02.02.2012

La cage aux oiseaux

On ouvre un livre comme on ouvre un univers inconnu, avec ses personnages, ses règles, ses secrets, que l’on va observer d’un œil extérieur.


Et il y a des livres qu’on ouvre comme une cage aux oiseaux, pour laisser échapper une multitude de couleurs et de sentiments.


La métaphore est un peu facile, concernant le roman dont je vais vous parler, Des Vies d’Oiseaux, de Véronique Ovaldé.

Des-vies-d-oiseaux-Veronique-Ovalde.jpg


C’est un roman que j’ai eu entre les mains il y a longtemps déjà, au moment de sa sortie, mais que j’avais gentiment rangé de côté quelques temps avant de le lire : j’avais feuilleté quelques pages au hasard, et je savais que ce récit allait être important pour moi.


Je l’ai donc lu, avec énormément d’attentes, et toutes, presque, ont été comblées.
Dans un pays imaginaire d’Amérique du Sud vivent une poignée de personnages, dans un univers fait de clichés et de séparation. Vida et sa famille habitent la colline Dollars, ce lieu protégé ou s’ennuient de riches familles.
Un jour Vida et son mari font appel à la police parce que leur villa a été visitée par des indélicats, en leur absence. L’inspecteur Taïbo va s’occuper de cette enquête, à sa manière.
Loin d’une enquête policière classique, Taïbo va se pencher sur la vie de ses gens, sur ce qui les retient, les fait marcher inlassablement. On découvre assez vite que c’est Paloma, la fille de Vida, et son étrange amoureux Alfonso qui occupent les maisons de la colline Dollars désertées par les propriétaires. C’est  un couple de coucou particulier qui change de nid, au gré des absences.
Vida ne fait pas partie de cet univers de richesse ennuyée, elle vient d’ Irigoy, la lie de l’humanité pour les riches rapaces qui nichent en haut de la colline Dollars. Vida va se rappeler de ses origines, chercher à comprendre pourquoi Paloma rejette tant ses parents, d’où vient cette colère qui l’anime et comment combler l’ennui de sa propre vie.
Avec Taïbo, c’est une enquête à la manière d’Hérodote qu’elle va accomplir, et découvrir ainsi les réponses aux questions qu’elle avait peur de se poser.
J’ai adoré ce récit. J’y ai retrouvé cette écriture sud-américaine que j’aime tant, qui m’a étonné et ce fut comme un cadeau inattendu.
Lire ses lignes, qui parfois me rappelait la folie toute particulière d’un Gabriel Garcia marquez par exemple, avec en plus une douceur mélancolique parfaitement maitrisée, fut une des plus belles expériences de lectures de cette dernière année.
Nombre de ces mots, de ces phrases chantant un chant aléatoire, au rythme d’une ponctuation et de monologues si particuliers, ont atteint en plein cœur un universalisme parfait. L’universalisme auquel je tiens, qui montre qu’avec des mots et des histoires particulières, on peur accrocher les sentiments, les questions et les angoisses les plus équitablement partagées en ce bas monde.


Compliqué d’en dire plus :) lisez le !
En attendant, quelques extraits parmi mes préférés, que je dédie au jeudi citation de Chiffonnette :

