Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

poésie - Page 3

  • Lope de Vega, Soliloques Amoureux d'une Âme à Dieu - Avent littéraire #14

    Ce soir, un Grand d’Espagne ! Non pas un roi, ni un empereur, mieux que ça : un écrivain. Lope de Vega n’est pas le plus connu des auteurs espagnols et c’est dommage. Si un jour l’occasion vous est donnée, offrez-vous la lecture de ses pièces de théâtre, il n’y a pas beaucoup de traduction disponible, mais l’effort de recherche sera amplement récompensé. Pour ma part, je remercie le réseau des médiathèques de ma ville, qui possède un bel éventail des œuvres de Lope de Vega !

    Lope de Vega a révolutionné le monde des Lettres en Espagne, et a laissé une œuvre foisonnante. Aujourd’hui, je m’intéresse à quelques uns de ses poèmes, intitulés Soliloques Amoureux d’une Âme à Dieu. La vie de Lope de Vega est digne d’un roman : une vie amoureuse rocambolesque, quelques passages dans l’Invincible Armada, une carrière en dent de scie, et des épreuves qui l’amènent à une crise mystique qui remettra bien des choses en causes.

    Loe de Vega, soliloques amoureux d'une âme à Dieu, éditions Allia, poésie, poème, Dieu, Christianisme, Noël, Avent

    Ce recours à Dieu est magnifiquement mis en vers dans les Soliloques. Lope de Vega s’adresse au Seigneur comme à une femme aimée. Dans ces poèmes il s’agit d’amour infini, de pardon, de rédemption et d’angoisses à apaiser.

    On découvre un auteur emprunt de mélancolie, quant à ses erreurs passées, et qui cherche le réconfort du Pardon. Pour autant, il ne s’agit pas simplement de négocier une remise sur péché, loin de là. La beauté profonde de ses soliloques réside dans sa nature profonde : une vraie déclaration d’amour à Dieu.

    En ce temps d’Avent, il ne m’est pas apparu superflu de proposer cette lecture :) Voici donc un extrait du Soliloque IV :

     

    De mon insouciance, Seigneur,

    Vous vous souciez, m’a-t-on dit.

    Si j’ai soucié Dieu ainsi,

    Pourquoi n’est-il pas dans mon cœur ?

     

    Et moi qui pensais Vous aimer,

    Par mon amour, tout simplement,

    Avec un tel comportement,

    J’étais bien loin d’y arriver.

     

    À quoi servent mes mots d’amour

    Tant sont nombreuses mes erreurs ?

    Les actes sont amour, Seigneur,

    Et non pas tous les beaux discours.

     

    Oh, Seigneur, mais quand donc serai-je

    Tel que Vous voulez que je sois ?

    Puisque Vous m’aimez et moi pas,

    De Vous et de moi que dirai-je

     

    De Vous je dis : Vous êtes Dieu,

    De moi que je ne suis pas homme,

    Car il ne se peut que l’on nomme

    Ainsi qui ne Vous connaît mieux.

     

    À demain !

  • Les Pommes Sauvages et La Vie SansPrincipes - Avent littéraire #13

    Dans ma quête des quelques livres qui composent cet Avent littéraire, j’avais dans l’idée de présenter des compagnons, des amis, des livres qui sont autant une source de réconfort que de réflexion.

    En ces temps troublés où les appels à voter, non pas POUR quelque chose, mais CONTRE, se multiplient, certains réfléchissent de plus en plus à l’atroce bourbier dans lequel nous sommes tous enfoncés, et où la notion de vote, de choix, perd de sa noblesse, tant les promesses trahies et les abandons l’ont vidé de sa substance.

    Bref, sans aller plus loin dans l’analyse politique, je dirais qu’on en a gros. Bien gros même..

    Moment idéal pour ressortir ce bon vieux Henry David Thoreau, aimable et confiant compagnon de sédition !

    Thoreau n’est pas que le poète naturaliste encensé dans Le Cercle des Poètes Disparus. La révolte immobile, la désobéissance, la volonté de se débarrasser des chaines modernes, et un retour réfléchi à la nature : c’est aussi ce qu’on pourra piocher chez lui.

    Je vous présente ce soir deux de ces textes, Les Pommes Sauvages, et La Vie Sans principes, qui offrent chacun une facette de notre auteur du jour.

