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théatre

  • Le Horla - Théatre Michel

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    Si vous souhaitez observer une performance théâtrale magistrale, rendez-vous vite au Théâtre Michel ou Florent Aumaitre livre une interprétation presque parfaite du Horla de Maupassant.

    Qui a lu cette histoire un jour ne peut oublier son intensité qui monte crescendo, et l’effroi et la pitié que le lecteur ressent petit à petit pour le narrateur.

    Ce sont autant de sentiments que l’on peut revivre avec l’admirable interprétation de l’œuvre par Florent Aumaitre.

    C’est un monologue porté par l’angoisse, où la folie rampe sournoisement : Florent Aumaitre dit la peur, l’incompréhension et la folie, seul, sur scène, dans un décor sobre, et finement guidé par la mise en scène de Slimane Kacioui. J’avais peur au début d’un certain ennui : c’est le danger des monologues, quand ils sont mal incarnés, rien ne peur rattraper ça… Mais là, le spectateur est vite pris, enfermé avec le narrateur qui décrit sa lente descente vers la folie, vers cette autre qui le mènera au gouffre.

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    C’est fascinant de voir le changement s’opérer sous nos yeux : le bourgeois normand élégant cède peu à peu la place à une ombre angoissée, jusqu’au paroxysme. Et, si on a lu la nouvelle, on a beau connaître la fin, elle vous attrape quand même aux tripes. La catastrophe inéluctable se joue sous nos yeux et l’on reste sidéré.

    Il faut vraiment saluer le jeu de Florent Aumaitre, qui le lâche rien pendant une heure 20, et qui nous laisse, nous spectateur, essoufflé et ravie de la performance.

    Le théâtre c’est comme une bulle : on entre dans une belle salle, on s’assoit sur un beau fauteuil rouge, et on s’abandonne aux mains d’artistes pour un voyage inconnu. Quand le spectacle est réussi, on reste un certain temps dans cette bulle. Et ce soir là, j’ai gardé avec moi un peu de ce Horla.

     

    Le Horla – Théâtre Michel

    Dernière le 27 mai

     

     

  • Pierre-Anthony Allard (La Leçon de Photographie) - Théâtre Saint-Georges

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    La photo est devenue un art très populaire, grâce aux appareils photo numériques, puis grâce aux smartphones ! Nous passons notre temps à mitrailler, et qui n’a pas 500 photos à classer sur son ordi ou un compte Instagram de nos jours ?

    Pour autant, toutes les photos ne se valent pas : il n’y a qu’à voir les piètres clichés que je peu fournir ^^ mais peu importe, c’est amusant populaire et on aime garder souvenir de presque tout.

    Mais la photo, avant d’être un loisir, est un art, où la composition, la lumière et l’intention de l’artiste sont autant de facteurs que l’on peut admirer.

    C’est un de ces artistes que je suis allée applaudir au Théâtre Saint-Georges, pour une Leçon de Photographie aussi enthousiasmante que vivante !

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    Pierre Anthony Allard est un autodidacte, ancien du fameux Studio Harcourt, qui a gravé sur papier les plus beaux visages de cette planète.

    S’est présenté devant nous, spectateur, un artisan, un manuel, un homme qui a appris au fur et à mesure, au contact des plus grands, dont Henri Alekan fameux directeur photo des plateaux de cinéma ! Et nous l’avons écouté, cet artisan, nous parler de son amour de la lumière, et de la façon de la capter pour apporter encore un peu plus de beauté. C’était plus vivant et enthousiasmant que je n’avais pensé au départ. Pas de conférence poussiéreuse par un ancien qui délivre ses souvenirs à un auditoire blasé, non ! C’était un moment de partage, un vrai dialogue entre l’artiste et la salle, et Pierre-Anthony Allard a su parfaitement communiquer l’essentiel : sa passion ! Entre les rires et l’émotion on a pu voir combien la photo est un outil fabuleux. Dans une démarche tout en générosité, Allard nous a expliqué la complexité d’une composition réussie, les écueils à éviter et a fait vivre la magie de la lumière. Cette générosité va même jusqu’à choisir au hasard un spectateur, pour en faire le sujet d’un portrait (portrait qui lui sera offert ensuite), et c’est cette concrétisation des explications qui rendent cette leçon inoubliable. nous voyons, selon le placement, al lumière, les jeux d’ombre, comment un même visage évolue.