"Vida s’est dit que la première chose que l’on remarque chez quelqu’un qu’on voit nu pour la première fois, ou qu’on s’apprête à voir nu, c’est son odeur, vais-je m’habituer à cette odeur ? Et aurais-je d’ailleurs à m’y habituer ?
Taïbo sentait les cascades et les marécages, la mangrove et la roche rouge du désert, il sentait la selle des chevaux, il sentait Liberty Valance et la tristesse chilienne, il sentait les pays que l’on quitte et le cuir qui s’est patiné.
Il n’a pas paru surpris quand elle est arrivée dans sa chambre, la lumière était allumée, un abat-jour encore sous plastique posé sur la lampe de chevet et Vida s’est demandé si le plastique n’allait pas fondre, mais pourquoi avait-elle tant de pensées parasites à un moment aussi crucial, et lui il était en maillot de corps allongé sur le lit, il fumait, il était absent, ou alors il était vraiment là dans cette chambre de la maison culturelle d’ Irigoy, ce drôle d’endroit abandonné qui ne servait qu’à donner bonne conscience à qui voulait avoir bonne conscience, il y avait ces étranges tapis pendus au mur, des tapis qu’on ne met qu’au sol, mais ainsi pendus au mur on avait l’impression d’un chamboulement des volumes, et Vida a eu envie de les arracher en entrant dans la chambre de Taïbo, elle voulait qu’ils reprennent la place qui était la leur, peut-être Taïbo était-il vraiment là, allongé sur ce lit, impossible de le certifier, cet homme avait la possibilité d’être tout près de vous et très loin à la fois, c’était une sorte de qualité mélancolique, de qualité tragique, son absence  était palpable et douce, Vida aurait pu embrasser l’absence de cet homme, alors Taïbo s’est levé, il s’est levé pour l’accueillir, et c’était tout à fait cela, il l’accueillait et ce sont ses bras nus et secs et puissants qui l’ont accueillie, il est venu vers elle, il a fermé très posément la porte, et chacun de ses gestes étaient silencieux, Vida n’entendait que le bruissement de son sang à ses propres oreilles et elle était éblouie par la beauté de cet homme, par la justesse de cet homme, et il a parlé, mais ce devait être dans une langue qu’elle ne connaissait pas, elle n’a pas compris un mot de ce qu’il a prononcé, ça n’avait d’ailleurs aucune importance, dans ses rêves, elle ne comprend jamais ce qu’on lui dit et elle peine à trouver des repères, mais là elle avait accepté de marcher dans la tourbe avec lui, il l’a prise dans ses bras et il a passé la main sous son chemisier, et sentir la main de cet homme sur sa peau était une chose inconnaissable et inadmissible, jamais aucun homme depuis Gustavo n’avait posé la main sur sa peau, elle s’est souvenue de s’être dit un jour, disons qu’il y avait de cela cinq ans, qu’elle ne connaitrait plus un autre corps d’homme avant sa mort, elle y avait renoncé et elle s’était faite à cette idée parce qu’elle l’avait voulu ainsi, avait-elle toujours pensé, parce que c’était ainsi, il a chuchoté à son oreille et elle a compris qu’il disait qu’elle était très belle alors elle l’a laissé faire et il l’a soulevée, et elle était si pressée tout à coup de savoir à quoi il ressemblait nu, elle voulait voir son torse et son sexe et sa peau, et quelqu’un d’autre qu’elle, ou une certaine partie d’elle, celle qui se trouve toujours dans un coin du plafond et qui la regarde faire, ricanait et lui disait qu’elle ne serait pas fière le lendemain de tout cela, mais en attendant elle voulait juste ceci, la peau de cet homme, l’entièreté de sa peau, qu’aucun grain ne lui soit inconnu, il l’a soulevée et déposée sur le minuscule lit monacal et elle s’est dit, « Il ne faut pas qu’il me voit nue, il va  me trouver si vieille », elle a voulu éteindre la lumière et il a retenu sa main, il a secoué la tête, il a dit, « Je veux te voir », il l’a déshabillé, et elle était incapable soudain de faire le moindre geste, elle était paralysée, elle ne voulait que la peau de cet homme dont elle ne savait rien, elle ne savait même pas s’il vivait avec une femme, il parlait si peu de lui, et sentir ses seins contre le torse de cet homme était déjà une chose magnifique et inquiétante et elle était presque prête à ce que cela fût suffisant pour cette soirée mais comme visiblement il n’avait aucune intention de s’arrêter là elle a fermé les yeux pour ne pas voir le démon dragon dans l’angle du plafond et depuis combien de temps n’avait-elle pas fait l’amour avec un homme, c’était une chose si simple, elle a rouvert les yeux  et elle a cherché avidement sur le visage de l’homme sa propre nudité tandis qu’il cherchait la sienne ; cette avidité, cette maladresse ont fait place à l’étonnement  de découvrir leur intimité dévoilée, ces gestes qu’on ne devinait pas, ces caresses amorcées qu’on ne soupçonnait pas chez l’autre, et il s’est remis à pleuvoir, elle a entendu la pluie qui tambourinait contre les volets et qui plicploquait au grenier pendant qu’elle était sous cet homme et que le sexe de cet homme dont elle était en train de devenir très amoureuse (ce sont ces histoires d’ ocytocine et d’on ne sait quoi qui la rendait si triste et aimante et tendre), pendant que le sexe de cet homme était en elle, elle se fichait de ce que le docteur Kuckart aurait dit (quelque chose comme, « Méfiez-vous de la passion amoureuse, cette maladie mentale »), elle voulait juste que cet homme la complétât et la soulevât, dramatiquement, qu’il pressât sa queue dans sa bouche, que sa nudité fût complète et augmentée, et depuis combien d’années n’avait-elle pas mis la queue d’un homme dans sa bouche, la peau si lisse et tendue, sa texture et son sel ?"


