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Les livres - Page 4

  • Vincent Hein - À l'est des nuages / L'arbre à singes

    Il y a des livres qui sont comme une intrusion poétique, une ballade inattendue, entre rêverie et réalité. Les livres de Vincent Hein sont de ceux-là.

    À la faveur d’une mise en avant par la médiathèque de quartier, j’ai mis la main sur deux ouvrages de Vincent Hein, auteur que je n’avais jamais lu jusque là. Le premier, A l’est des Nuages, est un mélange de journal, de poésie et de petits faits. C’est comme le journal d’un voyageur statique, qui raconte sa découverte d’un pays, la Chine, comme si un guide touristique devenait soudain un œil poétique. C’est affolant comme Vincent Hein infuse ses mots dans la poésie. Ces petits riens que j’aime tant quand ils prennent l’allure d’un désordre lyrique. Ce recueil a quelque chose de très délicat (je n’ose dire chinois…) dans sa façon de compiler les jours et les pensées. Je parle souvent ici de mon amour des détails, de la façon dont leur observation est en soi un moment de poésie vivante. C’est cette poésie vivante, toute en sensibilité, que j’ai retrouvé dans l’ouvrage de Vincent Hein. Pour autant, nous ne sommes pas dans un monde imaginaire, mais bien en Chine, et l’auteur, français expatrié, se fait un plaisir de nous décrire sa réalité la plus quotidienne. Nous sommes immergés avec lui dans la culture chinoise, et parmi ce peuple de Chine qui se révèle parfois, souvent, moins exotique et plus mondialisé qu’on ne se l’imagine.

    J’ai aimé ce mélange de journal de bord et de poésie, qui est une façon agréable d’aborder un pays encore inconnu pour moi. Et puis, le lecteur assiste à la naissance de l’amour, entre l’auteur et sa future femme. Délicatesse et humour sont convoqués pour décrire les premières heures de cette relation. Comme il est plaisant de lire des passages entiers mêlant autodérision, romantisme et trivialité. Parler d’amour sans sombrer dans le maniérisme et le sentimentalisme n’est pas donné à tout le monde. Vincent Hein fait glisser les mots et les sentiments, doucement, jusqu’à notre cœur de lecteur et on se laisse happer, voyageurs volontaires pour un séjour inoubliable.

    Je vous laisse avec ces quelques lignes que j’adore, et que j’aurais tant aimé que l’on écrive pour moi :

    « Elle a sur l’avant-bras gauche
    Une petite veine bleue
    Qui ressemble
    A une minuscule voie de chemin de fer.
    Je prendrai demain
    L’express Shanghai-Pékin
    Jusqu’à son cœur. »

     

    Il va de soi que j’ai dévoré le second recueil de ses pensées de voyageur : L’Arbre à Singes. Dans la même veine onirique et réaliste à la fois, l’auteur, cette fois, nous emmène dans un périple allant de la Mongolie au Japon en passant par la Corée, avec sa femme et son fils. J’ai aimé retrouver ce lyrisme tout particulier et les mille petits détails qu’il sait nous donner à voir. Son écriture me fait penser à ces dessins chinois ou japonais que j’aime regarder de longs instants. Je peux passer facilement vingt minutes à observer les plumes d’une grue, sans y voir la moindre perte de temps : c’est une forme de méditation des plus apaisantes. La lecture des carnets de voyage de Vincent Hein me fait le même effet : il me ramène au sens aigü de la beauté qui se niche dans le moindre détail et petit fait.

    Vincent Hein a publié il y a peu un nouvel ouvrage, Les Flamboyants d’Abidjan. Je ne l’ai pas encore lu, mais j’ai hâte, compte tenu du plaisir persistant après la lecture des deux premiers.

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    À l’est des nuages - Denoël

    L’arbre à singes - Denoël

  • L'accro du shopping à la rescousse - Sophie Kinsella

    La semaine passée je faisais des recherches sur mon chouchou Picabia (un jour une de ses œuvres sera mienne !), et je suis tombée sur cette phrase de lui : “La bonne conscience du rire me repose des gens sérieux.” C’est exactement ça ! On pourrait sinon, dire comme Les Nuls, que c’est bon de rire parfois. Et je saute de Picabia aux Nuls pour arriver à ma petite joie du jour : Sophie Kinsella.

