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Les livres

  • Annie Saumont

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    De Annie Saumont, je n'ai lu qu'un recueil de nouvelles, mais à l'annonce de sa mort dans la presse, je me suis rappelée ses personnages abîmés, chétifs, presque transparents pour certains. En quelques nouvelles j'ai croisé une galerie d'identités fragiles, des êtres posés là par hasard, qu'on sentait flotter dans notre monde, vous savez ce monde bien réel, fait de couloirs de métro, de pluie fine tard le soir et qu'il faut encore courir faire trois courses chez Monoprix. Ce monde où les uns passent sans que les autres les voient, et où pourtant chaque pas aura l'effet papillon parfait sur un scénario qui se déroule plus au loin.

    Elle est belle, la littérature, quand des années après elle vous laisse un souvenir, comme un voile brumeux, dont on ne saisit plus vraiment les contours, mais que l'on sait agréable. Non, pas agréable, mais bien. On sait que c'était bien. Je sais que c'était bien, Annie Saumont. Et j'ai encore quelques nouvelles à lire pour m'en souvenir longtemps. 

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  • "La poésie est dans la vie" - Paul Eluard

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    Donner envie à un enfant de lire, ce n’est pas toujours simple. Il faut s’y prendre tôt dans son enfance et rendre la présence des livres aussi naturelle qu’indispensable. Chez moi, c’était plutôt facile, vu comme mon appartement est envahi de livres. Je ne sais pas comment j’aurais réagi si mon fils n’avait pas aimé lire (enfin si je sais, j’aurais fait la gueule, une belle gueule de six pieds de long).

    Donc mon fils aime lire, hourra dit-elle gonflée de fierté. Sauf que la poésie il n’aimait pas ça (le monstre !) et qu’il refusait de se pencher sur la question (le poignard effilé dans mon cœur tourne et tourne encore). Tout ça sous prétexte que « c’est bon on en parle à l’école déjà et c’est nul ». (Je vous ai parlé du poignard dans mon cœur ?)

    J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai fait un truc que je fais peu, voire jamais : critiquer l’Éducation Nationale devant mon fils…simplement en lui expliquant que le choix de poèmes étudiés en Primaire n’étaient pas des plus heureux. Je ne citerai pas de nom, mais on était bien loin de Maurice Carême et de Émile Verhaeren. En lisant son cahier de poésie, j’avais l’impression d’avoir affaire à des poètes « spécial éduc nat », c'est-à-dire des auteurs sur commande.

    Bref ce fut MA mission de donner le gout de la poésie à ma descendance. Mission périlleuse, car il faut éviter d’imposer, tout en guidant fermement le jeune lecteur.

    J’ai commencé par lui parler de Paul Eluard, parce que mon fils avait une vision figée et dogmatique de la poésie (un truc chiant au possible, quoi). Avec Eluard c’était facile de lui montrer que la poésie ce n’est pas une muse sur sa colline, mais la vie dans chacun de ses détails. La poésie c’est la parole, l’amour, le souvenir, le petit chat qui grimpe au mur et tout ce que l’on voudra. Avec la poésie, l’orange est bleue, la femme amoureuse se tient debout sur une paupière et les raisons de rêver ne manquent pas. Avec Eluard mon fils a compris que l’art s’accommode de toutes les folies, que l’on peut écrire ce que l’on veut, que la réalité ne connaît de limites que celle de notre imagination.

    J’avais acheté chez Folio cette petite « compilation » de poèmes d’Eluard, qui offre un joli panorama de son œuvre.

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    Lire ensemble, puis discuter de ce qu’on a compris chacun, de ce que cela nous évoque, c’est un moment particulier de plaisir. Et puis il y a vraiment de tout dans ce recueil, du surréalisme, des haïkus, des petits poèmes sur les animaux, des envols autour de la liberté et de l’amour. Bien assez pour trouver son bonheur, et surtout pour susciter la discussion et intriguer !

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    Et toi, cher lecteur, comment poétises-tu ?

