02.11.2011

Alexis Jenni - L'Art Français de la Guerre

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Un soir que Twitter s’énervait contre le jeune écrivain Marien Defalvard, invité de Laurent Ruquier, je m’étais fais la réflexion que ce qui énervait , ce n’était pas tant la prose du jeune homme, assez mauvaise il faut le dire, que la pose d’écrivain qu’il se donnait. En wannabe descendant d’Alain-Fournier ou de Raymond Radiguet, ce jeune homme avais tout de la tête à claque. Et il suffit de le lire pour avoir envie de passer  l’acte (le claquer, lui rabattre son caquet, en somme..) mais c’est mal.

Il ne faut pas frapper les gens (sauf une liste que je tiens par devers-moi (et à disposition de tout homme de mains qui voudra bien se faire connaitre de moi) (à titre gracieux bien sûr, je suis rarement en fond) (mais je digresse) (mais c’est mal…)

Bref, je voyais ces pauvres twittos s’en prendre à ce petit prétentieux à chevelure bien trop fournis pour laisser respirer le cerveau, et je me disais en mon for intérieur, bordel que ces cons ne lisent-ils pas Alexis Jenni, ceci serait un acte d’une plus grande force littéraire que de seulement agonir d’injures Marien le roi du falzard qui tombe.

J’ai ainsi twitté, il y a presque un mois de ça, une quasi ôde à Alexis Jenni, et à son Art Français de la Guerre.

Les jurés du Goncourt m’ont entendu (oui, bien sûr, soyons lucide) et lui ont attribué leurs voix.

Je savais être une e-influenceuse, mais à ce point, atteindre les oreilles du jury Goncourt.. j’en rougis de satisfaction.

(Où le lectorat se demandera si je plaisante ou si j’au fondu les plombs...)

(Qui sait)

(Et pourquoi que le jury Goncourt serait pas e-influencé par moi, d’abord ? Hein ? Pourquoi ?)

Bref je suis joie et contentement qu’un si bel ouvrage sois primé. Ça me rembourse pour la connerie de l’avoir filé à cette nulle de Pascal Roze en 1996

Sinon, le bouquin, on en parle ?

Quand même…

Quoique là, la note commence à être longue, non ?

Ne fuis pas, on va parler d’un Jenni (#humour pour appâter le lectorat)

Bref, le génie, Alexis Jenni.

Alexis Jenni est un jeune auteur, au sens où c’est son premier roman publié. Mais ce prof de sciences-nat de 48 ans n’a rien d’un jeune premier (sans vouloir offenser les profs de SVT ou les quadra pré quinqua...)

Le roman s’articule comme un double miroir (oui, j’ai envie de faire dans la métaphore) (pardon, je ne digresserai plus, à copier 20 fois) un miroir qui renvoi les reflets de deux générations, de diverses périodes de troubles et de deux hommes au milieu de l’Histoire, telle qu’elle s’écrit.

Le narrateur est un presque marginal, invisible parmi les invisibles des laissés pour compte de notre société, plus prompte à rassurer les marchés que ses citoyens. Revenu de tout, il se tourne vers la peinture comme nouveau projet. Par hasard il tombe sur  Victorien Salagnon, un vieux peintre qui vend ses toiles sur un marché. Le narrateur demande à apprendre la peinture avec lui. Victorien accepte, en échange de quoi le jeune homme devra écrire l’histoire de Victorien Salagnon.

Commence ainsi un récit, en miroir. Treize chapitres qui alterneront entre la biographie du vétéran militaire Victorien Salagnon, et le commentaire actualisé des nouvelles formes de guerres.

Car le cœur de l’histoire est là.  La guerre est au cœur de tout. La guerre sur les différents fronts, vécue par Salagnon est un écho ancien aux nouvelles guerres, sociales, économiques, pétrolières, qu’on vit aujourd’hui. Les émeutes des « banlieues » françaises, et les émeutes de la Casbah d’ Alger, les sales guerres se répètent dans des miroirs trop répétitifs.

Les chapitres sur Victorien et ses expériences militaires, sont parfois difficiles, étouffants, moites, le réalisme d’un soldat au fond du trou est incroyablement retranscris. Rien n’est oublié ou pardonné : le pathétique de certaines situation, le sordide, le sale. On a dit réalisme. J’ai aimé ce réalisme.