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    Il y a de la poésie chez Pierre-Anthony Allard, la poésie que artisans comme lui offrent au monde. Il nous aide à la débusquer, dans les films que nous regardons, dans les paysages que nous observons.

    C’est un joli moment à passer, même et surtout si on ne connaît rien à la photo.

     

    Leçon de Photographie – Théâtre Saint-Georges

    Dernière le 7 mai

  • Antoine et Cléopâtre

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    Aujourd’hui un peu de lecture, pour tout dire une lecture commune, dans le cadre du challenge Shakespeare, avec Claudialucia et Maggie.

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    Antoine et Cléopâtre, comme un miroir à Roméo et Juliette. Shakespeare nous offre encore une histoire de passion et de fureur. Mais là où la fureur n’était que dans l’entourage de nos amants de Vérone, elle habite complètement la relation des amoureux du bord du Nil.

    Antoine et Cléopâtre, c’est le tumulte, la jalousie, les disputes amoureuses, les colères et les réconciliations, jusqu’à l’ultime union dans la mort.

    A la mort de Jules César, l’empire romain est aux mains d’un triumvirat, qui compte notamment Octave et Antoine. Ce dernier découvre l’Egypte dans sa part de l’empire, et avec l’Egypte sa reine, Cléopâtre. De cette rencontre va naitre ce qu’on ne peut appeler autrement qu’une passion tumultueuse, au risque de tomber dans les clichés harlequinesque. Mais la vérité est là : on peut observer un couple d’amants qui n’a rien de pur comme pouvaient l’être Roméo et Juliette. Ce sont deux fortes personnalités, ambitieuses et passionnés, qui vont s’adorer et se détester tour à tour. Antoine tourne le dos à la loyauté et à la morale romaine pour sa Cléopâtre, avant de retourner à Rome satisfaire aux jeux de la politique, quitte à épouser une autre femme, la sœur d’Octave.

    C’est la stratégie politique de ce dernier, Octave, qui pousse nos amants au paroxysme de la démesure. Et c’est Octave qui tirera son épingle du jeu.  Les deux amants empêtrés dans leur relation tempétueuse ne pourront rien face à la détermination politique et guerrière de Octave. Antoine aura tout perdu, l’honneur, son rang, sa vie, et très vite Cléopâtre le  rejoint dans sa décision, pour mourir à son tour avant de subir l’humiliation de la défaite.

    Cette pièce est à lire, à relire, à découvrir, à aimer… C’est une pièce sur l’amour, mais aussi sur la stratégie politique. C’est une pièce qui donne à voir un monde ancien s’écrouler et laisser place à un autre, plus moderne, délesté d’une certaine morale, au profit de la stratégie du vainqueur. L’honneur, la fierté des deux amants maudits sont écrasé par une sorte de real politik de l’époque.

    Quelques extraits :

     « Cléopatre. — Je me sens malade et chagrine.

    Antoine. — Il m'attriste d'avoir à vous faire part de ma résolution...

    Cléopatre. — Emmenez-moi. Soutiens-moi, Charmion. Je vais tomber. Cela ne peut pas durer ainsi ; les forces de la nature n'y sauraient suffire.

    Antoine. — Reine adorée...

    Cléopatre. — Ecartez-vous de moi, je vous en prie.

    Antoine. — Qu'y a-t-il ?

    Cléopatre. — Je lis dans vos regards les bonnes nouvelles que vous avez reçues. Que dit votre légitime ?... Vous pouvez vous en aller. Plût aux dieux qu'elle ne vous eût jamais laissé venir ! Qu'elle n'aille surtout pas dire que c'est moi qui vous retiens ici. Je n'ai sur vous pas le moindre pouvoir. Vous êtes à elle.

    Antoine. — Les dieux savent que...

    Cléopatre. — Oh ! jamais reine fut-elle plus indignement trahie ? Mais dès les premiers jours j'ai vu la trahison se préparer.

    Antoine. — Cléopâtre...

