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Poésie - Page 5

  • Charles Cros - Avent Littéraire #6

    En ce dimanche d’élections, je suis encore plus heureuse de me pencher sur mes auteurs préférés, tellement dehors l’actualité me déprime.

    Ce soir pour la suite de mon Avent littéraire, je vous propose un petit voyage hors de tout temps. Enfin, si au XIXe siècle, avec Charles Cros, mais dans un XIXe idéalisé, romantique et presque surréaliste. Un poète du Parnasse, un ciseleur de vers et un chevalier servant de la beauté féminine. Bref un gars bien :)

    La plupart des gens connaissent son poème Le Hareng Saur, merveille de répétitions qui plait facilement aux enfants.

    Aujourd’hui, partageons deux poèmes, Excuse et Sonnet Madrigal, juste pour le plaisir de se replonger dans les jardins, les rêves amoureux et l’orientalisme parisien.

     

    Excuse

    Aux arbres il faut un ciel clair,
    L’espace, le soleil et l’air,
    L’eau dont leur feuillage se mouille.
    Il faut le calme en la forêt,
    La nuit, le vent tiède et discret
    Au rossignol, pour qu’il gazouille.

    Il te faut, dans les soirs joyeux,
    Le triomphe ; il te faut des yeux
    Éblouis de ta beauté fière.
    Au chercheur d’idéal il faut
    Des âmes lui faisant là-haut
    Une sympathique atmosphère.


    Mais quand mauvaise est la saison,
    L’arbre perd fleurs et frondaison.
    Son bois seul reste, noir et grêle.
    Et sur cet arbre dépouillé,
    L’oiseau, grelottant et mouillé,
    Reste muet, tête sous l’aile.

    Ainsi ta splendeur, sur le fond
    Que les envieuses te font,
    Perd son nonchaloir et sa grâce.
    Chez les nuls, qui ne voient qu’hier,
    Le poète, interdit et fier,
    Rêvant l’art de demain, s’efface.

    Arbres, oiseaux, femmes, rêveurs
    Perdent dans les milieux railleurs
    Feuillage, chant, beauté, puissance.
    Dans la cohue où tu te plais,
    Regarde-moi, regarde-les,
    Et tu comprendras mon silence.

     

     

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    Sonnet Madrigal

    J’ai voulu des jardins pleins de roses fleuries,
    J’ai rêvé de l’Éden aux vivantes féeries,
    De lacs bleus, d’horizons aux tons de pierreries ;
    Mais je ne veux plus rien ; il suffit que tu ries.

    Car, roses et muguets, tes lèvres et tes dents
    Plus que l’Éden, sont but de désirs imprudents,
    Et tes yeux sont des lacs de saphirs, et dedans
    S’ouvrent des horizons sans fin, des cieux ardents.


    Corps musqués sous la gaze où l’or lamé s’étale,
    Nefs, haschisch... j’ai rêvé l’ivresse orientale,
    Et mon rêve s’incarne en ta beauté fatale.

    Car, plus encor qu’en mes plus fantastiques vœux,
    J’ai trouvé de parfums dans l’or de tes cheveux,
    D’ivresse à m’entourer de tes beaux bras nerveux.

     

    A demain peut-être :)

     

  • Pierre Reverdy - Avent Littéraire #5

    Aujourd’hui, pour la suite de mon Avent littéraire, j’ai envie de Pierre Reverdy, un poète qui m’accompagne depuis le collège où, du haut de ma naïveté romantique, je portais au pinacle cette belle citation de lui : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». J’aime toujours autant cette citation, elle me rassure (mais non, ne digressons pas).

    Mais Reverdy ce n’est pas que cette populaire citation sur l’amour. C’est un inventeur, un explorateur des mots, un peintre des mots, pour reprendre à peu près ce que disait de lui Picasso.

    Petite anecdote sans importance, je vous livre aujourd’hui le poème qui a inspiré le Oh de mon pseudo habituel sur le web. Ce poème, O, m’avait frappée la première fois que je l’ai lu. Je l’ai vécu comme une porte ouverte sur le véritable Mystère des Mots, comme il ya le Mystère de la Foi. Un vrai point de basculement mystique, en tout cas pour la jeune fille que j’étais :)

    Bonne lecture !