Les chapitres de « réflexion », sont quand même mes favoris. Le narrateur fait à voix haute l’analyse et le procès d’une société en dérive. La dérive de la nation, de l’identité et de la transmission. Il fait le procès du mythe de la Grandeur. Qu’est ce que la grandeur d’un pays ? Quels principes et quel héritage, et quelle image souhaite-t-on transmettre aux autres, à ses citoyens et au monde ? Quelle est la force de notre identité, et que recouvre-t-elle ? Ce sont autant de questions que le narrateur explore et les quelques réponses qu’il donne sont celles d’un homme désabusé certes, mais aussi plein de fierté pour ce est vraiment l’honneur et la beauté de toute nation : sa langue, sa culture.

J’ai aimé ce souffle épique qui animait les propos du narrateur, cette volonté d’explorer, de donner un avis et de s’engager. Quitte à être parfois péremptoire, voire un peu répétitif.

Un grand roman !

27.10.2011

Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan

D’emblée, la femme de la couverture est belle. Sa blondeur sage, le col roulé noir, la cigarette à la main… un sourire à peine esquissé et puis ce regard, que vise-t-il ? Vers quel horizon se porte-t-il ?

Oui, d’emblée on est séduit par cette femme, et le titre du récit, Rien ne s’oppose à la nuit, finit de l’enfermer dans un mystère éternel.

Cette femme, c’est la mère de l’auteur, une mère particulière, comme elles le sont toutes pour leurs enfants.

Delphine de Vigan brosse le portrait de sa mère, et de sa famille, remontant les souvenirs comme on remonte un fleuve, avec ce qu’ils charrient de bon et de mauvais. Ces bagages, lourds, légers, qui font le portrait intime et réel des êtres à part.

Lucile est à part. Et l'est restée jusqu'ou jour où elle a décidé de se donner la mort.

L’auteur parle de trouble bipolaire, pour décrire les failles de toute une vie. Je ne sais pas si ce diagnostic filiale est juste, peu importe. Il s’agit du regard d’une fille qui porte le souvenir de sa mère, comme un testament, comme l’exécutrice légale d’une vie bleue-noire.

Il y a des couleurs dans ce récit. Je me suis rappelé Rimbaud avec ses correspondances. Bleue-noire, comme la musique de Bashung qui donne son titre au roman. Bleue-noire comme cette palette de couleurs qui s’impose à moi quand je pense à Lucile, racontée par sa fille. Bleue-noire la vie brûlée par les deux bouts. Bleue-noire comme la culpabilité et la souffrance, et ces épisodes terribles, qu’on lit en s’accrochant aux pages, le vertige accaparant le lecteur comme au bord d’un gouffre d’incompréhension.

Il est de ces récits qui n’entendent pas se laisser résumer. Que dire ? C’est l’exposé-discussion de toute une famille, un matriarcat imposant, une fourmilière de personnalités, joyeuses et débordantes, tristes et heureuses, et au milieu se dresse, lumineuse, la figure de Lucile.

J’ai eu du mal, longtemps après sa lecture, à trouver les mots pour en parler, et je les cherche encore. Je sais juste que j’ai une tendresse immense pour ces personnes qui ne savent pas comment vivre. Et l’on peut avoir toutes les meilleures raisons du monde d’être heureux et comblés, il y a de ces failles qui ne s’expliquent pas comme on le voudrait. Il est de ces failles qui font la beauté et la sensibilité des gens les plus intéressants. Mais qui font aussi leur malheur, ainsi que celui de leur entourage.

J’ai de l’indulgence pour ces failles, qui sont la marque des gens incapables de vivre dans ce monde sans ressentir l’inexplicable poids de toutes les misères humaines. Il n’st pire souffrance que celle qui ne trouvent pas de source rationnelle aux yeux des autres. Comprendre Lucile est la quête de l’auteur, comprendre et se pardonner, lui pardonner peut-être.

Lire ce récit m’a heurtée, parce que je me suis reconnue, toutes proportions gardées, dans quelques traits de Lucile. Cette incapacité à vivre, ces brusques bouffées d’espérances et de folie, avant de mieux sombrer, autant de raison de lui porter la même indulgence que j’ai à mon égard.

La différence, c’est peut-être que j’essaie de changer deux ou trois petites choses, pour ne pas laisser le galion sombrer totalement.

Un récit d’amour pour la Mère, comme la littérature nous en offre quelquefois.

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Livre lu dans le cadre du Match de la rentrée Littéraire, initié par Priceminister.

delphine de vigan, rien ne s'oppose à la nuit, alain bashung, troubles bi polaires, angoisse, mal de vivre, suicide, amour filiale, amour maternel,


24.10.2011

Cet Instant-là - Douglas Kennedy

Il y a chez moi des étagères, avec des livres. Trop de livres diraient certains… Parmi ces livres, une pile, une jolie pile de Douglas Kennedy, de la Poursuite du Bonheur, à son tordant polar Cul de Sac, en passant par son essai sur la Bible Belt Au Pays de Dieu, c’est un auteur que j’affectionne particulièrement.

