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Poésie - Page 2

  • Vladimir Maïakovski - Avent littéraire #22

    Ce soir, incontestablement mon poète non-francophone préféré. Vladimir Maïakovski, l’homme total, le poète, le révolutionnaire désabusée, et surtout l’amoureux enflammé et trahi. Sa relation avec Lili Brick est au centre de sa vie, et la cause de ses reniements, de ses hésitations, et finalement de sa mort. Considérer qu’un tel homme ait pu être le jouet d’une femme plus fidèle au KGB qu’à son génie amoureux, me laisse pantoise : la force de l’amour véritable certainement.

    Ce soir, je souhaite partager avec vous un extrait qui me revient en mémoire à chaque épreuve de la vie, un poème compagnon en quelque sorte.

     

    Écoutez !

    Puisqu'on allume les étoiles,

    C’est qu'elles sont à

    Quelqu’un nécessaires ?

    C'est que quelqu'un désire

    Qu’elles soient ?

    C'est que quelqu'un dit perles

    Ces crachats ?

    Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,

    Il fonce jusqu'à Dieu,

    Craint d'arriver trop tard, pleure,

    Baise sa main noueuse, implore

    Il lui faut une étoile !

    Jure qu'il ne peut supporter

    Son martyre sans étoiles.

     

    Ensuite,

    Il promène son angoisse,

    Il fait semblant d'être calme.

    Il dit à quelqu'un :

    " Maintenant, tu vas mieux,

    N’est-ce pas ? T'as plus peur ? Dis ? "

     

    Écoutez !

    Puisqu'on allume les étoiles,

    C’est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires ?

    C’est qu'il est indispensable,

    Que tous les soirs

    Au-dessus des toits

    Se mette à luire seule au moins

    Une étoile ?

     

    À demain.

  • Guillaume Apollinaire - Avent littéraire #21

    Ce soir, retour en France, avec Guillaume Apollinaire : inutile de le présenter :) J’avais envie de partager avec un vous un poème que je trouve évidemment très beau, mais d’une beauté ancienne, un peu comme le reste du recueil qui le contient, Alcools. Ce poème c’est La Loreley :

     

    À Bacharach il y avait une sorcière blonde
    Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

    Devant son tribunal l'évêque la fit citer 
    D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

    Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries 
    De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

    Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits 
    Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

    Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
    Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

    Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley 
    Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

    Évêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge 
    Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

    Mon amant est parti pour un pays lointain 
    Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

    Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure 
    Si je me regardais il faudrait que j'en meure

    Mon cœur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
    Mon cœur me fit si mal du jour où il s'en alla

    L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
    Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

    Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
    Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

    Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
    la Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

    Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
    Pour voir une fois encore mon beau château

    Pour me mirer une fois encore dans le fleuve 
    Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

    Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
    Les chevaliers criaient Loreley Loreley

    Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
    Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

    Mon cœur devient si doux c'est mon amant qui vient
    Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

    Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
    Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

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    À demain.

  • Marina Tsvétaïeva, Le Ciel Brûle - Avent littéraire #20

    Ce soir, une des plus belles poétesses russes, une plume qui a plongé dans le sang et la douleur, dans l’errance, l’opposition politique et bien sûr l’amour.

    Marina Tsvétaïeva est une étoile qui a brillé trop peu de temps. Exilée après la Révolution de 1917 pour suivre son mari, partisan des Blancs, elle n’a retrouvé la Russie que pour plus de souffrances, avant d’être finalement réhabilité en 1955.

    Elle nous laisse pourtant une œuvre riche et nombreuse.

    Ce soir, deux extraits du recueil intitulé Le Ciel Brûle, deux poèmes consacrés à un de ses amours, Ossip Mandelstam.

     

    Personne ne nous a rien ôté —
    Elle m’est douce, notre séparation !
    Je vous embrasse, sans compter
    les kilomètres qui nous espacent.

    Je sais : notre art est différent.
    Comme jamais ma voix rend un son doux.
    Jeune Derjavine *, que peut vous faire
    Mon vers brutal et ses à-coups !

    Pour un terrible vol je vous
    Baptise : envole-toi donc, jeune aigle.
    Tu fixes le soleil, l’œil ouvert, —
    Est-ce mon regard trop jeune qui t’aveugle ?

    Plus tendrement et sans retour
    Nul regard n’a suivi votre trace.
    Je vous embrasse, — sans compter
    Les kilomètres qui nous espacent

     

     

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    Tu rejettes la tête en arrière —
    Et puis que tu es fier et hâbleur.
    Quel joyeux compagnon jusqu’à moi
    A conduit ce mois de février !

    Cliquetant de pièces de monnaie
    Et lentement soulevant la poussière,
    Comme des étrangers triomphants
    Nous allons par la ville natale.

    De qui sont les mains délicates
    Qui ont, beauté, touché tes cils,
    Quand, comment, par qui et combien
    Tes lèvres ont-elles été baisées —

    Je m’en moque. Mon esprit avide
    A surmonté ce rêve-ci.
    En toi c’est le garçon divin,
    Petit de dix ans, que j’estime.

