve plongé au cœur d’un petit village, et de ses intrigues noueuses et acides : autant le dire, un vrai régal !

    J’étais très « bof bof » avant d’ouvrir ce roman, mais Sophie Hannah a fait un excellent travail, à la manière de. La seule chose que je n’ai pas aimé, c’est sa façon d’appuyer sur les traits de caractère de Poirot, notamment son amour de la symétrie. Elle en fait un peu trop, comme pour nous dire « vous voyez, c’est bien notre bon vieux Poirot qu’on retrouve ici ». Mais ça n’enlève rien au plaisir de la lecture !

    Bref, un vrai bon moment de lecture, avec du thé et des muffins maison, et oui :)

    Je profite de cette lecture pour me remettre au challenge littéraire, je ne sais pas trop s'il peut rentrer dans la catégorie pour le challenge Agatha Christie, de George, mais je tente.

    hercule poirot,meurtres en majuscules,sophie hannah

     

     

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  • Antoine et Cléopâtre

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    Aujourd’hui un peu de lecture, pour tout dire une lecture commune, dans le cadre du challenge Shakespeare, avec Claudialucia et Maggie.

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    Antoine et Cléopâtre, comme un miroir à Roméo et Juliette. Shakespeare nous offre encore une histoire de passion et de fureur. Mais là où la fureur n’était que dans l’entourage de nos amants de Vérone, elle habite complètement la relation des amoureux du bord du Nil.

    Antoine et Cléopâtre, c’est le tumulte, la jalousie, les disputes amoureuses, les colères et les réconciliations, jusqu’à l’ultime union dans la mort.

    A la mort de Jules César, l’empire romain est aux mains d’un triumvirat, qui compte notamment Octave et Antoine. Ce dernier découvre l’Egypte dans sa part de l’empire, et avec l’Egypte sa reine, Cléopâtre. De cette rencontre va naitre ce qu’on ne peut appeler autrement qu’une passion tumultueuse, au risque de tomber dans les clichés harlequinesque. Mais la vérité est là : on peut observer un couple d’amants qui n’a rien de pur comme pouvaient l’être Roméo et Juliette. Ce sont deux fortes personnalités, ambitieuses et passionnés, qui vont s’adorer et se détester tour à tour. Antoine tourne le dos à la loyauté et à la morale romaine pour sa Cléopâtre, avant de retourner à Rome satisfaire aux jeux de la politique, quitte à épouser une autre femme, la sœur d’Octave.

    C’est la stratégie politique de ce dernier, Octave, qui pousse nos amants au paroxysme de la démesure. Et c’est Octave qui tirera son épingle du jeu.  Les deux amants empêtrés dans leur relation tempétueuse ne pourront rien face à la détermination politique et guerrière de Octave. Antoine aura tout perdu, l’honneur, son rang, sa vie, et très vite Cléopâtre le  rejoint dans sa décision, pour mourir à son tour avant de subir l’humiliation de la défaite.

    Cette pièce est à lire, à relire, à découvrir, à aimer… C’est une pièce sur l’amour, mais aussi sur la stratégie politique. C’est une pièce qui donne à voir un monde ancien s’écrouler et laisser place à un autre, plus moderne, délesté d’une certaine morale, au profit de la stratégie du vainqueur. L’honneur, la fierté des deux amants maudits sont écrasé par une sorte de real politik de l’époque.

    Quelques extraits :

     « Cléopatre. — Je me sens malade et chagrine.

    Antoine. — Il m'attriste d'avoir à vous faire part de ma résolution...

    Cléopatre. — Emmenez-moi. Soutiens-moi, Charmion. Je vais tomber. Cela ne peut pas durer ainsi ; les forces de la nature n'y sauraient suffire.

    Antoine. — Reine adorée...

    Cléopatre. — Ecartez-vous de moi, je vous en prie.

    Antoine. — Qu'y a-t-il ?

    Cléopatre. — Je lis dans vos regards les bonnes nouvelles que vous avez reçues. Que dit votre légitime ?... Vous pouvez vous en aller. Plût aux dieux qu'elle ne vous eût jamais laissé venir ! Qu'elle n'aille surtout pas dire que c'est moi qui vous retiens ici. Je n'ai sur vous pas le moindre pouvoir. Vous êtes à elle.

    Antoine. — Les dieux savent que...

    Cléopatre. — Oh ! jamais reine fut-elle plus indignement trahie ? Mais dès les premiers jours j'ai vu la trahison se préparer.

    Antoine. — Cléopâtre...

    Cléopatre. — Comment le croire mien et fidèle, quand ses serments secoueraient les trônes des dieux, lui qui fut parjure à Fulvie ! Exécrable folie, de se laisser piper à ces serments du bout des lèvres, et qui se brisent d'eux-mêmes aussitôt prononcés.

    Antoine. — Très douce reine.

    Cléopatre. — Non, je vous en prie, ne cherchez pas à colorer votre départ ; disons-nous adieu et partez. Quand vous imploriez pour rester, alors c'était le temps des paroles : pas question de partir, alors. Nos lèvres et nos yeux ne parlaient que d'éternité ; la belle courbe de vos sourcils abritait la félicité ; tout en nous et jusqu'à la plus chétive parcelle était de la race des dieux ; et certes rien de tout cela n'a changé — si toi, le plus grand des guerriers, tu n'es pas devenu le plus grand des menteurs.

    Antoine. — Eh quoi ! Madame.

    Cléopatre. — Que n'ai-je ta carrure. Tu apprendrais qu'il y a un cœur en Egypte.