    Les courageux qui me lisent depuis quelques années savent que l’éclectisme littéraire est un sport que je pratique beaucoup, enfin je crois que ça se voit assez ! Et c’est ainsi qu’un de mes auteurs chouchou de ce qu’on nomme Chick Litt (est-ce que je suis une poule, je vous le demande !), n’est autre que Sophie Kinsella. Je suis tombée dans le sac à main de son accro du shopping dès le premier opus, pour la meilleure raison du monde, la plus simple : Becky c’est moi. Et oui, mon lourd secret, enfin pas si secret que ça, c’est d’être la madame Bovary du shopping (pardon Flaubert), et j’ai été ébahie à la lecture des premières aventures de Becky, tellement j’avais l’impression d’un miroir que l’on me tendait… c’est dire si j’ai de suite accordé mon affection à cette héroïne. J’avais l’impression de me voir, jusque dans ses maladresses et ses erreurs. Depuis, je suis présente à chaque nouvelle aventure de mon Accro du Shopping préférée. J’avoue avoir moins aimée L’Accro du Shopping Attend un Bébé, pas assez renouvelé à mon gout et trop prévisible. Mais Sophie Kinsella est un auteur dynamique et surtout plein d’une incroyable candeur imaginative. Aussi j’ai allègrement replongée pour les aventures de Becky en jeune maman et Becky à Hollywood.

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    C’est donc à Hollywood qu’on avait laissé Becky, blasée des paillettes et des mirages de la célébrité. C’est une Becky plus authentique qu’on retrouve, la gentille petite anglaise, nature et bienveillante, attachée à ses amis, à sa famille et sur qui on peut compter. L’Accro du Shopping à la Rescousse c’est un véritable road trip dans les plaines désertiques du Nevada, où chacun cherche non pas son chat mais une personne chère. Becky part retrouver son père, lui-même parti aider un ami, pendant que Suze se fait du souci pour ce cher Tarquin ! Quel plaisir de les retrouver, tous. Ça m’a vraiment fait l’effet d’une famille réunie, des amis qu’on connaît depuis toujours : c’est ce qui arrive quand un auteur dessine avec amour ses personnages de roman, avec profondeur et caractère.

    Il y a de tout dans la Chick Litt et j’ai déjà dit combien je n’aimais finalement pas ce terme si réducteur ! Avec Jennifer Weiner, Marian Keyes et Isabel Wolff, Sophie Kinsella fait partie des femmes dont j’aime lire l’humour et la sensibilité. C’est une écriture difficile à tenir, car arriver à amuser, émouvoir, surprendre et faire rire aux larmes son lecteur en un seul roman, c’est du grand art. Et de l’émotion, du rire, des larmes, on en trouve à foison dans ce nouvel opus des aventures de Becky. J’ai apprécié un certain retour aux racines de la série, à la simplicité et à l’amitié encore plus forte et présente. J’ai retrouvé cette bonne vieille Becky qui gaffe mais qui ne veut que du bien aux gens, j’ai retrouvé l’inénarrable Suze et Tarquin le lunaire… Une petite tribu qui m’a vraiment manqué : même Alicia la vilaine aux belles jambes m’avait manquée ^^ Bref, un vrai retour réussie pour Becky.

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    J’ai aussi eu la chance d’assister à une des rencontres avec Sophie Kinsella, et quel bonheur, toujours, d’entendre les auteurs parler de leur façon d’écrire, de leur cheminement et de ce qui les motive ou les fait douter au contraire. J’ai trouvé Sophie Kinsella aussi pétillante que Becky, accessible et follement drôle. C’est amusant, je ne pensais pas être aussi charmée par son naturel. J’ai ri en écoutant Sophie Kinsella, presque autant que j’ai ri en lisant Becky : c’est cette spontanéité du rire qui fait tant de bien. C’est bon et précieux !

