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Les livres - Page 5

  • Mythe Loaf

    Retour de mes petites listes de fin de semaine, résultats de mes flâneries online et irl, avec au passage un jeu de mot bien pourri en titre :)

    Jack London est un de mes auteurs favoris, aimé, admiré, un auteur à part que j’aime autant pour sa plume que pour ses positions politiques.

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    Un mythe parmi les mythes. Au cœur de ses ouvrages, le Talon de Fer est un de ceux qui m’a le plus touchée, que j’ai offert, partagé, encouragé à lire, tant ce qu’il écrit trouve encore un écho aujourd’hui. La plupart de ses romans, récits et nouvelles ont été publiés aux merveilleuses éditions Phébus, qui fait un très beau travail autour de Jack London. Mais en me promenant sur le site de Claude Guillon, j’ai vu que les éditions Libertalia souhaite rééditer ce fameux Talon de Fer, livre ô combien politique, dans une nouvelle traduction, revue, dépoussiérée et qui redonne un peu de lumière à l’aspect politique de l’œuvre de London. Cette retraduction a un coût, surtout pour une maison indépendante comme Libertalia, et celle-ci nous invite donc à participer, au travers d’une souscription, au financement de la réédition du Talon de Fer. Si comme moi vous êtes sensible à l’œuvre de Jack London, n’hésitez pas à faire un tour sur ce site.

    Tanis Chandler est un mythe vivant, une légende comme il ne peut en naître qu’à Nantes. Car oui, Tanis Chandler est nantaise, autant qu’elle fut une (éphémère) étoile d’Hollywood. J’aime ce type d’information, qui me persuade chaque jour que Nantes est définitivement le centre du monde, ainsi que l’affirmait André Breton… Je regarde cette photo de la belle Tanis Chandler, j’imagine son périple, de la rue du Calvaire à Hollywood, et je regarde la liste de ses films en me demandant, avec les lecteurs de Presse Océan, ce qu’a été la vie de cette femme après la gloire hollywoodienne. Bref, un joli conte dont la conclusion est encore à écrire.

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    Van Gogh est un autre mythe, un de ceux qui stimule la création de ses admirateurs. Et à quel point ! Un long métrage sur sa vie est prévu pour fin 2016. Quoi d’extraordinaire me direz-vous, des films sur Van Gogh, ce n’est pas ce qui manque. Certes. Mais ce futur film sera réalisé à partir de ses propres peintures. L’idée folle est de se servir de l’œuvre même de Van Gogh comme support à ce film, d’une manière totalement inédite, comme le montre le trailer :

    J’ai particulièrement hâte de voir le film entier.

    Avant d’être un mythe et d’accéder à la gloire ou la reconnaissance, il faut, parait-il, trouver sa vocation, ce truc mystérieux qui nous fait soulever des montagnes, parfois jusqu’à éblouir le monde. Je ne sais pas pour vous, mais moi cette idée de la vocation m’a toujours gênée. J’admire les gens qui peuvent en ressentir une, nourrir une passion et donner toute leur énergie dans cette seule direction. Pour ma part, j’aime un peu tout et n’importe quoi, dans le désordre et sans réelle échelle de préférence. Enfin, pour être plus précise, ce n’est que très récemment que j’ai commencé à réfléchir à cette question : défricher mes multiples amours pour définir ce qui relevait vraiment de la vocation et de la passion. Autant vous dire que ce n’est pas simple quand on a une nature infidèle, ou éclectique, ou versatile diront les plus vilains. Bref, quand je suis tombée sur cette conférence TED de Emilie Wapnick (clic pour regarder), je me suis dis, enfin on parle de gens comme moi ! Si vous aussi vous ne savez pas choisir, si vous ne savez pas ce que vous voulez faire alors que vous êtes « grand », si le choix de votre profession s’est faite au hasard, ou pour faire plaisir, alors cette conférence est pour vous.