C’est donc pleine de bonne volonté et avec un parti pris favorable, que j’ai entamé la lecture de son nouveau roman, Cet Instant-là.

Le résumé de l’éditeur : « A la fois drame psychologique, roman d'idées, roman d'espionnage mais surtout histoire d'amour aussi tragique que passionnée, une œuvre ambitieuse portée par le talent exceptionnel de Douglas Kennedy. Ecrivain new-yorkais, la cinquantaine, Thomas Nesbitt reçoit à quelques jours d'intervalle deux missives qui vont ébranler sa vie : les papiers de son divorce et un paquet posté d'Allemagne par un certain Johannes Dussmann. Les souvenirs remontent... Parti à Berlin en pleine guerre froide afin d'écrire un récit de voyage, Thomas arrondit ses fins de mois en travaillant pour une radio de propagande américaine. C'est là qu'il rencontre Petra. Entre l'Américain sans attaches et l'Allemande réfugiée à l'Ouest, c'est le coup de foudre. Et Petra raconte son histoire, une histoire douloureuse et ordinaire dans une ville soumise à l'horreur totalitaire. Thomas est bouleversé. Pour la première fois, il envisage la possibilité d'un amour vrai, absolu. Mais bientôt se produit l'impensable et Thomas va devoir choisir. Un choix impossible qui fera basculer à jamais le destin des amants. Aujourd'hui, vingt-cinq ans plus tard, Thomas est-il prêt à affronter toute la vérité ? »

 

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Le roman s’ouvre sur la solitude d’un auteur dans le Maine, Thomas, qui est en train de divorcer. L’histoire d’amour au centre du live ne concerne pas ce mariage finissant, mais une autre relation, au cœur de la Guerre Froide. Une histoire qui a lié Thomas, avec Petra, une histoire qui n’a pu se continuer, malgré la sincérité des protagonistes. C’est cette histoire, et avec elle la vie dans le Berlin divisé de la Guerre Froide, que nous revivons à travers autant de flashback. Le passé qui vient se rappeler douloureusement à Thomas, est l’occasion d’une galerie de portrait, comme Kennedy sait les faire.

Si nous avons encore le bénéfice de découvrir des personnages forts et attachants, et certains aspects de la Guerre Froide, et si le style de Kennedy est toujours aussi plaisant, j’ai quand même regretté une certaine mièvrerie dans les propos.

Douglas Kennedy est un bon faiseur, comme souvent les romanciers américains. Il y a de la recherche documentaire, une belle intrigue, haletante et prenante, et aussi comme souvent chez lui, ce je ne sais quoi de mélancolique qui fait du héros un être à part.

Mais, je ne sais pas pourquoi, il y a comme un côté un peu précipité dans ce roman. Est-ce d’avoir trop bien écrit sur l’amour et les relations hommes-femmes ? Est-ce le démon de la répétition qu’il a voulu contrecarrer maladroitement ? Je ne sais pas, mais toujours est-il que ces sentiments qu’il sait si bien décrypter et mettre en scène, là l’exercice est un peu moins réussi. Il y a une façon très premier degré et simplette presque de décrire l’amoure entre Thomas et Pétra.

Autant j’ai peu apprécié la phase sentimentaliste du roman, autant j’ai aimé tout ce qui a été du ressort de l’intrigue et de l’historique. La Guerre froide, ses tenants et aboutissants, la vie difficile à cette époque, le cynisme politique, le sacrifice des idéaux, quelque soit le camp concernés, tout cela fait de ce roman un moment de lecture plus qu’honorable et enrichissant.

Je sais qu’il est parfois difficile d’avoir un avis tranché, avec certains auteurs j’éprouve cette difficulté, au regard de ce dont je les sais capable par ailleurs… C’est le cas avec Kennedy. Mais je peux, sans rougir, assurer que Cet Instant-là vous vaudra un bien joli moment de lecture.

Douglas Kenney - Cet Instant-là - Belfond - 22€50

Page Facebook avec un chouette concours !

L'écrivain de la famille, Clèves, romans français.

Marie Darrieussecq ce n’est pas ma tasse de thé. Un écrivain avec laquelle j’ai toujours eu du mal, c’est un truisme de le dire (ha ha)

 

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Clèves c’est le village où vivent Solange et ces copines. Solange est une petite fille qui devient une jeune file, sous nos yeux, en trois parties : Les avoir ; Le faire ; Le refaire.