"Quand ils s’étaient quittés après ce moment passé dans le grand appartement avec vue sur les îles, quand il l’avait accompagnée jusqu’en bas de la colline Dollars, Paloma lui avait demandé si elle allait le revoir et il lui avait caressé les cheveux et embrassé les paupières puis il avait dit, « Bien sûr, maintenant tu es ma femme ».
Et comment expliquer ce que cette phrase faisait résonner en Paloma. Théoriquement elle représentait tout c qu’elle rejetait depuis le jour où elle avait décidé de devenir un individu indépendant et de n’avoir jamais ni mari ni enfant.(…) Cependant quand Adolfo avait prononcé ces mots, quand Adolfo lui avait dit qu’elle était dorénavant sa femme, elle aurait volontiers tendu ses deux poignets vers lui afin qu’il les menottât et la gardât pour lui seul, et cette idée pour Paloma était dérangeante, inédite et séduisante."


"Paloma lit tout le temps. Elle aimerait écrire. Elle le souhaite depuis toujours mais elle ne parvient pas à s’y atteler. Pas encore. Elle pense qu’il lui faudrait probablement lire des centaines de livres avant d’oser prendre la plume. C’est comme un apprentissage auquel elle s’astreint. Elle trouve des livres dans les maisons, il y a toujours des livres dans les maisons, parois ils sont relégués à la cave ou dans une chambre qui ne sert pas de chambre, mais le plus souvent, une pièce leur est réservée, personne ne les touche jamais, alors Paloma, dès qu’elle entre dans une maison où il existe une bibliothèque, s’enchante du programme à venir, elle songe que c’est la première fois de sa vie qu’elle est aussi heureuse et qu’elle ne pourra plus jamais l’être autant, elle goute chaque instant de cette existence, elle se dit, « Ne pensons pas à demain », elle ne veut pas vivre dans ce léger décalage, cette infime projection, qui a toujours empêché sa mère de vivre pleinement les événements les plus agréables. Paloma a des livres et son amour, elle pourrait vivre toute sa vie ainsi. Elle aime lire quand Adolfo est avec elle, elle fait « Mmmmh » quand il lui parle et de cette manière il sait qu’elle n’est pas vraiment là. Elle est quelque part dans ses pages, quelque part en Bolivie ou au Japon, Paloma a une prédilection pour les romans japonais, Adolfo ne peut pas lutter contre quelque chose comme ça, il s’assoit, il pose son pied abîmé sur un siège luxueux, il boit, il fume, et il regarde lire sa princesse. Il semble littéralement s’abreuver à sa contemplation, il dit, « Je suis impressionné par la beauté de tes cuisses », il scrute sa cambrure, et ne peut se lasser de voir ses cheveux, ses magnifiques cheveux qui créent d’infimes tornades sur les draps et dans son cœur."


Des vies d'oiseaux - Véronique Ovaldé

Editions de l' Olivier

236 pages - 19 €

13.12.2011

Anne Perry et Camilla Läckberg

Poursuivons avec l’esprit de Noël, mais dans un autre domaine, celui de la littérature.

Deux petits livres vont nous occuper aujourd’hui, deux romans « policier », dans des genres très différents.

Le premier est pour moi une incursion quasi inédite dans les terres froides des polars nordiques…. Comme je l’ai dit quelquefois, je suis du genre casse-pied qui n’aime pas les trucs mainstream. Il suffit qu’un genre, un auteur, fonctionne à mort, pour que je m’en désintéresse…

Mais j’ai profité d’une initiative de Claudialucia, une lecture commune, pour m’emparer de mon premier roman de Camilla Läckberg, une des reines du polar venu du froid.