  • Jayne Mansfield 1967 - Simon Liberati

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    La vie des célébrités a remplacé les tragédies antiques sur nos scènes modernes que sont la télévision et les réseaux sociaux. Ça n’a rien de nouveau, depuis l’invention du cinéma, puis de la télévision, nos dieux et déesses brillent de paillettes, d’or et de soie. Et l’on se passionne autant pour la naissance des étoiles, que pour leur tragique chute. Cette fascination pour le malheur des riches et célèbres de ce monde est étonnante. Je ne dis pas que je suis intéressée, ou que vous, lecteurs, êtes intéressés, mais il se vend des millions et des millions de ces journaux occupés uniquement à la prise de poids de Britney Spears ou au nouvel amant trop jeune de Madonna. Et surtout, il paraît que les mauvaises nouvelles se vendent bien mieux que le bonheur de ces gens-là. Peut-être que lire le malheur des « beautiful people » est une forme de revanche des anonymes…

    Tout n’est que vanité et illusion, et qui saurait dire ce qui se cache derrière chaque porte, même de la personne la plus scrutée au monde ? En tout cas, c’est une source incroyable d’imagination et de fantaisies. Écrire sur les idoles modernes est toujours un exercice un peu risqué : il faut trouver le ton juste, loin du simple panégyrique ou de la fouille indécente de la vie privée.

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    Jayne Mansfield a été une de ces idoles, adulée, scrutée, déchue et moquée. Plus jeune, je la connaissais parce que je suis folle des vieux films hollywoodiens, et des vedettes de l’époque. C’était une de ces blondes comme le cinéma d’alors les aimait tant. Blonde, des courbes de rêves et l’air fragile de la femme qui cherche l’épaule virile d’un homme pour la soutenir. Et je suis certaine qu’aujourd’hui encore on ne la voit que comme cela : ravissante idiote qui a mal fini, à trop capitaliser sur son physique. Pourtant Jayne Mansfield c’était tant d’autres choses encore : un QI de génie, hé oui, et surtout une femme de poigne, qui s’est battue pour s’imposer à Hollywood, qui s’est occupée de ses enfants, et qui a fait preuve d’une force de caractère admirable pour maintenir sa famille à flots. Nulle part ailleurs sans doute qu’à Hollywood la chute des idoles n’est plus cruelle.

     

    C’est la mort de cette idole que nous raconte Simon Liberati dans son récit Jayne Mansfield 1967. Ce n’est pas un roman, ce n’est pas une biographie, c’est un flash-back fascinant.

    Le récit s’ouvre sur l’accident de voiture, inscrit au panthéon des morts les plus fascinantes de nos stars. La Buick Electra de Jayne se crashe dans un accident effroyable, la tuant net et laissant des orphelins (dont Mariska Hargitay, que j’adore regarder dans New York, Unité Spéciale). À partir de cette mort médiatiquement spectaculaire, Simon Liberati entame un portrait par petites touches, qui m’a impressionnée, en tant que lectrice, et quand je dis impressionnée, il faut y voir l’empreinte d’une émotion qui s’attache à qui lit ce récit.

    C’est un « diable d’intelligence et de volonté » que nous raconte Simon Libérati, une femme encore plus virile que les hommes qu’elle se choisissait (le père de Mariska était un champion de culturisme), une femme intelligente et futée, cultivée et douée de plusieurs talents, qui aimait (pourtant ?) s’entourer de roses, de clinquant et de kitsch. Une femme belle et désirable, qui a joué de ses atouts pour bâtir sa réussite hollywoodienne, puis une femme qui ne s’est pas démontée quand son corps n’a plus été aux canons des studios.

    Alors oui, elle s’est appuyée sur ses aides déloyales que sont l’alcool, la drogue et les médicaments, mais comment tenir sans béquilles quand tout s’écroule autour de vous ? Simon Liberati écrit comme on photographie : une suite de portraits incandescents de l’étoile en chute libre. Laissez-vous impressionner par son écriture et par le souvenir d’une star incomprise, reine de beauté devenue monstre de foire d’un univers cruel. Jayne Mansfield reprend vie dans ces pages, et le lecteur découvre un angle de vue qui la rend si attachante, si admirable, même et surtout dans sa chute : elle a joué avec les cartes qu’elle avait en main. Simon Liberati laisse penser au lecteur qu’elle a compris avant les médias du 21e siècle combien la présence continue, la mise en scène de la vie, est source d’attention, et donc d’argent. Quand le cinéma n’a plus voulu d’elle, c’est de sa propre vie qu’elle a tiré ses revenus, monnayant ses apparitions, jouant sur l’intérêt que suscitaient ses frasques. Qui de Anton LaVey, leader de l’église de Satan, ou de Jayne Mansfield, manipule l’autre quand la blonde actrice has been devient grande prêtresse de Satan ? J’aime à croire qu’il y a une certaine équité.