    O

    Il y a des mains qui passent
    Quelque chose passe dans le vent
    Trois têtes au moins se balancent
    Mes yeux partent à fond de train
    J'arriverais à temps
    Mais un poing me retient

    Un homme est tombé
    Quelqu'un est sorti et n'est pas rentré
    Au cinquième la lampe est toujours allumée

    Dans la nuit
    Sous la pluie

    18 francs cinquante de taxi

    Le numéro tombe à l'eau

    Elle passe devant la bouche d'égout
    Le trou
    Quel dégoût
    La pendule qui bat dans la maison est comme un cœur
    Il y a des moments où l'on voudrait être meilleur
    Ou tuer quelqu'un


    Là il y a un piège

    Un chat noir file sur la neige

    Et des gens!
    Des gens que je crains moins que les agents


    La lune est fatiguée de regarder la nuit
    Elle est partie

    Et je vais m'y mettre
    La porte ne me sert de rien ni la fenêtre

    Je prie pour émouvoir le concierge du paradis
    Celui où tu vis

    3heures 1/4
    Dans la vie je me serai toujours levé trop tard

    Le temps est passé
    Je n'ai rien fait

    Une ombre glisse entre cour et jardin
    Je serai là encore demain matin
    Sur le trottoir


    Des visages flottent là-bas dans le brouillard

     

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  • Pablo Neruda - Avent Littéraire #4

    Quand il s’agit de parler d’amour, mon cœur penche souvent vers Pablo Neruda. Étudiante en fac de Droit, j’avais rencontré un étudiant, espagnol de mémoire, qui en était fou, et qui en parlait souvent, c’est comme ça que je l’ai réellement découvert. Son histoire, qui s’est mêlé à l’histoire du Chili, n’a fait que rajouter à mon attrait pour lui.

    Je ne sais pas si vous avez un jour vu ce très joli film de Michael Radford, Il Postino, où Philippe Noiret joue le rôle de Neruda. Ce film est tiré d’un récit intitulé Une Ardente Patience : je trouve que ces termes vont parfaitement à la poésie de Neruda. Il sait comme personne décrire le silence, l’attente, l’envolée vers l’être aimé. Sincèrement, si vous en avez l’occasion, je vous invite à regarder ce film.

    En attendant, et dans la suite de mon Avent littéraire, j’aimerais partager avec vous ce poème qui est, je crois, mon favori du recueil Vingt Poèmes d’Amour et une Chanson Désespérée.

    Le Puit.

    Parfois tu t’enfonces, tu tombes

    Dans ton trou de silence,

    Dans ton abîme tout d’orgueilleuse colère

    Et c’est à peine si tu peux

    Revenir, même en lambeaux,

    De ce que tu as découvert

    Dans la profondeur de ton existence.

    Mon amour, que trouves-tu donc

    Dans ton puits impénétrable ?

    Des algues, des roches, des boues ?

    Que voient là-bas tes yeux aveugles

    De blessée et de rancunière ?

    Ma vie, tu ne trouveras pas

    Dans le puits où tu tombes

    Ce que je conserve pour toi sur ce sommet :

    Un bouquet de jasmin que mouille la rosée,

    Un baiser plus profond que ton abîme.

    Ne me crains pas, ne tombe pas

    Dans la rancune de nouveau.

    Secoue ce mot, le mien, qui vint te blesser, puis

    Laisse-le s’envoler par la fenêtre ouverte.

    Pour me blesser il reviendra

    Mais sans être guidé par toi

    Et s’il est vrai qu’il fut chargé d’un dur instant

    Cet instant par mon cœur sera désamorcé.

    Souris-moi radieuse

    Si ma bouche te blesse

    Je ne suis pas un doux berger

    Comme dans les contes de fées,

    Je suis un brave bûcheron qui partage avec toi

    La terre, le vent, les épines des montagnes.

    Aimez-moi, souris-moi,

    Aide-moi à être bonté.

    Ne te blesse pas à moi car c’est inutile,

    Ne me blesse pas moi car alors tu te blesses.

     

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    À demain pour la suite, j’espère.

     

  • John Keats - Avent Littéraire #3

    Quand le film de Jane Campion, Bright Star, est sorti, j’y suis allée avec joie, sur la seule foi de mon amour pour ce poète.

    Chante de la nature, des sentiments et des sensations, Keats n’a pas eu besoin d’une longue vie pour nous laisser une belle œuvre.

    Aujourd’hui, pour cette nouvelle case de mon Avent littéraire, je vous propose de lire ensemble un poème sur lequel j’aime méditer, quand je suis dans une période difficile.