D’emblée, moi j’ai du mal avec le style de Darrieussecq, forcément ça n’aide pas.

Pour le thème, la conversation intime qui lie une fille à sa sexualité, sa façon d’accueillir les changements de son corps, ses désirs nouveaux, c’est intéressant. Certes. Mais la façon glauque dont tout cela est mené ne m’a pas convaincu.

Solange se pose beaucoup de questions, sur les rapports garçons-filles, les baisers avec la langue, les premières règles, les premiers rapports sexuels etc… Solange se pose aussi des questions sur la vie des adultes qui peuplent sa vie. Du couple déliquescent de ses parents, à l’étrange homme qui lui sert de nounou, puis d’amant un peu plus tard, il y a comme une âpreté et un parti pris de la laideur qui me déplaisent. J’ai vécu cette lecture non pas comme une expérience d’écrivain, de se mettre dans la tête d’une gamine des années 80 qui, mais comme la tentative maladroite de choquer, de mettre les pieds dans le plat. Mais le plat n’est pas bon. Le tout n’est pas d’égrener des gros mots, bite, nichons, couilles ; ou d’aligner des définitions issues du dico, pour faire un ouvrage détonnant et notable.

Je n’ai pas aimé, j’ai trouvé Solange antipathique et molle. Ses copines vilaines et méchantes. Les parents et la plupart des adultes, irresponsables et apathiques…

Bref.

Marie Darrieussecq - Clèves - P.O.L - 19€ (trop cher pour ce que c'est...)


L’écrivain de la famille, de Grégoire Delacourt, c’est une autre paire de manche… Un auteur que je ne connaissais pas, forcément, c’est un premier roman, et une jolie petite réussite.

 

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Edouard est un petit garçon du nord. Un jour, quatre rimes font de lui l’écrivain d la famille. Ce petit poème écrit à 7 ans éblouit ses parents, qui sans le savoir, font ainsi peser sur ses épaules ce « devoir », celui d’être l’écrivain de la famille, celui qui écrit, qui se fera publier et qui sait jouer des mots. Edouard va en effet écrire une histoire, celle de sa vie, de ses parents. Une histoire qu’il écrit dans sa tête, au gré des misères de la vie, du désarroi ou des petites joies de chaque jour. L’échec de ses parents se muera en l’espoir de réussite pour les enfants. Edouard, sa sœur et le petit frère, sont comme des fagots, ballotés au gré du vent de leur existence.

Il y a comme une petite musique agréable, nostalgique, un peu mélancolique, mais attachante, qui se dégage de ses pages. Les années 80, encore une fois, les souvenirs de ses années que j’ai en commun avec l’auteur, rehaussent le plaisir de la lecture. C’est un peu bête à écrire comme ça, mais j’ai ressenti de l’amour à chaque page, l’amour qu’Edouard n’a pas toujours su dire à son père, l’amour pour ce petit frère particulier, et pour toutes ces espérances,  l’amour pour la vie, malgré ses poids morts.

Grégoire Delacourt - L'écrivain de la famille - J-C Lattès - 17€

20.10.2011

Marina Tsvetaeva - Le Cahier Rouge

La poésie est un moment particulier de grâce. En lire, revient à passer comme un baume à l’âme. Et je suis toujours étonnée de la capacité de ces poètes à trouver les mots,  à donner vie à la phrase parfaite qui vient couronner nos propres pensées.

Marina Tsvetaeva est de ces poètes presque parfaits. J’en ai déjà parlé quelquefois ici, et chaque nouveau poème découvert est une petite pépite que je m’empresse de poster sur mon Tumblr.

Le Cahier Rouge est un recueil un peu particulier, c’est le cahier d’écolier d’une grande poétesse. C’est assez émouvant de regarder le cheminement, l’inspiration se faire et se défaire, à travers les brouillons, les ratures, les hésitations de l’auteur. Ces pages manuscrites conservent les pensées, et surtout le chemin de la création d’une incroyable précision.

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Il y a également la correspondance de cette époque (les années 1932-1933), que Tsvetaeva entretenait avec des géants de son époque, tels Pasternak ou Natalie Clifford-Barney. On trouve enfin, des essais qu’elle consacre à Maïakovski, et ses réflexions sur les thèmes littéraires majeurs de son époque.

C’est un recueil qui se lit et s’approprie comme le cahier de souvenirs d’une amie, de celle qui aborde si bien tout ces questions qu’on ne se posait pourtant pas…

Voir la poésie et la littérature comme des voix, au milieu du totalitarisme, comme un instrument de réflexion et d’autonomie, pour les femmes, les hommes, c’est la force de Tsvetaeva. Et son sens des mots, sa passion littéraire, la finesse de ses analyses, font de ce Cahier Rouge un témoignage unique.