    Alors oui, je perds souvent quelques heures à cogiter sur des questions oiseuses, ou à me lamenter des duretés de la vie : j’équilibre en me plongeant dans le rire dès que j’en ai l’occasion. Écoutez ce que dit Picabia et faites comme moi :)

     

    L'accro du shopping à la rescousse - Belfond

  • Karl Ove Knausgaard - La Mort d'un Père / Un Homme Amoureux

    La folie d’un écrivain ne se ressent jamais mieux que dans ce qu’il feint de raconter par erreur. Du moins est-ce mon opinion, tant j’ai passé de temps à guetter le visage des auteurs derrière chaque livre que l’un ou l’autre pouvait avoir écrit. Oui, j’aime supposer, réfléchir et tenter de deviner ce qui, dans la fiction est de l’ordre du réel. Le seul intérêt de ces suppositions étant d’assouvir ma capacité à cogiter à propos de tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi.

    L’an dernier, quand j’ai pris le livre de Karl Ove Knausgaard sur une des tablées du libraire, j’ai à peine regardé la quatrième de couverture : j’ai d’abord vu un pavé d’un auteur étranger, et souvent cela suffit à me faire craquer. Que n’avais-je fait. Moi qui aime les supputations et les devinettes, j’allais être bien punie.

    Ce livre, c’est La Mort d’un Père, premier tome d’un cycle intitulé Mon Combat (oui, comme Hitler, mais ne nous arrêtons pas à cela, j’y reviens ensuite.) Un livre qui n’est pas un roman, mais un récit autobiographique de la vie et de la famille de l’auteur. Karl Ove Knausgaard est un auteur « normal », au départ (si tant est que ce mot ait du sens), qui a déjà publié deux romans, et est relativement connu dans son pays d’origine, la Norvège. La Mort d’un Père, et plus largement le cycle Mon Combat, est une tentative de restituer la vérité d’une vie, à chacun de ses instants, dans ses doutes, ses errements, ses réflexions les plus banales et les plus ennuyeuses. J’ai eu peur d’avoir affaire avec une sorte de Christine Angot du Nord, avec dix fois plus de pages, ce qui m’aurait bien ennuyée, vu le peu de considération que j’ai pour la littérature égotico-nombriliste de la dame. Loin de là. La Mort d’un Père revient sur l’enfance et la jeunesse de Karl Ove Knausgaard, sous l’ombre d’un père violent et autoritaire. L’auteur se remémore le petit Karl, avec ses faiblesses, ses peurs, son affolant désir de se fondre dans la masse, et la volonté d’échapper au père menaçant.

    Il faut préciser certaines choses : le père de Karl Ove Knausgaard était un notable connu. Par ailleurs, il n’a prévenu personne de son entourage de la teneur exacte de ses écrits. Ce livre, et le suivant, ont fait l’effet d’une bombe tant Karl Ove Knausgaard se met à nu et met à nu son entourage, son ex-femme, sa famille proche, ses propres enfants. Le lecteur est dans la position d’un voyeur privilégié qui sait tout de ce qui se passait dans le cercle Knausgaard.

    Karl Ove Knausgaard, mon combat, la mort d'un père, un homme amoureux, jeune homme, écrivain, vérité,

    Karl Ove Knausgaard, mon combat, la mort d'un père, un homme amoureux, jeune homme, écrivain, vérité,