    Les Pommes Sauvages est un texte déroutant au départ. Que dire, des pommes et encore des pommes (n’y voyez nul sous-entendu chiraquien old school !), toujours des pommes : disséquées, étudiées, décrites, magnifiées. Les pommes et la nature qui nous les offre sont le prétexte à une déambulation, un voyage en bas de chez soi en quelque sorte. Surtout, à l’heure où ce dont nous souffrons le plus est certainement un manque d’attention aux autres et à la vie en général, Les Pommes Sauvages invite le lecteur à redevenir attentif : attentif aux petits plaisirs, aux cadeaux de la nature, à la beauté de la vie sous toutes ses formes. C’est le début d’une possible rédemption de l’homme…

    Et cette rédemption pourrait se poursuivre avec la lecture de La Vie Sans Principe : entendez la vie sans les faux principe que les intérêts industriels et capitalistes nous imposent. La vie sans ces chaines que l’on accepte de forger pour nous-mêmes et nos frères. Quel est le sens réel de la Vie ? Quel est le but d’une vie bien vécu ? Qu’apporte-t-on de beau et de bien lors de notre passage sur Terre ? C’est une question qui vaut la peine d’être posée et réfléchie.

    IMG_1695.JPG

    «  Souvenez-vous que la valeur d'une chose n'est pas l'équivalent de l'argent qu'on peut en retirer sur le marché »

    « Si un homme marche dans la forêt par amour pour elle pendant la moitié du jour, il risque fort d'être considéré comme un tire-au-flanc ; mais s'il passe toute sa journée à spéculer, à raser cette forêt et à rendre cette terre chauve avant l'heure, on le tiendra pour un citoyen industrieux et entreprenant. »

    « Je vous en conjure, vivons sans nous laisser tirer par des chiens, à la façon des Esquimaux, des chiens qui filent ventre à terre par monts et par vaux en se mordant mutuellement les oreilles »

     

    À demain !

  • Fernando Pessoa - Avent littéraire #12

    Ce soir c’est Fernando Pessoa qui nous accompagne. Encore un promeneur, un flâneur de la vie, les pieds solidement ancrés sur terre, et la tête dans les cieux. Poète de l’exil intérieur, Pessoa partage sa mélancolie et ses interrogations à travers des textes d’une rare subtilité.

    Ce soir, je vous invite à faire un tour au Bureau de Tabac de ses pensées :

     

    Je ne suis rien
    Jamais je ne serai rien.
    Je ne puis vouloir être rien.
    Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

    Fenêtres de ma chambre,
    de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée
    (et si l’on savait ce qu’elle est, que saurait-on de plus ?),
    vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel,
    sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
    réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
    avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
    avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
    avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.

    Je suis aujourd’hui vaincu, comme si je connaissais la vérité;
    lucide aujourd’hui, comme si j’étais à l’article de la mort,
    n’ayant plus d’autre fraternité avec les choses
    que celle d’un adieu, cette maison et ce côté de la rue
    se muant en une file de wagons, avec un départ au sifflet venu du fond de ma tête,
    un ébranlement de mes nerfs et un grincement de mes os qui démarrent.

    Je suis aujourd’hui perplexe, comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
    Je suis aujourd’hui partagé entre la loyauté que je dois
    au Bureau de Tabac d’en face, en tant que chose extérieurement réelle
    et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.

    J’ai tout raté.
    Comme j’étais sans ambition, peut-être ce tout n’était-il rien.
    Les bons principes qu’on m’a inculqués,
    je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
    Je m’en fus aux champs avec de grands desseins,
    mais là je n’ai trouvé qu’herbes et arbres,
    et les gens, s’il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
    Je quitte la fenêtre, je m’assieds sur une chaise. À quoi penser ?

    (…)

    Esclaves cardiaques des étoiles,
    nous avons conquis l’univers avant de quitter nos draps,
    mais nous nous éveillons et voilà qu’il est opaque,
    nous nous éveillons et voici qu’il est étranger,
    nous franchissons notre seuil et voici qu’il est la terre entière,
    plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.

    (Mange des chocolats, fillette ;
    mange des chocolats !
    Dis-toi bien qu’il n’est d’autre métaphysique que les chocolats,
    dis-toi bien que les religions toutes ensembles n’en apprennent
    pas plus que la confiserie.
    Mange, petite malpropre, mange !
    Puissé-je manger des chocolats avec une égale authenticité !
    Mais je pense, moi, et quand je retire le papier d’argent, qui d’ailleurs est d’étain,
    je flanque tout par terre, comme j’y ai flanqué la vie.)
    Du moins subsiste-t-il de l’amertume d’un destin irréalisé
    la calligraphie rapide de ces vers,
    portique délabré sur l’Impossible,
    du moins, les yeux secs, me voué-je à moi-même du mépris,
    noble, du moins, par le geste large avec lequel je jette dans le mouvant des choses,
    sans note de blanchisseuse, le linge sale que je suis
    et reste au logis sans chemise.