    Jayne Mansfield est un mystère et Simon Liberati en est l’ordonnateur.

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    Jayne Mansfield 1967 - Simon Liberati - Grasset

  • Fatrasie du vendredi #suite

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    Cette fatrasie du jour risque un peu de prendre des allures de Carnets du Monde, versant condoléances. J’avais envie d’évoquer quelques disparus très récents, qui ont marqué le monde des lettres, et que je vous invite à découvrir, si ce n’est déjà fait.

    Maurice Pons nous a quittés cette semaine. On croit les écrivains éternels, et un jour le temps vient pour eux, comme il viendra pour nous, de quitter cette terre. Maurice Pons nous laisse une vie remplie de mots et de combats, une vie discrète et riche, qui a inspiré ses lecteurs. Si vous ne connaissez pas encore, je vous suggère avec force de lire Le Passager De La Nuit, et Les Saisons. Son décès me rappelle combien de ses livres il me reste encore à découvrir… On peut lire sur Bibliobs un très beau portrait de lui.

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    Autre disparition, celle de Marcel Zang, un dramaturge nantais, et oui, Nantes, encore une fois, qui contient le monde et les merveilles qu’il nous apporte, puisque Marcel Zang a des origines camerounaises. J’ai eu l’immense chance de voir une de ses pièces à Paris, je m’en souviens bien car j’étais enceinte de mon fils et c’était une des dernières sorties que j’ai pu faire avant d’être trop fatiguée par la grossesse. Cette pièce, m’avait marquée, presque traumatisée, par sa réflexion sur la liberté, nos prisons intérieures et sur ce qu’est l’Autre : quelqu’un, hum, a dit que c’était l’enfer, Zang nous pousse à nous questionner sur la notion de pureté, qui nous mène à brûler cet autre. On peut lire Slate Afrique un portrait de Marcel Zang, et mieux encore se procurer ses pièces, éditées chez Actes Sud.

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    On reste encore un instant à Nantes, où l’on pourra admirer une œuvre de François Morellet, autre disparu du mois de mai. Si vous avez fait un jour le Voyage à Nantes, vous avez certainement déjà admiré De Temps En Temps, et l’affection de Morellet pour le travail du néon. Par ailleurs, les nantais, quand ils vont à la médiathèque Jacques Demy, passent, parfois sans le savoir, devant une fontaine, œuvre de François Morellet. Et puis, nantais ou non, nous pouvons admirer ses œuvres à Beaubourg, distinction qui lui a été faite de son vivant : assez rare pour être souligné.

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    L’art et la littérature sont objets de vie et de réflexions, et Joseph Andras réveille mon enthousiasme, et avec quelle force ! Je parlerai bientôt de ma lecture de son roman, mais en attendant j’aimerai partager avec vous un entretien, qu’il a donné au site The Dissident. Il parle de son roman bien sûr, mais surtout de son attachement aux mots, aux détails (comment ne pas craquer), aux sonorités et à la musicalité des phrases. Il m’enchante quand il parle de la poésie et de son apprentissage de la littérature. J’admirais déjà son roman, après cet entretien me voilà admiratrice de l’homme. J’ai très envie de le rencontrer et de le faire parler, des heures, de poésie. Doux rêve…

    On reste dans le domaine de la littérature, avec cette fois un côté un peu plus futile, mais très agréable encore. La boutique Etsy de Jane Mount regorge de petites merveilles qu’elle dessine, et qui donnent de très jolies objets, à collectionner forcément. Des badges, des tote bags, à l’effigie de nos romans préférés : là encore, comment ne pas craquer ? C’est juste adorable, ne me dites pas le contraire ^^

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    Si l’on s’y prend bien, les livres nous accompagnent à chaque moment de nos journées, hantent nos pensées et diffusent un mélange d’émotions dont on ne peut plus se passer.