    Nous resterons au bord du fleuve,
    Où trempent les perles des réverbères,
    Je te mènerai jusqu’à la place —
    Témoin des tsars-adolescents…

    Siffle ton mal de jeune garçon,
    Serre ton cœur au creux de ta main…
    — Toi, flegmatique et frénétique,
    Toi, mon émancipé, — pardon !

     

    À demain.

  • Saint-John Perse, Amers - Avent littéraire #19

    Ce soir, rendez-vous avec un arpenteur du monde, un diplomate écrivain, comme notre pays sait en produire de magnifique. Saint-John Perse est un être mystérieux, pour moi, quelqu’un que j’imagine d’une présence incroyable, qui transmet son magnétisme à travers ses mots.

    J’aime les poètes voyageurs, amoureux des larges étendues et des océans. Sa poésie est imposante, un peu comme celle de Hugo, même s’il n’est jamais bon de comparer en ce domaine si subjectif. En tout cas, l’œuvre de Saint-John Perse me fait l’effet d’un monument à gravir, difficile mais fascinant.

    Ce soir, deux petits extraits du recueil intitulé Amers.

     

    Et vous, Mers, qui lisiez dans de plus vastes songes, nous laisserez-vous un soir aux rostres de la Ville, parmi la pierre publique et les pampres de bronze?

    Plus large, ô foule, notre audience sur ce versant d'un âge sans déclin : la Mer, immense et verte comme une aube à l'orient des hommes,
    La Mer en fête sur ses marches comme une ode de pierre : vigile et fête à nos frontières, murmure et fête à hauteur d'hommes — la Mer elle-même notre veille, comme une promulgation divine...

    L'odeur funèbre de la rose n'assiégera plus les grilles du tombeau ; l'heure vivante dans les palmes ne taira plus son âme d'étrangère... Amères, nos lèvres de vivants le furent-elles jamais?
    J'ai vu sourire aux feux du large la grande chose fériée : la Mer en fête de nos songes, comme une Pâque d'herbe verte et comme fête que l'on fête,
    Toute la Mer en fête des confins, sous sa fauconnerie de nuées blanches, comme domaine de franchise et comme terre de mainmorte, comme province d'herbe folle et qui fut jouée aux dés...

     

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    Et ce fut au couchant, dans les premiers frissons du soir encombré de viscères, quand, sur les temples frettés d’or et dans les Colisées de vieille fonte ébréchés de lumière, l’esprit sacré s’éveille aux nids d’effraies, parmi l’animation soudaine de l’ample flore pariétale.
    Et comme nous courions à la promesse de nos songes, sur un très haut versant de terre rouge chargée d’offrandes et d’aumaille, et comme nous foulions la terre rouge du sacrifice, parée de pampres et d’épices, tel un front de bélier sous les crépines d’or et sous les ganses, nous avons vu monter au loin cette autre face de nos songes : la chose sainte à son étiage, la Mer, étrange, là, et qui veillait sa veille d’Etrangère — inconciliable, et singulière, et à jamais inappariée — la Mer errante prise au piège de son aberration.

     

    À demain

  • William Carlos Williams, Asphodèle - Avent littéraire #18

    Pour la suite de cet Avent littéraire, ce soir un poète très particulier, un américain, influenceur de la Beat Generation, que je ne connais pas encore très bien, mais que j’ai, du coup, le bonheur de découvrir depuis quelques mois : William Carlos Williams.

     

    ASPHODÈLE (Livre I, extrait)


    Laisse-moi le temps,
                       le temps.
    Quand j’étais petit garçon
                       je conservais un livre
                                           dans lequel, de temps
    à autre,
                       je pressais des fleurs
                                           jusqu’au jour où
    j’eus une belle collection.
                       L’asphodèle,
                                           comme un présage,
    en faisait partie.
                       Je t’apporte,
                                           ressuscité,
    un souvenir de ces fleurs.
                       Elles étaient suaves
                                           quand je les pressais
    et conservaient
                       longtemps
                                           de leur suavité.
    C’est un parfum curieux,
                       un parfum moral,
                                           qui m’amène
    auprès de toi.
                       La couleur
                                           disparut la première.
    Je dus relever
                       un défi,
                                           ta chère personne,
    moi, simple mortel,
                       gorge de lys
                                           à l’oiseau-mouche !
    Une richesse infinie,
                       pensai-je,
                                           me tendait les bras.
    Un millier de thèmes
                       dans une fleur de pommier.
                                           La terre, en sa prodigalité,
    ne nous refusait rien.
                       Le monde entier
                                           devint mon jardin ! […]

     

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    Iris

    une bouffée d'iris telle que
    descendus pour le
    petit déjeuner


    nous cherchâmes de pièce
    en pièce d'où
    provenait


    cette odeur si troublante et
    ne pûmes en trouver
    tout de suite la


    source lorsqu'un bleu
    comme marin
    éclata


    nous saisissant d'entre
    ces pétales
    claironnants

     

    À demain.