    Ce que j’ai aimé, contrairement aux bluettes égotiques de Christine Angot, c’est qu’il n’y a aucune feinte, aucune manipulation, aucune volonté d’amener le lecteur à penser ceci plutôt que cela. Il y a la vérité nue d’un homme, ses pensées les plus emmerdantes, les plus exaltantes, et le détail de la vie. C’est la vie que l’on lit dans ces pages. La vie avec ses beautés et ses trucs plus moches, ce que vous et moi nous avons tendance à cacher sous le tapis. Karl Ove Knausgaard dit qu’il en avait assez de la recherche stylistique, du travail des détails, de ce travail d’écrivain qui nous fait recommencer dix fois, vingt fois, la même phrase. Il explique avoir voulu s’affranchir de cela, et simplement écrire, au kilomètre, privilégiant la quantité à la qualité. C’est cette force brute qu’on retrouve dans les pages, cette incroyable crudité. En cherchant à oublier le style, Karl Ove Knausgaard en invente un autre. Il s’est libéré des entraves habituelles de l’écrivain, en s’en imposant d’autres : écrire vite, publier encore plus vite. Au risque de l’incompréhension et des haines familiales, qui n’ont pas manqué d’éclater. Au risque aussi de choquer toute une société, que ce soit avec La Mort d’un Père, ou le tome suivant : Un Homme Amoureux. C’est que Karl Ove Knausgaard brise mille tabous de la société scandinave, mollement sociale-démocrate, chantre de l’égalitarisme et du progrès social. Il tend à ses contemporains un miroir effrayant : on y voit un homme rebuté par son statut de père au foyer, et par tous ces « trucs de bonne femme » qu’il lui faut accomplir au nom de l’égalité. Pourtant, il se soumet à ces règles de société, mais ne s’empêche pas de penser, et surtout il fait état de ses pensées. Il montre combien chaque être humain est traversé de doutes, de paradoxes, d’envies contradictoires, et toutes ces faiblesses et ces lâchetés sont mises sous le tapis, enfermées à double tour (oui les deux), pour permettre à la société de fonctionner. C’est cette illusion collective, ou de couple, qu’il a brisée le temps de ces récits. C’est peut-être ça le plus foudroyant : les choses peuvent se savoir, mais tant qu’elles ne sont pas dites, elles ne sont pas réelles. Karl Ove Knausgaard dit tout dans ses livres. Comme je l’écrivais au début, ma manie des suppositions a été bien mise à mal, l’auteur ne laisse aucune place aux suppositions. C’est ce combat du quotidien qu’il a voulu retranscrire, son combat, qui est fait de doutes, de peurs, d’incertitudes.

    On peut se sentir perdu, parfois ennuyé : le récit de ses courses au supermarché du coin n’est pas l’acmé de son talent, mais pour le coup on comprend tout à fait que lui aussi ça l’emmerde profondément et qu’il se sentirait mieux à accomplir des tâches plus nobles, mais puisqu’il faut être un Homme Moderne, il se plie aux exigences.

    J’ai évidemment aimé les deux premiers tomes, et j’ai hâte de lire le troisième, qui sort ces jours-ci.

    Je vous conseille vivement cette expérience littéraire.

    Chez Denoël

    La Mort d’un Père

    Un Homme Amoureux

    Jeune Homme (pas encore acheté mais j'ai hâte)

     

    Les deux premiers tomes sont disponibles en poche chez Folio.

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  • Americanah - Chimamanda Ngozi Adichie

    L’observation des autres est souvent plus efficace que l’observation de soi-même : en tout cas en ce qui me concerne. J’adore regarder les autres, les passants inconnus autant que mes amis ou relations. Je regarde et j’imagine, j’extrapole, je déduis et parfois je comprends beaucoup de choses : sur moi-même. Lire, c’est un peu comme observer un autre de papier, non ?

    L’an dernier j’ai lu Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, j’ai observé son héroïne Ifemulu, et j’ai compris quelques petites choses sur moi. Miracle de mon nombrilisme.

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    Ifemulu est une jeune nigériane qui part étudier aux Etats-Unis. Arrivée là-bas, elle se découvre noire, par le regard des autres et par la situation des Noirs Américains. De jeune fille de bonne famille, étudiante, ambitieuse, intelligente, elle devient « noire », comme un particularisme qui servirait à la définir tout entière. C’est cette redécouverte de sa race dans les yeux des autres qui est au centre du roman. Ifemulu ouvre un blog, pour partager ses observations de la vie américaine, du racisme, et des relations sociales. Comme un pied de nez à la vie, ce blog fera sa réputation et la conduira à tenir des conférences sur ces thèmes. Le lecteur, lui, observera la vie amoureuse et professionnelle d’Ifemulu évoluer, et se heurter aux préjugés raciaux, aux difficultés qu’engendre le fait d’être noir aux États-Unis. De la plus simple, à la plus grave. Ainsi, le livre s’ouvre dans un premier chapitre sur une scène dans un salon de coiffure pour cheveux afro, « dans cette partie de la ville pleine de graffitis, de bâtiments insalubres, sans un seul Blanc à l’horizon, ».  Car c’est là qu’on exile l’africanité, et si une intellectuelle noire habitant à Princeton souhaite se faire tresser les cheveux, elle doit suivre le ban.