Cette lecture commune était pour le 5 décembre, mais j’ai été un peu (beaucoup) off line, et je renouvelle à Claudialucia mes excuses pour le retard…

Revenons à Camilla Läckberg. Le roman que j’ai choisi, c’est Cyanure, un petit opuscule qui a priori ne reprend pas ses héros habituels (que je en connais pas).

camilla läckberg, anne perry, cyanure, un noël plein d'espoir, roman, polar


Voilà le résumé de l’éditeur ; « Quelques jours avant Noël, sa petite amie, Lisette Liljecrona, invite Martin Molin (collègue de Patrick Hedström) à venir passer le week-end avec sa famille sur la petite île de Välo en Suède. L’idée ne l’enthousiasme guère et c’est à contrecœur qu’il accepte de l’accompagner. Ses appréhensions se voient confirmées lorsqu’il fait la connaissance des Liljecrona. Avec plus ou moins d’élégance, tous s’acharnent à obtenir les faveurs du patriarche dont la fortune s’élève à plusieurs milliards de couronnes. Cette course à l’héritage tourne court lorsque, le soir même, Ruben, déçu et furieux contre les membres de sa famille, affirme les avoir déshérités. Gagné par son emportement, le vieil homme meurt soudainement, vraisemblablement victime d’un malaise cardiaque. Une tempête de neige fait rage dans la région et les hôtes sont dans l’impossibilité de regagner le continent. Martin prend alors la situation en main et constate que Ruben a été empoisonné. Personne n’a pénétré dans la maison, le meurtrier est donc forcément parmi les convives. En les interrogeant, le jeune policier tente avec peine de démêler les vieilles rancœurs familiales des pistes plus sérieuses. Seul Matte, l’un des petits-enfants de Ruben, semble sincèrement affecté par sa mort. Comme tous les moyens de communication avec l’extérieur sont coupés, Martin se retrouve livré à lui-même face à sept suspects. Bientôt, un nouveau meurtre est commis. Le cadavre de Matte est retrouvé étendu dans sa chambre, une blessure par balle déchirant sa poitrine… Mêlant heureusement les influences de Conan Doyle et d’Agatha Christie, Camilla Läckberg nous offre dans ce spin-off une variation réjouissante et glaçante sur le roman policier classique. »

 

Bon, bah, tout est dit en fait.

Un roman avec énigme en vase clos, un policier débutant, une ambiance tendue et malsaine, des personnages archétypaux….

Mais, peu de rebondissements, pas d’originalité et franchement ça ressemble à une rédaction sur le thème de « faite comme Agatha Christie ou Gaston Leroux ». Une très bonne rédaction, certes, mais cela ressemble trop à un exercice de style convenu.

Pire, ça ressemble à un bouquin sorti vite fait avant Noël pour être déposé sous le sapin…

On ne me dit que du bien de Camilla Läckberg, il va donc falloir que je me penche sur un autre de ses romans, avant de la remiser totalement au placard…

Dans un autre style, j’ai beaucoup aimé le second roman. Le Anne Perry traditionnel de Noël, qui au moins assume le côté fin d’année et qui propose toujours une histoire travaillée et de qualité.

Cette année, Un Noël Plein d’Espoir met en scène deux petites filles pauvres des faubourgs de Londres.

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La petite Minnie Maude Mudway s’inquiète de la disparition de son âne, qui était en compagnie de son oncle quand celui-ci est mort.

Gracie est une autre petite fille, qui tombe sur Minnie Maude, perdue dans son quartier. Elle finira par céder au désespoir de la gamine, qui s’inquiète pour un âne et qui ne se remet pas de la mort de son oncle. Partis dans une simple enquête à la recherche de cet âne, nous allons suivre ces petites filles dans une aventure qui va s’avérer plus complexe et plus dangereuse qu’au premier abord. Une charrette disparue, une mystérieuse boite, des témoins peu bavards et puis un vrai final digne de Noël !

J’ai adoré suivre ces deux petites filles dans une enquête vraiment bien ficelée, lue d’une traite, avec quelques tasses de thé pour reprendre mon souffle !

Un vrai bonheur, comme ces douceurs qu’on a plaisir à retrouver à cette période.

27.05.2011

Clair de l'âme

 

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Cher Romain,

Permets-moi de t’appeler Romain, depuis le temps que l’on se fréquente, toi et moi, l’intimité qui s’est creusée entre nous autorise cette liberté.