    Antoine. — O Reine, écoutez-moi. Une impérieuse nécessité requiert par ailleurs mes services — pour un temps ; mais tout mon cœur reste occupé de vous. Sur notre terre d'Italie étincellent les glaives de la guerre civile. Sextus Pompée va forcer les portes de Rome. La dualité trop égale du pouvoir intérieur a donné prétexte aux factions. Ceux que d'abord on détestait, à présent enrichis, ont acheté la faveur publique. Et, Pompée, le proscrit, fort de la réputation de son père, s'insinue dans les cœurs de ceux qui n'ont point su profiter du régime actuel ; le nombre de ceux-ci devient menaçant. Pourrie de loisir, l'impatiente oisiveté aspire à quelque changement plein de risques... Un motif plus particulier, qui près de vous pourra justifier mon départ, c'est la mort de Fulvie.  »

     

    « Cléopatre. — Donne-moi mon manteau. Pose la couronne. Je sens une soif immortelle. Jamais plus le jus de la grappe d'Egypte ne viendra rafraîchir mes lèvres. Fais vite, Iras ! Dépêche-toi, je crois entendre Antoine ; il m'appelle ; je le vois qui se lève; il me dit : tu fais bien. Il rit à la fortune de César. Les dieux font payer trop cher la fortune. Antoine, me voici, ton épouse. Mon courage veut mériter ce titre. Je suis de la flamme et de l'air. Tout ce qui pèse en moi, je le laisse à la terre et pour alimenter d'autres vies. Eh bien ! Tout est-il prêt ? Venez ! Cueillez la dernière chaleur de ma lèvre. Bon voyage, aimable Charmion ; Iras, adieu... (Iras tombe et meurt.) Eh ! quoi ! Suis-je un aspic ! Mon baiser l'a tuée ! Quoi le nœud si facilement se défait ? Ah ! vraiment ton étreinte, ô mort, est pareille à celle d'un amant ; elle blesse, mais on la désire. Iras, oh ! comme elle est tranquille. Tu pars si doucement, comme pour montrer que le monde ne vaut pas qu'on lui dise adieu.

    Charmion. — Nuages épais, répandez vos averses, et qu'elles soient comme les larmes des dieux,

    Cléopatre. — Oh ! lâche que je suis de me laisser devancer par elle. Si maintenant elle rencontre avant moi mon Antoine aux belles boucles, elle me volera peut-être ce baiser dont je veux faire tout mon ciel. Viens, vermisseau mortel !

    (Elle applique l'aspic à son sein.)

    Ta dent aiguë saura trancher d'un coup le fil tenace de la vie. Fâche-toi, pauvre fou venimeux ! Finissons-en ! Que ne peux-tu parler ! tu me dirais : ah ! quel grand niais malavisé que ce César.

    Charmion. — Etoile du levant !

    Cléopatre. — Silence ! Silence ! Regarde : sur mon sein le nourrisson s'endort en tétant sa nourrice.

    Charmion. — Mon cœur se fend.

    Cléopatre. — Suave comme la myrrhe, aussi subtil que l'air, aussi doux... Marc Antoine ! (Elle applique à son bras un second aspic.) Viens ! je vais te nourrir aussi. Pourquoi demeurer plus longtemps...

    (Elle meurt.) »


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  • William S. - Sonnet CXLVII

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    William, le grand William Shakespeare n’a pas écrit que des pièces au ressort dramatique puissant. Il a aussi produit une magnifique œuvre poétique. C’est un de ces sonnets que je vous propose aujourd’hui. Un sonnet sombre et affligé, comme parfois l’amour peut l’être. (Après tout, c’est bientôt la Saint-Valentin, dénotons un peu au milieu de tout ce rose ^^)

    Et puis, c’est pour moi l’occasion de remettre les pieds, ailés, dans le challenge de Maggie et Claudialucia.

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    Le Sonnet CXLVII n’est pas d’une gaieté folle, certes, mais la noirceur des vers vient au secours d’un cœur déchiré, passé l’amour il reste le soin de la raison…

    My love is as a fever longing still,
    For that which longer nurseth the disease;
    Feeding on that which doth preserve the ill,
    The uncertain sickly appetite to please.
    My reason, the physician to my love,
    Angry that his prescriptions are not kept,
    Hath left me, and I desperate now approve
    Desire is death, which physic did except.
    Past cure I am, now Reason is past care,
    And frantic-mad with evermore unrest;
    My thoughts and my discourse as madmen's are,
    At random from the truth vainly expressed;
    For I have sworn thee fair, and thought thee bright,
    Who art as black as hell, as dark as night.

    Mon amour est comme une fièvre toujours altérée de ce qui l’alimente incessamment : il se nourrit de ce qui perpétue sa souffrance pour satisfaire son appétit troublé et morbide.
    Ma raison, médecin de mon amour, fâchée de ce que ses prescriptions ne sont pas suivies, m’a abandonné, et moi, désormais désespéré, je reconnais que l’affection que combattait la science est mortelle.
    Ma raison étant impuissante, je suis désormais incurable, et je délire frénétiquement dans une incessante agitation. Mes pensées et mes paroles sont, comme celles des fous, de vaines et fausses divagations.
    Car j’ai juré que tu es blanche et cru que tu es radieuse, toi qui es noire comme l’enfer et ténébreuse comme la nuit.

    william shakespeare, poésie, sonnet, sonnet 147, challenge


    Je vous souhaite un dimanche plus heureux tout de même :)