    Dans un autre genre, mais un mythe également, tant il a été retravaillé, de manière plus ou moins heureuse, Robinson Crusoé est de ces histoires qui inspirent : après tout la solitude est la porte ouverte à l’imagination. Cette fois-ci, c’est aux enfants, petits et grands, que s’adresse cette nouvelle interprétation du solitaire sur son île, puisque il s’agit du nouvel animé de Studio Canal. Plus je vieillis et plus j’aime les dessins animés, d’autant plus quand je peux partager ces moments avec mon fils. Dans cette nouvelle version, le mythe du naufragé est vu du point de vue d’un perroquet, qui vit sur l’ile déserte avec ses amis animaux, et qui a pour particularité de croire qu’il existe quelque part un monde en dehors de son île. Aussi, quand Robinson fait naufrage sur cette île, tous les animaux sont en effervescence et  méfiant, alors que mardi, le perroquet y voit l’occasion de découvrir l’inconnu, de rompre la monotonie de son existence. La rencontre entre l’homme et les animaux sera ponctuée de haut et bas, avec autant de larmes que de rires. Et c’est peut-être ce qui est le plus attachant dans ce film : des portraits tout en nuances, permettant ainsi divers degré de lecture suivant notre âge. Mon fils a beaucoup aimé, parce que cela lui semblait réaliste ; en effet tout ne se passe pas forcément bien, et les « méchants » peuvent (presque) gagner, si l’on n’y prend garde. L’aspect 3D ne m’intéresse pas, mais uniquement parce que je ne la vois pas (hé oui !), par contre mon fils a trouvé que cela rajoutait de l’intensité au film. En fait il a plutôt dit « ça fait encore plus vrai », mais ça revient au même ^^ Bref, si vous voulez passer un chouette moment seul ou avec enfants, et pourquoi pas après discuter des fausses apparences, des relations de confiance, de la naissance de l’amitié ou simplement rire, vous aurez avec Robin Crusoé un support parfait ce weekend.

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    Enfin, impossible de finir ce billet sans parler de la mort d’un autre mythe, l’inégalable Prince Rogers Nelson. Depuis la mort de Michael Jackson en 2009, j’ai l’impression que la vie se fait fort de m’arracher les idoles de mon enfance une par une. J’ai la tête encore pleine de ses clips d’une sensualité folle, la même que dégageait sa musique. Encore un artiste qui va nous manquer. Je vous laisse avec le fabuleux Purple Rain, et vous souhaite un joli weekend.

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  • Le Gardien De Nos Frères - Ariane Bois

    Shakespeare écrivait que la vie est une fable racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. Je suis certes d’accord avec la première partie de cette affirmation : il faut être aveugle pour ne pas voir le bruit et la fureur noyer régulièrement toute forme d’espoir sur cette terre. Mais dire que cela ne signifie rien, non. Bravons le grand William et osons dire, espérer, croire, que cette fable de bruit et de fureur porte une signification essentielle. Je ne saurais dire exactement laquelle, si ce n’est que cela tourne évidemment autour de l’espoir, des leçons retenues et du progrès vers le meilleur.

    Le roman d’Ariane Bois, Le Gardien De Nos Frères, s’ouvre à l’issue d’une de ces périodes de bruit et de fureur, terrible et glaçante. La seconde Guerre Mondiale vient de se terminer, et Simon, jeune juif survivant du maquis, part à la recherche de sa famille. Dans le chaos de l’après-guerre, il apprend assez rapidement la mort de ses parents, mais il lui reste l’espoir de revoir son petit frère. C’est à travers la quête de ce petit frère disparu que Simon, et le lecteur, vont mettre le pied dans un pan oublié de l’après-guerre : l’histoire des dépisteurs.

    Ils sont nombreux, comme Simon, à chercher leurs proches, ses enfants rescapés des rafles, cachés par les différentes filières de résistantes, ou simplement par des êtres humains qui n’avaient pas abdiqué toute humanité. Une fois la guerre fini qu’allait-il advenir de ces enfants cachés ? Bien peu se sont posé la question, du moins publiquement. Avec Simon nous découvrons donc le mouvement des Éclaireurs Israélites de France qui part à la recherche de ces enfants pour tenter de réunir des lambeaux de familles. Les dépisteurs, comme ils se nomment, parcourent la France, suivent les pistes, les filières, pour retrouver les enfants cachés de la guerre. Et là, tout les cas de figure s’offrent aux dépisteurs. Des enfants ont eu la chance de trouver une famille aimante, d’autres on servi de bras à peu de frais, d’autres sont maltraités. Mais à chaque fois le même souci : négocier la récupération de ses enfants, reconstruire un lien avec ce qu’il reste de la famille, ou, pour les orphelins, rejoindre une maison d’enfants pour tenter de se reconstruire.