    (…)

    IMG_1709.JPG

    À demain !

  • Paul Éluard - Avent littéraire #11

    La plupart du temps, quand je dois remplir une sorte de profil sur les réseaux sociaux, je dis toujours que j’aime Paul Éluard. Aussi simple que cela, je l’aime, comme s’il était l’amoureux qui fait battre mon cœur. Je suis incapable de parler autrement de lui, alors qu’il y a tant à dire de sa vie et de ses mots offerts au monde en cadeau.

    Le mieux c’est encore de le lire, de savourer ses poèmes.

    En voici un. En voici deux. En voici trois, glanés au hasard des souvenirs.

     

     

    Mon amour pour avoir figuré mes désirs

    Mis tes lèvres au ciel de tes mots comme un astre

    Tes baisers dans la nuit vivante

    Et le sillage des tes bras autour de moi

    Comme une flamme en signe de conquête

    Mes rêves sont au monde

    Clairs et perpétuels.

     

    Et quand tu n’es pas là

    Je rêve que je dors je rêve que je rêve.

     

    AVT_Paul-Eluard_4691.pjpeg.jpg

    Elle est debout sur mes paupières
    Et ses cheveux sont dans les miens,
    Elle a la forme de mes mains,
    Elle a la couleur de mes yeux,
    Elle s’engloutit dans mon ombre
    Comme une pierre sur le ciel.

    Elle a toujours les yeux ouverts
    Et ne me laisse pas dormir.
    Ses rêves en pleine lumière
    Font s’évaporer les soleils,
    Me font rire, pleurer et rire,
    Parler sans avoir rien à dire.

     

    AVT_Paul-Eluard_614.jpeg

     

    La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
    Un rond de danse et de douceur,
    Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
    Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
    C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

    Feuilles de jour et mousse de rosée,
    Roseaux du vent, sourires parfumés,
    Ailes couvrant le monde de lumière,
    Bateaux chargés du ciel et de la mer,
    Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

    Parfums éclos d’une couvée d’aurores
    Qui gît toujours sur la paille des astres,
    Comme le jour dépend de l’innocence
    Le monde entier dépend de tes yeux purs
    Et tout mon sang coule dans leurs regards.

     

    À demain !

     

  • Robert Desnos - Avent littéraire #9

    Le souci quand on se lance dans une sorte de calendrier de ses poètes favoris, c’est se rendre compte qu’il y en a tant qu’on aime, tant qu’on ne peut choisir. À chaque fois, j’ai envie de dire, bêtement, c’est mon préféré. Les préférés sont nombreux et se bousculent aux portes de ma mémoire.

    Alors ce soir, encore un préféré, Robert Desnos, au destin aussi tragique que peuvent l’être les destins d’écrivains. Mort au camp de Theresienstadt, Desnos a été tant poète que résistant, jusqu’au dernier souffle.

    Voici deux de mes poèmes favoris, dont un que je me permets de vous lire.

     

    J’ai Tant Rêvé de Toi

     
    podcast

    J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
    Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
        et de baiser sur cette bouche la naissance
        de la voix qui m’est chère ?
    J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre
        à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
        au contour de ton corps, peut-être.
    Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
        et me gouverne depuis des jours et des années
        je deviendrais une ombre sans doute,
    Ô balances sentimentales.
    J’ai tant rêvé de toi qu’il n'est plus temps sans doute que je m’éveille.
        Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie
        et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi,
        je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres
        et le premier front venu.
    J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
        qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant,
        qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois
        que l’ombre qui se promène et se promènera allègrement
        sur le cadran solaire de ta vie.

     

    IMG_1703.JPG

    Le Fard Des Argonautes

     

    Les putains de Marseille ont des sœurs océanes
    Dont les baisers malsains moisiront votre chair.
    Dans leur taverne basse un orchestre tzigane
    Fait valser les péris au bruit lourd de la mer.

    Navigateurs chantant des refrains nostalgiques,
    Partis sur la galère ou sur le noir vapeur,
    Espérez-vous d’un sistre ou d’un violon magique
    Charmer les matelots trop enclins à la peur ?

    La légende sommeille altière et surannée
    Dans le bronze funèbre et dont le passé fit son trône
    Des Argonautes qui voilà bien des années
    Partirent conquérir l’orientale toison.

    Sur vos tombes naîtront les sournois champignons
    Que louangera Néron dans une orgie claudienne
    Ou plutôt certain soir les vicieux marmitons
    Découvriront vos yeux dans le corps des poissons.

    Partez ! harpe éolienne gémit la tempête...

    Chaque fois qu’une vague épuisée éperdue
    Se pâmait sur le ventre arrondi de l’esquif
    Castor baisait Pollux chastement attentif
    À l’appel des alcyons amoureux dans la nue.