    Être noir à Lagos et à Princeton c’est différent. Cette différence se chiffre par le nombre de rejets, d’exclusions, de sourires entendus, et de réflexions paternalistes quand elles ne sont pas ouvertement racistes.

    Pour autant, pas d’atermoiements dans le roman de Chimamanda Ngozi Adichie, pas de sanglots, juste une fine observation factuelle, un recensement de la réalité de la peau noire, la liste des conséquences sur chaque instant de la vie, même le plus intime.

    Cette observation dont Ifemulu est le point central, m’a forcément ramenée à moi, et à ma vie en France. À cette chose que peu de gens comprennent s’ils ne la vivent pas dans leur chair : le regard de l’autre qui fait de vous un étranger quoi qu’il arrive. J’ai souvent du mal à expliquer cela : je n’ai jamais vraiment souffert d’un racisme violent, au sens où je n’ai pas subit de « sale arabe », ou de « rentre chez toi » mais j’ai toujours eu droit à des remarques paternalistes, ou réductrices, dès lors que j’indiquais mon prénom. Des phrases comme « ça n’a pas été trop dur pour toi de poursuivre tes études ? » (Trop dur pourquoi ? parce que je suis censée venir d’une famille où on empêche les femmes d’étudier et où on les voile de force ? parce que génétiquement je serais vouée à l’illettrisme ?) Des phrases comme « Et tu rentres chez toi souvent ? » Quand je réponds oui, c’est à trois stations de métro, je comprends bien que mon interlocuteur situe mon « vrai » chez moi au-delà de la méditerranée et non sur la ligne du métro parisien.

    Le racisme n’est pas forcément un coup de poing dans la face, il peut être un mot anodin, une question toute simple mais qui en dit long sur ce que l’Autre juge que l’on doit être : un éternel étranger, illégitime à vie.

    La lecture de Americanah m’a renvoyé à ma propre situation et à la façon dont je la gérais. Une des raisons pour laquelle ce livre m’a bouleversée.

    L’histoire d’Obinze, ancien amoureux d’Ifemulu, qui lui est arrivé à Londres, dans des conditions bien plus difficiles, est aussi passionnante à suivre. Les deux trajectoires des anciens amants finiront par se croiser à nouveau, chacun arrivant avec ses bagages et ses choix. L’histoire d’Ifemilu est aussi une belle observation d’un féministe quotidien, réel et vécu en prise avec un patriarcat aux habits multiples.

    Je vous reparle de ce livre lu l’an dernier, parce que je l’avais beaucoup aimé à l’époque, que je n’avais pas eu le temps de le chroniquer, mais qu’il n’a guère quitté mon esprit. Et le fait est qu’il sort en poche ces jours-ci, alors n’hésitez pas à vous l’offrir ! Pour ma part, je l’avais emprunté à la bibli dès la sortie, et j’attendais le format poche avec hâte pour l’avoir chez moi (appartement parisien oblige, je privilégie toujours les formats poche..)

    Bref, si vous ne l’avez pas encore lu, je vous y engage. Quelle que soit votre situation, vous y trouverez matière à réflexion.

    Extraits:

     « Ifemelu avait grandi dans l’ombre des cheveux de sa mère. Ils étaient noir-noir, si abondants qu’ils absorbaient deux flacons de démêlant quand on la coiffait, si épais qu’il leur fallait rester des heures entières sous le casque du séchoir, et quand enfin libérés des bigoudis de plastique rose ils s’échappaient en une masse libre et volumineuse, ils se répandaient jusqu’en bas de son dos comme une fête. Son père les appelait sa couronne de gloire. « Est-ce que ce sont de vrais cheveux ? » demandaient des inconnus qui tendaient la main pour les toucher avec respect. D’autres disaient : « Êtes-vous de la Jamaïque ? » comme si seul un sang étranger pouvait expliquer une chevelure aussi opulente qui ne s’éclaircissait pas aux tempes. Enfant, Ifemelu se regardait souvent dans la glace et tirait sur ses cheveux, les déroulait, souhaitant désespérément qu’ils deviennent semblables à ceux de sa mère, mais ils demeuraient rêches et poussaient difficilement ; les coiffeuses disaient qu’ils étaient coupants comme des couteaux. »