    Parallèlement à cette confrontation à l’Histoire dans ce qu’elle a de plus désespérant, Simon va vivre une histoire d’amour avec Léna, qui l’accompagne dans sa recherche des enfants juifs cachés. Cette relation vient à point équilibrer un roman qui frôle souvent avec la noirceur. Mais comment l’éviter ? C’est un talent qu’il faut reconnaître à Ariane Bois : elle a su ne pas sombrer dans le pathos, ni la froideur clinique de l’historien. Il y a dans ce roman un bel équilibre oui, entre le désespoir de la guerre qui ne se termine que dans les dates mais pas dans les conséquences, et l’espoir, magnifié par la romance entre Simon et Léna, et la mission des dépisteurs. Le personnage de Léna est aussi très central, du moins pour la lecture que j’en ai faite, car cette femme s’est battu, c’est une rescapée, mais elle est bien plus qu’une victime, elle est une combattante. Comme Simon d’ailleurs. C’était important pour l’auteur, qui s’en est confié lors d’une rencontre, de montrer aussi que dans la fureur de cette guerre, les juifs n’ont pas manqué d’offrir leur tribut à la Résistance.

    Un beau roman, emmené par deux personnages finement dessiné par l’auteur, en ombres et en lumière. C’était d’ailleurs intéressant et presque touchant d’entendre l’auteur parler de la genèse de ses personnages, et de comment elle construit une chair de papier petit à petit. Cette chair là fait frissonner celle du lecteur.

    Un roman qui pousse à se poser des questions, au-delà du récit, et qui ne peut laisser indifférent. Un roman qui donne une signification à la vie : se battre pour ce que l’on espère de meilleur en nous. Et surtout qui donne une signification à cette question que pose Caïn dans la Bible quand il demande à l’Eternel qu’il est le gardien de son frère Abel. Oui, comme Caïn est le gardien de son frère, nous autres humains sommes les gardiens de chacun nos frères et sœurs sur cette Terre

    Le Gardien De Nos Frères – Ariane Bois

    Edition Belfond - 400 pages

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  • Le Belge - Edgar Kosma et Pierre Lecrenier

    J’aime les belges et j’aime la Belgique. Ou en tout cas j’aime l’ide que je m’en fais, en allant visiter le Plat Pays au moins une fois par an. C’est comme ça, je ne sais pas comment cela m’est venu ; enfin si un jour tiens si j’allais Ostende, à Bruxelles, à Liège… Je me rappelle d’un dimanche où l’on s’est dit vers 11h du matin, un peu désœuvrés, tiens si on allait à Bruges déjeuner. Vous dire à quel point j’aime la Belgique : faire plus de trois heures de voiture juste pour déjeuner à Bruges quand Paris vous tend les bras.

    J’aime la Belgique, pourtant je ne la connais pas tant que cela. Je la rêve, même quand je suis dans ses rues, avenue Louise, rue Royale ou place du Grand-Sablon. Chaque année où le grand tapis de fleurs se déploie vous pouvez me croiser sur la Grand Place à Bruxelles. Mais pour autant je ne connais pas la Belgique comme un belge peut la vivre dans sa chair et dans son esprit.

    Je les ai aimé encore plus, les belges, quand ils ont du à leur tour affronter l’horreur et l’effroi de la violence aveugle. Encore une fois d’une manière tellement bell(g)e.

    J’ai presque honte d’avoir attendu l’occasion du Mois Belge de Anne et Mina pour déclamer mon affection à ce pays.

    La Belgique me manque, et j’ai hâte d’y passer un prochain weekend. En attendant j’ai feuilleté une bande dessinée sobrement intitulé Le Belge (what else) et qui brosse un portrait aussi tendre que drôle de nos cousins aimés.

    Je ne connaissais pas les auteurs avant, Egdar Kosma et Pierre Lecrenier. Je découvre une ligne claire comme j’aime (peut-être savez-vous que moi la BD ce n’est pas un terrain où je m’aventure facilement..) et surtout un regard plein d’auto-dérision et encore une fois d’une grande tendresse. Ce qui n’empêche pas un léger tacle deci-delà. Il y a aussi de très chouette pages intitulées Wikibelga, qui permettent de comprendre un peu quelques mots et habitudes bien ancrés chez les belges.