    Ils avaient pour rameur un alcide des foires
    Qui depuis quarante ans traînait son caleçon
    De défaites payées en faciles victoires
    Sur des nabots ventrus ou sur de blancs oisons.

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    Une à une agonie harmonieuse et multiple
    Les vagues sont venues mourir contre la proue.
    Les cygnes languissants ont fui les requins bleus
    La fortune est passée très vite sur sa roue.
     
    Les cygnes languissants ont fui les requins bleus
    Et les perroquets verts ont crié dans les cieux.
     
    — Et mort le chant d’Éole et de l’onde limpide
    Lors nous te chanterons sur la Lyre ô Colchide.
     
    Un demi-siècle avant une vieille sorcière
    Avait égorgé là son bouc bi-centenaire.
    En restait la toison pouilleuse et déchirée
    Pourrie par le vent pur et mouillée par la mer.
     
    — Médée tu charmeras ce dragon venimeux
    Et nous tiendrons le rang de ton bouc amoureux
    Pour voir pâmer tes yeux dans ton masque sénile ;
    Ô ! tes reins épineux ô ton sexe stérile,

    Ils partirent un soir semé des lys lunaires.
    Leurs estomacs outrés teintaient tels des grelots.
    Ils berçaient de chansons obscènes leur colère
    De rut inassouvi en paillards matelots...

    Les devins aux bonnets pointus semés de lunes
    Clamaient aux rois en vain l’oracle ésotérique
    Et la mer pour rançon des douteuses fortunes
    Se paraît des joyaux des tyrans érotiques.

    — Nous reviendrons chantant des hymnes obsolètes
    Et les femmes voudront s’accoupler avec nous
    Sur la toison d’or clair dont nous ferons conquête
    Et les hommes voudront nous baiser les genoux.

    Ah ! la jonque est chinoise et grecque la trirème
    Mais la vague est la même a l’orient comme au nord
    Et le vent colporteur des horizons extrêmes
    Regarde peu la voile où s’asseoit son essor.

    Ils avaient pour esquif une vieille gabarre
    Dont le bois merveilleux énonçait des oracles.
    Pour y entrer la mer ne trouvait pas d’obstacle
    Premier monta Jason s’assit et tint la barre.

    Mais Orphée sur la lyre attestait les augures ;
    Corneilles et corbeaux hurlant rauque leur peine
    De l’ombre de leur vol rayaient les sarcophages
    Endormis au lointain de l’Égypte sereine.

    J’endormirai pour vous le dragon vulgivague
    Pour prendre la toison du bouc licornéen.
    J’ai gardé de jadis une fleur d’oranger
    Et mon doigt portera l’hyménéenne bague.

    Mais la seule toison traînée par un quadrige
    Servait de paillasson dans les cieux impudiques
    A des cyclopes nus couleur de prune et de cerise
    Hors nul d’entre eux ,ne vit le symbole ironique.

    — Oh ! les flots choqueront des arètes humaines
    Les tibias des titans sont des ocarinas
    Dans l’orphéon joyeux des stridentes sirènes
    Mais nous mangerons l’or des juteux ananas.

    Car nous incarnerons nos rêves mirifiques
    Qu’importe que Phœbus se plonge sous les flots
    Des rythmes vont surgir ô Vénus Atlantique
    De la mer pour chanter la gloire des héros.
     
    Ils mangèrent chacun deux biscuits moisissants
    Et l’un d’eux psalmodia des chansons de Calabre
    Qui suscitent la nuit les blêmes revenants
    Et la danse macabre aux danseurs doux et glabres.

    Ils revinrent chantant des hymnes obsolètes
    Les femmes entr’ouvrant l’aisselle savoureuse
    Sur la toison d’or clair s’offraient à leur conquête
    Les maris présentaient de tremblantes requêtes
    Et les enfants baisaient leurs sandales poudreuses.

    — Nous vous ferons pareils au vieil Israélite
    Qui menait sa nation par les mers spleenétiques
    Et les Juifs qui verront vos cornes symboliques
    Citant Genèse et Décalogue et Pentateuque
    Viendront vous demander le sens secret des rites.

    Alors sans gouvernail sans rameurs et sans voiles
    La nef Argo partit au fil des aventures
    Vers la toison lointaine et chaude dont les poils
    Traînaient sur l’horizon linéaire et roussi.

    — Va-t-en, va-t-en, va-t-en qu’un peuple ne t’entraîne
    Qui voudrait le goujat, fellateur clandestin
    Au phallus de la vie collant sa bouche blême
    Fût-ce de jours honteux prolonger son destin !

     

    A demain !