Certes, ce n’est pas la porte d’entrée la plus facile vers la poésie, mais cet ouvrage remarquable est un beau cadeau à faire pour qui aime la poésie, les mots, ou simplement la beauté.

Marina Tsvetaeva - Le Cahier Rouge

Editions Des Syrtes

Ouvrage lu dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio.

21.09.2011

Petit Tom et grands fauves

Une tasse de thé, un bon roman, c’est pas le bonheur ça ?

C’est tellement un cliché éculé que de vanter le plaisir que l’on peut ressentir à feuillet quelques bonnes pages en savourant un thé, mais c’est si vrai. Des moments de perfection.

Ces moments de perfection, j’en ai été redevable cette semaine à Barbara Constantine.

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Tom, petit Tom, tout petit homme Tom est un merveilleux petit bijou.  Tom et un petit garçon de onze ans, qui vit seul avec sa mère Joss, dans un mobil home. Une vie faite d’expédients, de petits boulots pour la très jeune Joss, de petites incursions dans les potagers voisins pour améliorer l’ordinaire. Tom fait ses devoirs le soir, parfois avec sa maman, qui voudrait rattraper son retard pour devenir infirmière. Joss a la légèreté et parfois l’inconséquence des adolescences non terminées. Elle aime sortir le soir, et se moque de son petit trouillard de fiston, qui n’aime pas rester seul dans le mobil home. Joss n’est pas un modèle de mère parfaite, mais elle aime Tom, et elle veut le protéger. Un jour, dans une de ses virées potagères, Tom tombe sur une vieille dame, allongée au milieu de son jardin. Tom va s’occuper d’elle, et de ses animaux.  Puis un autre personnage va réapparaitre, dans la vie de Tom, Samuel, qui était amoureux de Joss onze ans auparavant…

Samy, Joss, Madeleine, des voisins avec un potager et un cœur bien généreux… Je ne pensais pas aimer ce roman, lu comme ça, pour voir. Et j’ai adoré. La plume légère et grave de Barbara Constantine dessine un petit Tom incroyable. Un petit garçon aux propos parfois graves, et parfois tellement enfantin. Je me suis surprise à vouloir le serrer dans mes bras pour le rassurer… Les autres personnages sont tout aussi attachants. Barbara Constantine réussit à amener une intrigue qui lie les personnages, à créer de ces hasards heureux qui font aimer la vie et la littérature.

Que dire d’autre à part, lisez-le, vous serez heureux.

Tom petit Tom tout petit homme Tom – Barbara Constantine – Livre de Poche – 6€

 

Passons à un autre genre : le roman historique. Les Borgia sont un thème à la mode. Une série américaine va bientôt être diffusée en France,  et il y a comme une légère odeur de souffre autour. Sexe, argent, pouvoir, religion, c’est un genre de mélange explosif et attirant.

J’avoue que comme la plupart des gens, je n’avais qu’une vision tronqué de cette période, et uen image erronée de la plupart des personnages.

Le roman de Claude Mossé, un journaliste à ne pas confondre avec l’historienne spécialiste de l’antiquité, est une petite lecture vraiment agréable, malgré quelques défauts de style…

J’ai trouvé le roman par hasard, en cherchant tout autre chose, et je me suis dit pourquoi pas (je me dis des trucs dingues des fois…)

 

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Bref, voilà nos deux tomes sous la main, la fameuse tasse de thé, et c’est parti pour de bons moments de lectures.

Le résumé de l’éditeur : « La papauté a définitivement quitté Avignon pour Rome. À Valence, en Espagne, les Borgia se préparent à mettre la main sur le gouvernement de l Église. Rien ne les arrêtera. Deux papes Borgia occuperont le Trône de saint Pierre, mais à quel prix ! Intrigues, corruption, alliances sulfureuses, amours illégitimes, crimes, luxure, ils ne reculeront devant rien.
Qu il s agisse d Alonso Borgia, devenu Calixte III, de son neveu Rodrigue, plus connu sous le nom d Alexandre VI, ou des enfants de celui-ci, le bouillant César et la belle Lucrèce, pour satisfaire leurs ambitions les coups les plus bas sont permis. Personnages hors du commun, les Borgia vivent pourtant dans un monde qui, le Moyen Âge achevé, s ouvre à la Renaissance. Les arts et les sciences s’ épanouissent ; ils joueront un rôle prépondérant dans cette mutation. Avec Les Borgias, Claude Mossé s attache à la longue histoire d une famille exceptionnelle.
Une fiction conçue comme un roman policier du xvie siècle. Une fresque où, de rebondissements en événements imprévus, de la première à la dernière page, le bien et le mal s entremêlent. »

Nous voilà embarqué dans un voyage de quelques années, à travers le regard de Vicente, le héros principal, qui va graviter autour de la famille des Borgia.