    Mois Belge, littérature belge, Bande Dessinée belge, Belgique

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    Je crois qu’il y n’y a que trois tomes, je viens de lire le premier, les deux autres vont suivre ce soir, je pense avec le même plaisir.

    Merci à Anne et Mina, organisatrice du Mois Belge, de m’avoir donné une bonne occasion de replonger en Belgique.

     

    Le Belge - Editions Delcourt

  • Pour un 8 mars littéraire

    Au début, j’avais pensé ne rien écrire, et passer sous silence ce 8 mars. Chaque année nous avons droit au même bal des faux-culs, mâtiné d’un sexisme commercial de plus en plus énervant, tant ce jour est prétexte aux différentes marques pour nous fourguer leurs produits. J’adore les produits de beauté, les fringues, les chaussures etc.. mais franchement c’est insultant et agaçant de recevoir des sms/mails de la part des enseignes de cosmétiques ou mode, nous gratifiant de réductions cadeau à l’occasion de la journée de la femme. Faut vraiment être une équipe de cons finis aux services marketing des dits marques pour persister, en 2016, dans cette communication (de merde). Ces marketeux oublient une chose essentielle : le 8 mars est là pour nous rappeler que dans bien des pays, y compris le notre, les droits des femmes sont bafoués, niés, massacrés. Alors très sincèrement, les 20% de réduction sur la petite robe, ou le rouge à lèvres, ce n’est pas foncièrement la préoccupation du jour, sans compter l’éternelle réduction de la femme à ces futilités, qui ne sont qu’une infime partie de notre être bordel de nom.

    Bref, prenons le temps, ce jour comme le reste de l’année d’ailleurs, de réfléchir, d’observer ce qu’il reste encore de combats à gagner, et comment les gagner. Prenons le temps de lire aussi, des livres qui participent à l’éveil d’une conscience indispensable à ce combat.

    Je ne me suis jamais présentée comme féministe, pour moi la question ne se posait pas vraiment. Peut-être qu’avant, vers l’adolescence, il me semblait évident que tout le monde ne pouvait être que féministe : qui, dans le monde moderne des années 80/90, pouvaient ne pas vouloir l’égalité de tous ? J’étais vraiment naïve et ignorante du monde. C’est par les livres que j’ai commencé, et continué ma réflexion sur le sujet.

    Au départ, ce sont des lectures de hasard, c'est-à-dire des livres lus sans volonté précise de ma part de lire sur le sujet du féminisme, et qui m’on amené à réfléchir un peu différemment. Voire à réfléchir tout court.

    Le premier d’entre eux, c’est l’essai de Virginia Woolf, Une Chambre À Soi. Le lire m’a ouvert les yeux sur une évidence qui était pourtant là, offerte à mon regard. Pourquoi les femmes n’accèdent pas à la même réussite qu’aux hommes, pourquoi n’ont-elles pas la même possibilité d’étudier, de progresser. Sont-elles plus bêtes ? Non, évidemment. Il leur manque, il NOUS manque seulement, et essentiellement, cette fameuse chambre à soi, cette possibilité de s’isoler du fracas du monde, de s’extraire d’un rôle social, et d’obligations, pour se consacrer à autre chose qu’à un devoir biologique et social. Il manquait aux femmes de son époque la liberté de choisir une vie, de voyager, d’être financièrement indépendante. Cette liberté est encore à conquérir, en 2016, pour bien trop de femmes. Le partage des tâches ménagères et de l’éducation des enfants est une évidence encore trop théorique. Combien de femmes mettent de côté leurs ambitions, leurs rêves, parce que c’est plus simple, plus « logique » socialement ?

    Dans la suite de Virginia Woolf, j’avais lu à l’époque, et encore par hasard, sans savoir à quoi m’attendre, Une Maison de Poupée, de Henrik Ibsen. Le personnage de Nora, la « petite alouette » de son mari, marque toute jeune lectrice. J’ai ressenti de l’agacement, puis de la peine, pour cette femme d’apparence stupide et superficielle. Encore plus d’agacement envers son mari qui prolonge dans son mariage le paternalisme de toute une société. L’émancipation de Nora, son éveil à sa propre valeur, font de la pièce de Ibsen une expérience de lecture qui bouleverse les certitudes.