    Bienvenue à la joie, bienvenue au chagrin,
    À l’herbe du Léthé, à la plume d’Hermès ;
    Bienvenue aujourd’hui et bienvenue demain,
    Je vous aime tous deux d’une égale tendresse !
    J’aime voir des visages tristes par temps clair,
    Et entendre un éclat de rire joyeux au milieu du tonnerre.
    J’aime ensemble le beau et l’infâme,
    La douceur des prairies sous lesquelles couvent des flammes,
    Un gloussement de rire devant une merveille ;
    Mais un visage sage à la vue d’une farce ;
    Le glas des funérailles et le carillon qui rit au clocher,
    L’enfant qui joue avec un crâne,
    Le matin clair et les coques des nefs par l’ouragan brisées,
    La belladone au chèvrefeuille unie dans dans un baiser,
    Les serpents dans des roses rouges sifflant ;
    Cléopâtre en robe de reine
    Les aspics pendus à son sein,
    La musique dansante et la musique triste,
    Ensemble réunies, raison avec folie ;
    Muses radieuses et Muses blêmes,
    Ôtez de vos visages le voile !
    Laissez-moi voir ! et laissez-moi écrire
    Du jour et de la nuit
    Ensemble réunis. Laissez-moi étancher
    Toute ma soif d’un mal de cœur exquis !
    Qu’un if me soit un ciel de lit,
    Entrelacé de jeunes myrtes,
    De pins et de tilleuls en pleine floraison,
    Et que ma couche soit une humble tombe d’herbes.

    Tiré du recueil Seul dans la splendeur – Éditions du Point (Seuil)

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  • Pourquoi lire Adonis ? Avent Littéraire #2

    Chaque année, au moment des distinctions du Prix Nobel, je me prends à espérer que enfin, après tant d’attente, l’académie suédoise reconnaitra à la face du monde le talent de mon cher Adonis. Je crois qu’un des premiers billets « littéraires » qui m’ait été inspiré en ces lieux, fut à la suite d’un échec d’Adonis, une année où il tenait bon la corde. Mais las, un autre fut choisi. Une fois de plus. Souvent pressenti au Nobel, Adonis est pourtant un poète peu connu en France, en tout cas de ce que je peux en voir.

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    Pourquoi ce nom d’abord ? Adonis est né en Syrie, et a voué très jeune sa vie à l’écriture, essuyant d’abord refus d’éditions et silence. Se rappelant la légende du dieu Adonis, celui qui meurt dévoré par des bêtes, et qui va renaitre des larmes d’Aphrodite, sous la forme de l’anémone, notre poète va tourner la page de ces échecs, mourir à son ancien Je et renaitre en Adonis le poète. En guise de fleurs, ce seront des poèmes solaires, des vers d’amour destiné à une terre sans frontières, à un espace qui est dessiné par le vent et par les mots. Des mots d’amour envoyé à ce frère, cette sœur que nous devrions reconnaître dans chaque visage humain croisé dans nos vies.

    Car malgré les guerres qui traversent le Moyen-Orient, la Syrie de sa naissance, le Liban de son adoption, Adonis propage dans ses vers l’éternel appel à la fraternité et à l’amour.

    Quand je le lis, je pense à un vagabond amoureux, qui va de ville en ville prêcher sa bonne parole, et répandre l’amour. Qu’il parle des femmes ou des villes, Adonis nous porte dans un songe éveillé.

    Avec une goutte d'ennui
    je comble à chaque instant
    un lac d'espérance

    Mais comme tout bon poète, il sait que son œuvre est un prolongement de la réalité, de l’existence vécu, et non simplement un fantasme en mots. Et le lecteur le ressent parfaitement, qu’il parle d’une blessure amoureuse ou de la fierté d’un peuple. Et c’est peut-être au nom de cet ancrage qu’Adonis nous a offert également quelques essais, dont un dernier livre d’entretien, au sujet de l’Islam et de la violence. Un sujet dont l’actualité nous a tous sonné il y a peu. Je ne l’ai pas encore lu, donc je n’en parlerai pas précisément ce jour, mais il semble faire un constat implacable, sur l’imprégnation mortifère de la religion sur les civilisations arabes, et il propose quelques pistes pour en sortir, notamment une séparation du clergé et du politique. J’ai donc hâte de le lire, afin de comprendre un peu plus les secousses que nous vivons.

    Voilà, d’une rive à l’autre, Adonis trace des chemins : à nous de les emprunter.

     

    Mémoire d’un Tyran :

    Épi par épi,
    N’en laissez aucun…
    Cette moisson est notre paradis retrouvé,
    Notre pays à venir.

    Déchirez les cœurs avant les poitrines,
    Arrachez les racines,
    Changez cette glèbe
    Qui les a portés.
    Effacez un temps, qui a narré leur histoire,
    Effacez un ciel qui s’est incliné sur eux,
    Épi par épi,

    Afin que la terre revienne
    À son état premier…

    Épi par épi…

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    A demain pour une autre case de mon calendrier de l'Avent.