    « Si vous dites que la race n’a jamais été un problème, c’est uniquement parce que vous souhaitez qu’il n’y ait pas de problème. Moi-même je ne me sentais pas noire, je ne suis devenue noire qu’en arrivant en Amérique. Quand vous êtes noire en Amérique et que vous tombez amoureuse d’un Blanc, la race ne compte pas tant que vous êtes seuls car il s’agit seulement de vous et de celui que vous aimez. Mais dès l’instant où vous mettez le pied dehors, la race compte. Seulement nous n’en parlons pas. Nous ne mentionnons même pas devant nos partenaires blancs les petites choses qui nous choquent et ce que nous voudrions qu’ils comprennent mieux, parce que nous craignons qu’ils jugent notre réaction exagérée ou nous trouvent trop sensibles. Et nous ne voulons pas les entendre dire : Regarde le chemin que nous avons parcouru, il y a seulement quarante ans nous n’aurions pu former un couple légal, bla-bla-bla, parce que savez-vous ce que nous pensons quand ils disent ça ? Nous pensons mais putain pourquoi cela aurait-il dû être illégal de toute façon ? Mais nous nous taisons. Nous laissons tout ça s’accumuler dans nos têtes et, quand nous assistons à de sympathiques dîners progressistes comme celui-ci, nous disons que la race n’est pas un problème parce que c’est ce que nous sommes censés dire, pour que nos sympathiques amis progressistes ne soient pas perturbés. C’est la vérité, je parle d’expérience. »

  • Pieter Aspe - Le Carré de la Vengeance

    J’ai mis cap vers les Flandres la semaine passée, vraiment par hasard pas mal de mes activités  m’ont portée vers ces terres si particulières. Demain je vous parlerai d’une promenade lilloise qui m’a beaucoup plus. Aujourd’hui il sera question de livre, avec Pieter Aspe et les aventures de son héros, le commissaire Van In. Dans le cadre du Mois Belge de Anne et Mina, il y a une journée consacrée au polar. Et tout les prétextes sont bons pour parler d’un bon bouquin !

    J’ai cherché un auteur de polar belge que je en connaissais pas, histoire de ne pas retomber dans ma facilité, à savoir (re)lire du Simenon par exemple. J’ai jeté mon dévolu sur Pieter Aspe, et comme je suis légèrement psychopathe, je ne pouvais commencer que par le premier volume des enquêtes du commissaire Van In, et non par n’importe quel opus. Du coup, il m’a fallu le temps de mettre la main dessus (une commande après de mon adorable libraire).

    Or donc, me voilà avec Le Carré de la Vengeance entre les mains, et moins de trois heures plus tard, j’avais englouti cette première enquête. Bah voilà, un héros bien dessiné avec une personnalité comme on aime, une histoire de cambriolage bien ficelée, un brin de sociologie avec des rapports de classe bien observé, la ville de Bruges en fond et un humour décapant, que demander de plus ? Autant vous dire que j’attaque fissa la suite des enquêtes du commissaire Van In ! Toutes ces pages m’ont donné envie d’une bonne pinte de Duvel et d’un autre séjour à Bruges ^^

    L’auteur écrit en flamand, je ne sais pas ce que penserait un néerlandophone à la fois francophone, de la traduction, mais j’ai bien aimé le style et l’écriture laissait vraiment transparaitre une ambiance toute particulière, un effet important quand on lit un polar… Par ailleurs, les romans de Pieter Aspe ont fait l’objet d’une adaptation pour la télévision. J’avoue que je suis tentée de voir cette série, mais quand j’aurais lu toute la série des Van In. Histoire de n’être pas « hackée » par l’imagination du réalisateur, priorité à ma propre imagination :)

     

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    Le Carré de la Vengeance – Pieter Aspe

    Dispo au Livre de Poche