Romain, quand je t’ai connu, tu me disais t’appeler Émile, et la jeune collégienne que j’étais est tombée sous le charme de ta plume. Longtemps, j’ai regardé les squelettes de parapluies abandonnés sous l’orage, en pensant à Momo et à Madame Rosa.  Tu avais déjà tracé un sillon dans mon cœur, Romain, un sillon que je suivais à pas mesurés, tout doucement. Plus que tout je voulais faire durer la promenade sur ce chemin. Tu es mort avant que je n’atteigne l’âge de raison, c’est peut-être ce qui fait de moi la lectrice la plus déraisonnable qui soit. Savoir qu’un auteur que l’on aime n’écrira plus que ce qui existe déjà, rend plus précieux chacun de ses ouvrages.

A chaque fois que j’ouvrais un de tes écrits, dès la page de garde j’étais partagée entre deux sentiments : la joie de te lire à nouveau, de te découvrir, et une certaine tristesse à penser que c’était un livre de plus qui m’amenait au bout du chemin. Ce chemin à l’issue duquel il n’y aurait plus de »nouveaux » livre de toi à lire… Mais il reste la joie aujourd’hui, des années après notre première rencontre, la joie de te redécouvrir, de te relire autrement. La lecture de mes 10 ans, de mes 15 ans, ou de mes 20 ans, m’a fait comprendre que chaque relecture offre au regard un nouveau récit. Et aujourd’hui, où l’adulte que je suis admire l’homme total que tu as été, je sais que le chemin ne se termine jamais vraiment. Tu as raison, tu es incapable de vieillir. Le Pacte que tu as passé avec le Ciel s’est étendu à toute ton œuvre.

Alors te relire reste encore ce que je préfère au monde. Je fais le bilan des choses que j’aime, et au détour d’un souvenir, je me rappelle d’une vieille anglaise au ton malicieux. Je me rappelle de Lady L.

J’ai repris la semaine dernière mon exemplaire. Le même exemplaire que j’ai ouvert pour la première fois dans ma chambre au pensionnat, avec pour toute lumière, une lampe de chevet tamisée, pour ne pas attirer les foudres de la responsable de l’étage. Je me revois déchiffrer avec émerveillement les premières pages de cette histoire. J’ai suivi Annette dans ce Paris d’un autre temps, jusqu’à sa glorieuse vie, derrière ce masque de Lady L. On en revient toujours là avec toi : les déguisements que la vie nous oblige à porter. D’autres noms, d’autres discours, d’autres agissements...  Et derrière Annette, comme derrière toi peut-être, il reste ce cynisme amer.

Mais j’ai adoré à 16 ans, et aujourd’hui, cette histoire fabuleuse de la construction d’un monde nouveau, à travers les yeux brillants d’une sorte de folie d’Armand Denis. J’ai aimé retrouver la belle histoire d’amour et de combats qui liera Armand et Annette. Voir leurs ambitions respectives se frotter à la complexité de l’Histoire avec un grand H, même fictive, c’est réjouissant ! Les amours d’un jeune anarchiste poète, poseur de bombes un peu raté, et d’une jeune pauvresse qui arrivera aux plus grands sommets, c’est le tour de force littéraire que tu  nous offres.

J’aime écouter cette vieille dame qui confie à un jeune admirateur les méandres de sa vie, ses amours, ses indignités, la beauté et la laideur d’une vie riche et tumultueuse.

L’humour, la drôlerie, le cynisme, la tendresse, et les grandes espérances de pauvres êtres humains ballotés par la folie de l’Histoire, Lady L. garde pour moi la même force qu’à la première lecture.

Cher Romain, merci pour Annette, Armand et les autres. Je te quitte pour ce jour, en te rappelant ces vers que tu prêtes à la taquinerie enthousiaste d’Armand Denis :

Ode à l’humanité,

Ah fallait-il que je vous visse,

Fallait-il que vous me plussiez

Qu’ingénument je vous le disse,

Que fièrement vous vous tussiez

 

Fallait-il que je vous aimasse,

Que vous me désespérassiez

Et que je vous idolâtrasse

Pour que vous m’assassinassiez.

 

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Lady L - par Romain Gary

Critique épistolaire pour Babelio.

03.05.2011

Sire Cédric

Je ne suis pas une lectrice habituelle de thriller fantastique, je dois en lire trois ou quatre par an, souvent par le fait du hasard, et parce que je suis curieuse de tout.

