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le coffret de santal

  • Charles Cros - Avent Littéraire #6

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    En ce dimanche d’élections, je suis encore plus heureuse de me pencher sur mes auteurs préférés, tellement dehors l’actualité me déprime.

    Ce soir pour la suite de mon Avent littéraire, je vous propose un petit voyage hors de tout temps. Enfin, si au XIXe siècle, avec Charles Cros, mais dans un XIXe idéalisé, romantique et presque surréaliste. Un poète du Parnasse, un ciseleur de vers et un chevalier servant de la beauté féminine. Bref un gars bien :)

    La plupart des gens connaissent son poème Le Hareng Saur, merveille de répétitions qui plait facilement aux enfants.

    Aujourd’hui, partageons deux poèmes, Excuse et Sonnet Madrigal, juste pour le plaisir de se replonger dans les jardins, les rêves amoureux et l’orientalisme parisien.

     

    Excuse

    Aux arbres il faut un ciel clair,
    L’espace, le soleil et l’air,
    L’eau dont leur feuillage se mouille.
    Il faut le calme en la forêt,
    La nuit, le vent tiède et discret
    Au rossignol, pour qu’il gazouille.

    Il te faut, dans les soirs joyeux,
    Le triomphe ; il te faut des yeux
    Éblouis de ta beauté fière.
    Au chercheur d’idéal il faut
    Des âmes lui faisant là-haut
    Une sympathique atmosphère.


    Mais quand mauvaise est la saison,
    L’arbre perd fleurs et frondaison.
    Son bois seul reste, noir et grêle.
    Et sur cet arbre dépouillé,
    L’oiseau, grelottant et mouillé,
    Reste muet, tête sous l’aile.

    Ainsi ta splendeur, sur le fond
    Que les envieuses te font,
    Perd son nonchaloir et sa grâce.
    Chez les nuls, qui ne voient qu’hier,
    Le poète, interdit et fier,
    Rêvant l’art de demain, s’efface.

    Arbres, oiseaux, femmes, rêveurs
    Perdent dans les milieux railleurs
    Feuillage, chant, beauté, puissance.
    Dans la cohue où tu te plais,
    Regarde-moi, regarde-les,
    Et tu comprendras mon silence.

     

     

    IMG_1693.JPG

    Sonnet Madrigal

    J’ai voulu des jardins pleins de roses fleuries,
    J’ai rêvé de l’Éden aux vivantes féeries,
    De lacs bleus, d’horizons aux tons de pierreries ;
    Mais je ne veux plus rien ; il suffit que tu ries.

    Car, roses et muguets, tes lèvres et tes dents
    Plus que l’Éden, sont but de désirs imprudents,
    Et tes yeux sont des lacs de saphirs, et dedans
    S’ouvrent des horizons sans fin, des cieux ardents.


    Corps musqués sous la gaze où l’or lamé s’étale,
    Nefs, haschisch... j’ai rêvé l’ivresse orientale,
    Et mon rêve s’incarne en ta beauté fatale.

    Car, plus encor qu’en mes plus fantastiques vœux,
    J’ai trouvé de parfums dans l’or de tes cheveux,
    D’ivresse à m’entourer de tes beaux bras nerveux.

     

    A demain peut-être :)