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le monde infernal de branwell brontë

  • Que la création est une grande roue qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un

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    Merci à Victor Hugo d'être une source infinie pour mes titres...

     

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    Après Mary Anne, j'ai donc lu un autre ouvrage de Daphné Du Maurier. Cette fois il s'agit d'un récit : Le Monde Infernal De Branwell Brontë.

    J'étais attirée par ce titre d'abord parce que j'associe constamment Du Maurier et les Brontë, je ne sais pourquoi, certainement l'écriture, le souffle, l'imaginaire un peu sombre. Le Monde Infernal De Branwell Brontë n'est pas un roman comme les autres. Il s'attache aux faits, à la vie particulière de ce jeune homme tragique. Branwell est le frère oublié des sœurs Brontë. Enfin, oublié, c'est une façon de parler : méconnu plutôt.

    L'œuvre des trois sœurs est connue, mais je ne soupçonnais pas l'importance de ce frère dans leur processus de création. Branwell est un être fantasque, créatif, fascinant. Aussi torturé que génial. Et là où ses sœurs ont su trouver un épanouissement dans la création intellectuelle, il a rencontré la souffrance, le questionnement tragique et l'incessante torture de l'artiste maudit. Car son génie ne le conduit qu'à la frustration et à la destruction pour lui-même. L'amour des trois sœurs pour ce frère est éclatant et sans faille, et leur œuvre porte la trace de cet amour.

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    "Fratrie heureuse" par Branwell, dont on aperçoit l'ombre fantomatique au milieu.

     

    Il reste dans l'ombre, mais paradoxalement il les éclaire d'une lumière créatrice, quand lui se consume dans l'autodestruction. Glass Town, cette  fabuleuse construction de mondes imaginaires qui a contribué à l'éveil littéraire des sœurs Brontë, est en grande partie le fait de Branwell. Et c'est étrange comme ce fils préféré, ce frère adulé pour son talent, son génie même, propre à enflammer l'imagination de ses sœurs, ce frère donc ne saura pas affronter le monde, le vrai, celui du dehors, celui des amours déçues, des amitiés contrariées, le monde où il faut se contraindre à des tâches ingrates d'employés pour qui a en son esprit une véritable fatrasie. Comment survivre en ce monde, sans l'aide de l'alcool et du laudanum ? Comment surmonter la perte de l'amour, l'échec, les blocages, la vanité de la création, sans ces béquilles indispensables ? La folie et la maladie s'emparent du corps et de l'esprit du petit frère devenu grand. Branwell n'était pas fait pour ce monde. Qui d'ailleurs peut y survivre, s'il ose se déciller les yeux ?

    Daphné Du Maurier plonge au cœur de cet amour et du désespoir. L'écriture fine et ciselée (merci la traductrice, Jane Fillion, de la famille de Nathan Fillion ???)  sied à merveille au récit. Le tout est documenté, comme il se doit pour une biographie, mais il bénéficie surtout du talent de romancière de l'auteur, qui dépeint le tragique et la descente aux enfers avec une plume captivante. Du Maurier rend hommage à un de ces confrères artiste génial oublié et malheureux. Un jeune homme que l'on regarde tomber, tomber, d'une chute si longue et si douloureuse, tomber et finir à 30 ans, convoqué par la mort, comme il se caricaturera lui-même.

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    C'est peu dire que j'ai été touchée par ce récit. Je me sens proche de Branwell, plus encore que de ses sœurs, non pas que je m'associe à sa souffrance de génie frustré, mais je connais ces affres par lesquelles il est passé. Cette idée que le monde réel (IRL comme on dirait maintenant) n'est pas fait pour soi. L'idée que le prix à payer est trop lourd pour le regarder en face, car à le regarder justement, on en voit que les détails, ceux du diable. La beauté inaccessible, la laideur des cœurs, la vacuité des esprits et la mesquinerie des âmes.  Pourquoi tout cela saute-t-il aux yeux de certains, au point que cela encombre le cerveau, qu'on ne voit plus que ça presque, et qu'il faille batailler pour apercevoir une lumière, une raison d'espérer, un but, quelque chose à aimer, et qui vous soigne en retour.

    Branwell est un être d'exception, un vrai, un de ceux qui comprennent ces vérités, qui s'affranchissent des petitesses qui font le bonheur des autres. Il est de ceux qui veulent embrasser un destin, et qui n'y arrivant pas suffisamment, s'embrasent dans les flammes de la déception, de la frustration. Quand l'esprit bruisse de trop de pensées, de trop d'idées, quand le cerveau devient une machine qui s'emballe, hors de contrôle, la seule façon de survivre un peu, un tout petit peu, c'est d'embrumer l'esprit, de le noyer d'alcool ou de psychotropes quelconques juste pour avoir la paix. Même si c'est une paix illusoire, et l'antichambre à la paix éternelle.

    Daphné Du Maurier a pénétré cet esprit, l'hommage qu'elle lui rend m'a laissé émue et conquise. Et désespérée de n'avoir pas une once de son talent, aussi.

     

     

    « O, Homme qu'es-tu ? Une créature misérable

    Ballottée sur les flot du temps,

    Se meurtrissant aux rocs, happée par les remous,

    Impuissante à se soustraire

    Aux vagues et aux abîmes du malheur et du crime. »

     

    P Branwell Brontë.

     

     

    Lu dans le cadre du challenge Du Maurier ===> Click

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