Sire Cédric, le jeu de l'ombre, thriller fantastique, roman, suspens


Le jeu de l’ombre de Sire Cédric, est donc de ces romans vers lesquels je vais surtout par hasard. Le pseudo de l’auteur m’a un peu fait tiquer, mais pas plus que ça, les délires de vocalistes de Métal, ça me connaît, grâce à l’ex-mari. Et il ne faut jamais s’arrêter à ce genre de choses.

De fait, le personnage annonce la couleur : il y a une ambiance sombre, fantastique et un suspens qui ne se démentent pas du début à la fin du livre : c’est tout con, mais on veut savoir la suite.

Je vous colle le résumé de l’éditeur : « Mais que pouvait bien chercher Malko Swann cette nuit-là ? Une overdose d'adrénaline, la sensation ultime, le sentiment de liberté ? Pourquoi roulait-il aussi vite en pleine nuit sur une route de campagne étroite et sinueuse jusqu'à faire une chute de trente mètres en bas du pont du Diable ?
Atteint d'un traumatisme inexplicable, le musicien est désormais incapable d'entendre la musique. Mais il ne s'agit que du début de sa déchéance. Dans l'ombre, quelqu'un l'observe... quelqu'un qui veut jouer avec lui. Un jeu au goût de sang... Il s'engage alors dans un combat désespéré.»

Suite à son accident, Malko Swann ne peut plus entendre la musique, un peu pénible pour une star du rock, vous ne conviendrez. Mais l’intrigue est vraiment efficace. On se pose de suite la question de ce qui motivait le désespoir du héros, au début de l’histoire, puis les pièces se mettent en place. J’avoue avoir été surprise par l’intrusion de la dimension fantastique au cœur de l’intrigue. Le fil de l’histoire propre au musicien va se mêler à une série de meurtres de femmes.

J’ai succombé au syndrome du « je veux connaître la suite », du coup, je l’ai lu assez vite, d’une traite. L’intrigue est bonne, et l’auteur sait y faire pour dessiner une ambiance oppressante à souhait. Par certains côtés, cela m’a rappelé Serge Brussolo, auteur que j’aime bien par ailleurs.

La fin peut laisser un léger gout de trop peu, vu comment la pression monte tout du long du récit, mais ça se tient. Bref un bon moment à passer, à frissonner sous la couette (oui il fait froid là !!!) ou pour la plage cet été !

Merci à Jérémy pour la découverte !

Le site de l’auteur.

Sa fiche wikipédia, où on en apprend un peu plus sur sa personnalité particulière.

16.03.2011

Trois livres par semaine, c'est ma peau contre ces pages

Diversifier mes lectures c’est normal et vital, il faut lire de tout, comme on mange de tout. Après ce petit liminaire tout pourri, passons à l’objet du jour : vous causer de trois bouquins présentés ici la semaine passée.

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Go.

Ruth Rendell – Tu accoucheras dans la douleur

Un jour j’écrirais un billet lyrique pour vous raconter mon amour infini de cet écrivain. Pour cette fois, je me contente de vous conseiller ce roman. C’est une nouvelle affaire pour l’inspecteur Wexford, héros récurrent de la dame. Une histoire de filles assassinées, un trafic mais pas celui que l’on imagine... Une histoire qui doit beaucoup au sens du rebondissement de Ruth Rendell. C’est sa qualité principale : elle ne néglige ni le fond, ni la forme. Il y a donc une intrigue bien ficelée, avec un enchevêtrement d’indices et de suspects qui nous emmène gentiment au dénouement final. Mais par-dessus tout, il y a cette faculté qu’à Ruth Rendell de croquer des portraits, de nous rendre réels ses personnages. Et aussi bien Wexford que son adjoint vivent sous nos yeux une vie « normale » et réelle. En parallèle de la pure intrigue, Rendell prête à ses personnages des aventures intimes, des questionnements, des épreuves, tout cela venant s’imbriquer parfaitement dans l’enquête elle-même. On attache autant d’importance aux différents meurtres, qu’à la naissance de l’histoire d’amour (ou pas..) entre l’inspectrice ultra féministe et son collègue indien plus « tradi »…par exemple. Un roman aussi riche de suspens que de fine psychologie !