    Plus tard, Gisèle Halimi a fini d’ancrer dans la réalité la nécessité des combats féministes au quotidien. La Cause des Femmes, avec le procès de Bobigny, a été encore plus bouleversant. C’était étrange pour moi de considérer qu’une jeune fille, moins de vingt ans plus tôt, affrontait l’humiliation d’un procès, une accusation publique de toute la société, pour avoir subit un avortement. J’avais déjà beaucoup d’admiration pour Gisèle Halimi grâce à son combat contre la torture en Algérie (l’essai autour de Djamila Boupacha est d’ailleurs un autre livre-pivot de mon engagement politique, mais c’est un autre débat).

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    Bref, encore une fois, prise de conscience et ancrage dans le réel : les livres sont là pour nous rappeler le chemin parcouru, et ce qu’il nous reste à conquérir.

    Je me rends compte que le sujet me passionne et qu’il y a encore quelques livres traitant plus ou moins du sujet, dont j’ai envie de vous parler, peut-être plus en détail. Je pense notamment à King Kong Theorie de Despentes, au Carnet d’Or de Doris Lessing, à La Servante Écarlate de Margaret Atwood. Je pense aussi à Christine Delphy, à Nikki Gemmell et Mona Chollet, à Judith Butler et Annie Ernaux. Plein d’occasions de revenir m’épancher ici :)

  • Adaptation

    En regardant les Oscars, au moment de la catégorie Meilleure Adaptation, je me suis fait la réflexion que j’avais toujours bien du mal avec l’idée d’un roman porté à l’écran. Ou plutôt, du mal avec l’adaptation ciné ou télé des romans que j’ai bien aimé. Même si le résultat est beau, esthétique, fidèle ou je ne sais quelle autre qualité encore, à la fin je regrette toujours un peu d’avoir cédé à la curiosité de regarder le film après avoir lu le roman. Il va de soi que c’est encore pire pour moi d’avoir vu un film avant de lire le roman dont il est tiré.

    Une seule exception à cela, Autant En Emporte Le Vent, que j’ai vu et revu une multitude de fois avant de tomber sur le livre au collège. Bizarrement, tout ce qui me fait craindre une adaptation ne s’applique pas à ce film. Laissez-moi dans mes contradictions.

    Donc, pour en revenir au cœur du sujet. Quand un roman me plait, il reste des années dans ma tête, et se manifeste de temps en temps par un détail, par le travail de l’imaginaire et des souvenirs, et ainsi se crée tout un univers mental associé à ce roman. Comme tout bon lecteur, je me fais ma propre adaptation visuelle, et je dois avouer qu’elle me suffit. C’est comme si j’avais peur d’être dépossédée de MON livre, de MES personnages, et l’effroi est encore pire quand l’adaptation est une vaste blague. (Non mais sérieux, Depardieu en Edmond Dantès ???)

    La relation à un roman est une chose si personnelle et intime, j’ai du mal à partager cela avec un réalisateur, qui mettra un visage sur un personnage qui existe déjà dans ma tête… Pourtant, j’apprends à être moins psychorigide, plus souple et bienveillante. C’est comme un exercice anti-égoïsme, où il s’agit, à travers une adaptation, de comprendre ce qu’on partage avec des milliers d’autres lecteurs/spectateurs. Ce n’est pas toujours évident :)

    Aux Oscars cette année, il y avait parmi les nommés dans la catégorie adaptation, trois films basés sur des romans que j’ai lu et aimé. Carol, Brooklyn, et Room. Ce dernier m’a même complètement bouleversée. De fait, j’attends avec appréhension d’aller voir le film, qui sort courant mars, tant le récit m’a marqué. J’ai peur d’être déçue, et que cela gâche presque tout ce que j’avais brodé dans ma tête autour du livre. Pourtant, je vais aller le voir dès que possible.

    Je ne sais pas si je suis complètement timbrée à me faire des montagnes sur le sujet ? Mais ça me rassurerait de n’être pas la seule :)

    À propos du roman de Emma Donoghue, j’avais écrit un billet, il y a quelques mois : Room.

    Sinon, un jour il faudra que je vous parle de ma détestation des couvertures de livre tirées des affiches des films adaptés. Mais à chaque jour son combat.