    Cléopatre. — Comment le croire mien et fidèle, quand ses serments secoueraient les trônes des dieux, lui qui fut parjure à Fulvie ! Exécrable folie, de se laisser piper à ces serments du bout des lèvres, et qui se brisent d'eux-mêmes aussitôt prononcés.

    Antoine. — Très douce reine.

    Cléopatre. — Non, je vous en prie, ne cherchez pas à colorer votre départ ; disons-nous adieu et partez. Quand vous imploriez pour rester, alors c'était le temps des paroles : pas question de partir, alors. Nos lèvres et nos yeux ne parlaient que d'éternité ; la belle courbe de vos sourcils abritait la félicité ; tout en nous et jusqu'à la plus chétive parcelle était de la race des dieux ; et certes rien de tout cela n'a changé — si toi, le plus grand des guerriers, tu n'es pas devenu le plus grand des menteurs.

    Antoine. — Eh quoi ! Madame.

    Cléopatre. — Que n'ai-je ta carrure. Tu apprendrais qu'il y a un cœur en Egypte.

    Antoine. — O Reine, écoutez-moi. Une impérieuse nécessité requiert par ailleurs mes services — pour un temps ; mais tout mon cœur reste occupé de vous. Sur notre terre d'Italie étincellent les glaives de la guerre civile. Sextus Pompée va forcer les portes de Rome. La dualité trop égale du pouvoir intérieur a donné prétexte aux factions. Ceux que d'abord on détestait, à présent enrichis, ont acheté la faveur publique. Et, Pompée, le proscrit, fort de la réputation de son père, s'insinue dans les cœurs de ceux qui n'ont point su profiter du régime actuel ; le nombre de ceux-ci devient menaçant. Pourrie de loisir, l'impatiente oisiveté aspire à quelque changement plein de risques... Un motif plus particulier, qui près de vous pourra justifier mon départ, c'est la mort de Fulvie.  »

     

    « Cléopatre. — Donne-moi mon manteau. Pose la couronne. Je sens une soif immortelle. Jamais plus le jus de la grappe d'Egypte ne viendra rafraîchir mes lèvres. Fais vite, Iras ! Dépêche-toi, je crois entendre Antoine ; il m'appelle ; je le vois qui se lève; il me dit : tu fais bien. Il rit à la fortune de César. Les dieux font payer trop cher la fortune. Antoine, me voici, ton épouse. Mon courage veut mériter ce titre. Je suis de la flamme et de l'air. Tout ce qui pèse en moi, je le laisse à la terre et pour alimenter d'autres vies. Eh bien ! Tout est-il prêt ? Venez ! Cueillez la dernière chaleur de ma lèvre. Bon voyage, aimable Charmion ; Iras, adieu... (Iras tombe et meurt.) Eh ! quoi ! Suis-je un aspic ! Mon baiser l'a tuée ! Quoi le nœud si facilement se défait ? Ah ! vraiment ton étreinte, ô mort, est pareille à celle d'un amant ; elle blesse, mais on la désire. Iras, oh ! comme elle est tranquille. Tu pars si doucement, comme pour montrer que le monde ne vaut pas qu'on lui dise adieu.

    Charmion. — Nuages épais, répandez vos averses, et qu'elles soient comme les larmes des dieux,

    Cléopatre. — Oh ! lâche que je suis de me laisser devancer par elle. Si maintenant elle rencontre avant moi mon Antoine aux belles boucles, elle me volera peut-être ce baiser dont je veux faire tout mon ciel. Viens, vermisseau mortel !

    (Elle applique l'aspic à son sein.)

    Ta dent aiguë saura trancher d'un coup le fil tenace de la vie. Fâche-toi, pauvre fou venimeux ! Finissons-en ! Que ne peux-tu parler ! tu me dirais : ah ! quel grand niais malavisé que ce César.

    Charmion. — Etoile du levant !

    Cléopatre. — Silence ! Silence ! Regarde : sur mon sein le nourrisson s'endort en tétant sa nourrice.

    Charmion. — Mon cœur se fend.

    Cléopatre. — Suave comme la myrrhe, aussi subtil que l'air, aussi doux... Marc Antoine ! (Elle applique à son bras un second aspic.) Viens ! je vais te nourrir aussi. Pourquoi demeurer plus longtemps...

    (Elle meurt.) »


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