Nous verrons l’ascension d’ Alonso Borgia et de ses descendants. Alexandre, César, Lucrèce, une drôle de famille, toute entière vouée au pouvoir, à la violence, à l’argent et au sexe le plus échevelé.

La recherche de Vicente sur ses origines de petit orphelin est le prétexte à l’exploration d’un siècle agité, de ses mœurs et de ses intrigues politiques.

Le sujet est passionnant et traité de manière assez érudite et précise. Ce qui conduit parfois à une certaine lourdeur de style, mais si l’on est indulgent on peut passer outre. Et j’avoue, je n’ai pas boudé mon plaisir, malgré les digressions maladroites et certaines répétitions et longueurs (à se demander parfois si l’auteur voulait s’assurer de son propre propos)

Les Borgia – Claude Mossé - HC éditions

Tome 1 Les Fauves – 19 €

Tome 2 La Chair et le Sang – 19€

16.09.2011

Harlan Coben - Remède Mortel

Entamer un roman de Harlan Coben, c'est le risque de passer une nuit blanche. Cela a été le cas encore cette fois ! 

Remède Mortel est la nouvelle sortie française du maitre américain du suspens. Il s'agit de la réédition de son second roman, paru initialement en 1991.

Le sujet tourne autour du SIDA, maladie qui marque nos sociétés depuis les années 80 hélas. 

Je vous mets le résumé de l'éditeur : "Une clinique new-yorkaise hautement sécurisée. Un médecin qui se suicide. Des patients sauvagement assassinés.

Coïncidences ? Complot ?
Et si l’annonce prochaine d’une extraordinaire découverte médicale avait déclenché cette vague meurtrière ?
Sara Lowell, jeune journaliste très en vue, mène l’enquête. Mais ses révélations pourraient bien faire d’elle la prochaine victime d’un mystérieux serial killer…"

 

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Le sujet est sensible. Un serial killer qui s'en prendrait à des malades du SIDA, les enjeux autours d'un éventuel traitement, tout ça crée une ambiance tendue. On est comme sous pression: à la fois intrigué par l'enquête elle-même, et inquiet pour les différents personnages, notament Sara et mari.

Les scandales politico-sanitaires sont hélas une sorte d'habitude sous nos latitudes, en France ou ailleurs, alors on trouvera toujours à s'identifier, à s'interroger et à s'émouvoir de ces sujets. Si on rajoute à cela la plume incisive de Coben, et sa capacité à nous tenir en haleine, avec plus de rebondissements que dans un match de basket, on a l'assurance de frémir jusqu'à la dernière ligne !

La chute finale est comme toujours chez Harlan Coben l'occasion d'un assaut final sur nos émotions de lecteurs.

 

Retrouvez plus d'info sur ce dernier opus, disponible depuis le 15 septembre, sur le site de l'auteur, Harlan Coben, ainsi que sur sa page Facebook !

06.09.2011

Lire, des fois, ce n'est pas obligé...

Parfois je me dis que je devrais m’abstenir de lire certaines choses. Je sais que serais déçue, et pourtant je me lance, sans m’arrêter en chemin.

Trois livres différents, pour trois déceptions, dont deux auxquelles je m’attendais et une que je craignais...

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Avec Laurent Gaudé, ça n’a jamais été facile. Je n’accroche pas à son écriture, son sens du récit me passe au dessus de la tête et je ne comprends pas son succès. (certes, je suis un peu jalouse de n’importe quel écrivaillon publiée, je me meurs de ne pas l’être moi-même...) Passée cette petite jalousie, je ne peux que sincèrement avouer ne pas accrocher aux côtés sinueux des récits de Laurent Gaudé. Là où Murakami sait créer un monde de rêves parallèles, Gaudé me donne à voir une sorte de brouillon mal ficelée. Je n’arrive pas à voir où cette pelote emmêlée est censé m’emmener.  Les Olivier du Négus  souffre à mes yeux des mêmes défauts. J’ai essayé de rentrer dans ces 4 récits, mais impossible. Je me suis emmerdée comme jamais. Du monologue brouillon et interminable, des histoires intéressantes sur le papier, en théorie, mais si mal exploitées… J’ai beau y repenser, entre l’Afrique, l’Antiquité, l’ Italie, qui revient sans cesse, les histoires de morts, de vie et de guerre, aux belles promesse, de tout cela il ne me reste qu’un ennui lourd. J’ai fini ma lecture comme on monte une pente raide, avec efforts et suées à la clé… On verra le prochain, je ne désespère pas…