 

Stefan Zweig – Un soupçon légitime

Il s’agit d’un inédit de l’auteur. Le couple Limpley s’installe à la campagne. John le mari est du genre épuisant, et pour canaliser cette énergie, leur nouvelle voisine offre un chien à John. Ce chien va devenir son meilleur ami, puis quasiment son « maitre ». La situation change quand John devient père, il se consacre à sa nouvelle paternité, avec autant d’excès qu’il a joué au « maitre-toutou » avec son chien. C’est là que le drame se noue, avec une intensité tout Zweigienne ! On retrouve les thèmes chers à son cœur : l’obsession maladive, l’excès dans tout, l’intensité. Superbe !

 

Marian Keyes - Réponds si tu m’entends

J’ai découvert Marian Keyes alors que je faisais une plongé inconsidérée dans le domaine de la chick-lit. Les apparences sont trompeuses et les couvertures de Pocket plus encore. J’ai très vite adoré cet auteur comme on ne peut en trouver qu’outre-manche, et je me jette sur chacun de ses romans, comme la peste brune sur Barcelone. Cet opus (t’as vu ça fait pro, non ?) est très touchant. Ne vous fiez pas au rose de la couverture, et à ce côté girly dans la présentation.  Anna va passer quelques temps chez ses parents suite à un accident qui l’immobilise. Nous allons la suivre durant une petite année, faisant face aux aléas de sa vie, à des événements douloureux et aux questionnements qui s’ensuivent. C’est un roman assez pesant dans sa thématique (il aborde le deuil…) mais l’émotion que l’on ressent, la fragilité et puis la personnalité attachante d’Anna, tout ça nous tient en haleine. La vie est rose, noire, brillante, fragile… Anna, je l’ai aimé, je l’ai suivi avec plaisir et parfois j’ai pleuré avec elle…

 

Bon, sinon, j’ai d’autres lectures en stock….

 

23.02.2010

Marque ta page avec Zaza


La lecture c'est plus qu'une activité ponctuelle chez moi, il y a en permanence des bouquins partout, dans le salon, la chambre, la cuisine, au bureau, dans mon sac etc.... En général je peux lire 4 ou 5 ouvrages différents en parallèle. Il ne faut pas s'y perdre dans ce labyrinthe de pages...

Tu vois où je veux en venir : au marque page, ou pour être honnête et précise, à la façon de me rappeler la page où j'en suis, livre par livre.

Oui, je parle d'honnêteté, parce qu'en réalité, la plupart du temps, je CORNE ma page *shame shame shame* ! Attends avant de préparer le goudron et les plumes !!!

Bon, déjà, ce coming out marque-pagesque, on le doit à Madamezazaofmars, qui organise un concours (encore) sur le thème des marques-pages donc.

Vois ce joli visuel (que je ne dédaignerai pas posséder comme marque page, oui je suis paradoxale) :

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Alors parlons du sujet. Donc, en général je corne.

En général.

Il y a donc motif à exception.

Ouf !

Je n'utilise pas les marques pages habituellement destinés à cet effet, même si j'en possède un, regarde donc celui qu'on m'a offert, une jolie fleur, qui décore mon bureau, et ne marque aucune page....

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Quand il m'arrive de laisser un signet entre 2 pages, il s'agit de cartes ou de mots qu'il m'est agréable de voir et revoir. Par exemple, les derniers objets qui ont fait office de marque page chez moi, ce sont de jolies cartes, au message positif et joyeux :

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Je les trouve jolies et amusantes et remonte-moral, alors je les garde avec moi quelques moments, dans un livre, comme ça j'ai la joie de regarder ces messages amusants tout en ayant une bonne raison d'avoir ces cartes sur moi.


Les prochains jours, il y au un nouveau « marque-page » qui va m'accompagner dans la lecture de Susan Sontag, c'est celui-ci :

SN152828.JPG

 

Une magnifique carte qui me vient d'Inde, envoyée par une Moufette la plus gentille du monde. Je prendrais plaisir à relire ses mots entre 2 chapitres, à admirer les volutes dorées de l'illustration, et à espérer qu'il ne se passera pas trop longtemps avant que je la revois.

Voilà, j'aime les marques pages qui s'arrêtent sur les feuillets de mes souvenirs, qui viennent me rappeler un bon moment, une émotion, ou juste me faire rire.