Autre déception, tout à fait calculée celle-là, c’est le dernier Sophie Kinsella,  la reine de la mauvaise chick lit…

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On retrouve notre accro du shopping en mère de famille, toujours aussi déraisonnable, et flanquée d’une gamine, Minnie, aussi à claquer que la maman… On observe donc les sessions shopping mère-fille, on se moque un peu de la totale nullité de l’accro en matière d’éducation. C’est l’occasion pour Kinsella de gagner un peu plus d’argent avec sa franchise. On sent que ça s’essouffle, tant les situations sont grotesques et grandiloquentes. Et tout finit par s’arranger royalement, ouf. Pourquoi le lire, me direz-vous ? Je  ne sais pas. Peut-être mon éternel et personnel challenge « je ne sais pas résister à une couverture pourrie de Chick Lit » Pardon. Mais j’ai recommencé ensuite…

Avec ça :

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Oui, déjà la couverture pique les yeux, tout ce rose…ça fait bobo aux mirettes.

Passée la couverture, ça continue dans la douleur, mais là, c’est les phrases et l’histoire qui font mal… Carrie est une jeune étudiante qui monte de sa province à New-York pour un stage estival d’écriture (tiens, c’est Candace Bushnell qui ferait bien d’entamer un stage d’écriture..)

Bref Carrie se fait voler son sac, est hébergée par une fêtarde de première, la chère Samantha, et rencontre une féministe hystérique (sic) Miranda. Tout ce petit monde va en soirée, tombe amoureux, rompt, retombe amoureux et bla bla et bla bla bla… Ce qui m’a étonnée, c’est que Candace Bushnell essaie de nous présenter Carrie comme une apprentie écrivain, mais celle-ci est motivée par tout sauf l’écriture. C’est assez curieux. Sinon, l’histoire est inintéressante, faiblarde et mal racontée.

Avec une couverture rose… J’ai honte, un peu... Au moins, ça me fait participer au challenge de Stephie !

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19.08.2011

Tuer le Père - Amélie Nothomb

J’ai reçu en début de semaine le dernier ouvrage de Amélie Nothomb, celle que j’ai parfois envie d’appeler la petite fiancée des libraires tellement elle vend...

Soyons clair, elle n’est pas ma tasse de thé.

Mais… Pourtant…

Parlons d’abord de ce que je peux bien lui reprocher. Pas grand chose en fait, si ce n’est de légèrement bâcler ses romans. C’est mon avis (et je le partage…) mais j’ai tout un gout de trop peu quand je referme ses livres. Elle a le talent nécessaire pour allumer comme des braises, puis ça s’éteint brusquement. Comme si elle ne voulait pas aller au-delà d’un certains nombre de pages. La plupart du temps, c’est vraiment l’effet que ça me fait : Amélie stoppe parce qu’il faut stopper. Alors qu’elle ouvre par ailleurs de telles possibilités d’écriture, des caractères à explorer, des failles  chez ses personnages qu’elle ne creuse pas assez…

Ce nouveau roman, Tuer le Père, est aussi court que frustrant. Frustrant parce que j’ai aimé le lire, j’ai aimé les personnages et la démarche décrite.

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Joe  habite avec sa mère, une femme qui tient plus aux nombreux hommes qui passent dans son lit, qu’à son fils. Elle ne le comprend pas, ne se sent pas de liens avec lui. Joe est passionné de magie, et c’est bien la seule chose qui le tient debout. L’absence d’un père, l’indifférence de sa mère, l’incompréhension générale, il finira pas s’en débarrasser et accepter de quitter le domicile maternel sur demande de sa mère. En effet celle ci a un énième homme dans sa vie, lequel ne supporte pas Joe.  Elle propose donc à son fils de quitter la maison en échange d’une petite somme mensuelle.

Du haut de ses 15 ans, Joe  va habiter à l’hôtel, et se servir de ses dons de magiciens pour gagner sa vie, de-ci delà. Un soir, il rencontre un homme, qui lui dit que des talents tels que les siens trouveront à s’épanouir avec le bon professeur, et lui parle de celui qui est le meilleur magicien de la ville et du monde.

C’est comme ça que Joe atterrit chez  Norman et Christina. Une sorte de lien va se créer, une famille même. Norman et Christina vont s’occuper de Joe, comme d’un fils. Norman lui apprendra ses tours, fera de lui le meilleur manipulateur de cartes possible. Jusqu’à la première trahison de Joe.  Qui sera pardonné, car un père pardonne à son fils, lui dit Norman.

Jusqu’à la deuxième trahison de Joe, qui sera aussi pardonné, car Norman aime Joe comme le fils qu’il s’est choisi.

Et c’est là le nœud gordien de l’affaire. Qui est le père de Joe ? Norman ? Ou celui pour qui Joe le trahi depuis le début, comme il le lui expliquera ?

Est-ce que Joe en infligeant à Norman de telles trahisons, en le tuant littéralement à travers ses actes, le reconnait comme père malgré ses dénégations ?

Joe tue Norman à travers ses actes, aussi précisément qu’un enfant cherche à tuer son père. C’est ce que Norman pense, et c’est ce qui l’aide à pardonner et à continuer d’aimer Joe, malgré Joe lui-même. Pendant que l’enfant lui, explique que ses actes ne sont que la fidélité qu’il marque au vrai père qui l’a choisi. Et toute la confrontation est là, entre un père qui veut trouver la faille chez ce fils, et un fils qui choisi de reconnaître un autre homme pour père. Un homme qu’il n’aura vu que 2 fois dans toute sa vie, le temps de trahir Norman.

Les 150 pages du romans sont denses, prenantes, et la petite heure que j’ai passé à le lire m’a laissé quand même sur ma faim. J’aurais aimé que Nothomb creuse un peu plus du côté de la confrontation Norman-Joe après la révélation de la trahison originelle.

En somme, j’aurais envie de le conseiller, parce que je l’ai lu d’une traite et que j’ai adoré le sujet, mais je trouve le traitement incomplet…

A lire quand même.

05.07.2011

Norwegian Wood

Il y a des chansons qui font remonter à la surface des souvenirs qu’on croyait oubliés.

Le pouvoir d’évocation de la musique va rarement sans un peu de mélancolie.  Le roman d’ Haruki Murakami, la Ballade de l’Impossible, était initialement publié sous le titre de Norwegian Wood, comme la chanson des Beatles. Et c’est cette chanson qui ouvre la mémoire du héros à son passé pas si lointain.

Watanabe se rappelle son meilleur ami Kizuki, suicidé, et  Naoko leur amie d’enfance à tout deux. Le hasard fait se croiser à nouveaux leur chemin, et si Watanabe est amoureux de Naoko, celle-ci se noie dans un traumatisme sans fin depuis la mort de Kizuki.  Watanabe reste proche d’elle, mais à distance. La distance que la folie douce de Naoko lui autorise. C’est une relation étrange qui unit ces deux là : la proximité la plus intime, laisse la place aux obsessions morbides de la jeune fille, qui empêche toute relation de s’épanouir. Par ailleurs, Watanabe rencontre la jeune Midori, une étudiante toute à l’opposée de lui, tant elle est transparente, volubile presque, et si fantasque. Là, pas de limite à l’intimité, cette jeune fille fait part de tous ces rêves, de ses envies, de ses désirs.  Watanabe se promène dans la vie de ses deux femmes, dans la sienne aussi. Et s’il y a un chemin à tracer, ce n’est pas forcément vers la maturité et la prise en main de toute sa vie. Au contraire, peut-être que toutes les questions qu’on se pose, sur la vie, pourquoi telle chose arrive, telle chose ne fonctionnent pas, pourquoi on vit et on meurt, toutes ses questions ne trouvent de réponses qu’à la fin, toute fin de notre vie.  L’apprentissage dure le temps de l’existence, pas moins.

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J’ai fermé les yeux, entre deux chapitres, et je me suis rappelé des chansons. Et je me suis rappelé des événements, attachés à ces chansons, de manière tout à fait irrationnelle. Est-ce que ce roman est celui de la jeunesse ? Certainement, puisqu’il met en scène des jeunes, au milieu de Mai 68… Mais c’est surtout le roman de la compréhension de la vie.  Je suis confortée dans ma certitude la plus absolue : n’en avoir aucune.

C’est un roman dans lequel il ne se passe pas comme grand-chose, comme dans la plupart des meilleurs. Le plus important est dans l’écriture de Murakami, qui vient tremper sa plume dans notre âme collective.

J’ai malheureusement loupé le film, qui a été adapté du roman, mais ce n’est que partie remise.

Cette lecture était une lecture commune avec Martial, publiée avec un peu de retard. Quand je vous dis que je frôle le burn out…

La prochaine fois, je vous parlerai de ce que m'évoque cette autre chanson des Beatles :

 

 
podcast

The long and winding road