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Oh Océane - Page 24

  • Printemps des Poètes - Anna Akhmatova

    Le Printemps des Poètes 2015 fait belle place cette année à l’idée de l’insurrection poétique. Et ça me plait ! Car combien de fois j’ai entendu « à quoi sert la poésie » « à rien » « les poètes sont de doux rêveurs » etc…

    La poésie et les poètes ne sont pas (que) de doux rêveurs sans idée de la vraie vie. L’histoire porte assez d’exemple de poètes résistants, combattants, qui avec leurs mots, et puis leur propre personne, se sont donné à la cause qu’ils croyaient juste.

    Parmi mes poètes favoris, il y a Paul Éluard, Vladimir Maïakovski, Robert Desnos, Anna Akhmatova, autant de poètes qui ont porté la plume dans le sang du réel.

    Quelques jours par an pour se rappeler d’eux n’est pas de trop :)

    Aujourd’hui je vous propose quelques vers de Anna Akhmatova, poétesse russe qui a croisé la route d’autres génies de son temps. Ce qui nous vaut quelques beaux portraits d’elle par Modigliani par exemple. Son style est significatif du courant acméiste, c'est-à-dire qu’il se concentre sur le quotidien, le réel, abandonnant les fioritures inutiles au profit de la précision et de la lucidité.

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    Anna Akhmatova par Nathan Altman

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    Deux portraits par Modigliani

     

    Quatrième élégie

     

    Nos souvenirs connaissent trois périodes.

    Dans la première, tout est comme hier,

    L’âme se plaît sous leurs voûtes bénies,

    Le corps se plaît dans leur ombre propice

    Le rire vit encore, les larmes coulent,

    La tache d'encre est encore sur la table -

    Et ce baiser comme un sceau sur le cœur,

    Unique inoubliable, baiser d'adieu…

    Mais cette période n'est pas très longue.

    Au lieu de voûtes bénies, une maison

    Solitaire dans un lointain faubourg,

    Où il fait froid l'hiver et chaud l'été,

    Où la poussière et l'araignée s'étalent,

    Où les lettres brûlantes en cendres tombent

    Et les portraits s'altèrent en cachette.

    On y va comme on va sur les tombes,

    En rentrant on se lave les mains,

    En essuyant une larme fugace

    Des yeux lassés, avec un lourd soupir…

    Mais l'horloge tictaque, les printemps

    Se suivent sans répit, le ciel rosit ;

    Le nom des villes eux-mêmes changent, et

    S’en vont les témoins des événements.

    Qui va pleurer, qui va se souvenir

    Et lentement nous abandonnent les ombres

    Que nous n'appelons plus, dont le retour

    Nous aurait même été effrayant.

    Soudain éveillés, nous constatons que nous avons oublié jusqu'au chemin

    De cette maison. Étouffant de honte,

    Nous y courons, mais (comme dans tous les rêves)

    Tout a changé : êtres, choses, murs -

    Nous sommes étrangers. On nous ignore ;

    Ailleurs, nous sommes ailleurs… seigneur Dieu !

    Puis vient le plus terrible : nous voyons

    Que nous ne pourrions mettre ce passé

    Dans notre vie présente, et qu'il est

    Devenu aussi étranger pour nous

    Que pour notre voisin de palier ; que

    Nous ne saurions reconnaître nos morts

    Et que ceux dont le sort nous sépara

    S’en accommodent parfaitement. Et même

    Que tout est pour le mieux…

     

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  • L'amitié, et Pierre Lapointe

    Le 10 février dernier, je suis allée voir Pierre Lapointe en concert. Sur un coup de tête presque. Je sors peu, depuis quelques années, par choix, par contrainte, je ne sais pas trop, juste le fait est qu’après mes soucis de santé (bouh la litote qui ne s’assume pas..) ; donc juste après, j’ai préféré rester un temps en dehors du monde. C’est fou comme c’est confortable, et comme on en fait vite une habitude. Tout ça pour dire que je ne sortais plus trop, jusqu’à l’an dernier, ou l’année d’avant encore peut-être. Je vois des gens, au travail, enfin avant que je ne le quitte, à l’école, dans la rue, mais finalement, je reste toujours à distance. J’aime bien rester à distance. Non pas que je n’aime pas les gens, mais (ne riez pas) ils me font peur « les gens ». Je suppose que quand il arrive un truc pénible dans sa vie, on préfère garder ses distances avec « les gens », un temps du moins. Et ce temps là a cessé. Mais pour autant, aller vers les autres reste une grande aventure (un peu comme Koh Lanta mais sans les trucs dégueu à manger, ni les activités sportives)

    J’exagère un peu, non ? Non. C’est une question de peur, de sentiments, de protection de son petit cœur fragile. Je crois que j’ai eu bien plus de dépits amicaux, qu’amoureux. J’ai plus souvent été « jetée » comme amie, que comme petite amie. Que faut-il en penser ? Je ne dois pas être douée pour l’amitié :) malheur aux timides !

    Bon, j’étais censée parler de Pierre Lapointe : concert du dix février, au Trianon, merveilleux concert, sur le thème de Paris Tristesse, car oui être triste à Paris c’est glamour, dixit Pierre Lapointe. J’ai adoré retrouver son répertoire de chansons tristes et déprimantes. D’autant plus que Pierre Lapointe a un humour extraordinaire et une présence sur scène merveilleuse. Du coup, entre chaque chanson triste c’était un véritable stand up. Oh oui c’était bien.

    Et c’était encore mieux que bien, car j’y étais en compagnie d’une personne que j’aime beaucoup, une femme incroyable de gentillesse, que j’admire car elle est belle et intelligente et généreuse. J’aimerai être son amie, mais je crois que je ne suis pas assez intéressante pour ça. Les gens que j’aime bien m’intimident, et je deviens nerveuse, alors je raconte des idioties, des niaiseries sans nom. Je deviens terne et passable. Triste et paradoxale.

    Mais ce n’est pas grave, je me redis les paroles de Pierre Lapointe :

    « Non ce n'est sûrement pas de briller
    Qui nous empêchera de tomber
    Non, ce n'est sûrement pas de tomber
    Qui nous empêchera de rêver »

     

    N’oubliez pas de rêver.

     

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  • Fannie et Freddie - Marcus Malte

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    Le récit s’ouvre sur une femme, Fannie, qui se fait belle, dans l’attente de retrouver l’autre. Fannie, jeune femme pas vraiment belle, à la posture si raide qu’on l’appelle Minerve, se prépare pour un rendez-vous important.

    C’est Freddie, jeune banquier new-yorkais, qu’elle attend, pour qui elle a fait tous ces préparatifs. Mais le rendez-vous n’aura pas lieu dans un de ces chics bars prisés des jeunes yuppies. Non. Fannie et Freddie ont rendez-vous avec leur destin, avec l’amertume et la tristesse d’une maison vidée, dans une banlieue dépossédée de ses âmes par l’âpreté criminelle des banquiers.

    A la première page on pourrait penser qu’il s’agira d’un récit d’amour, d’une femme à un homme, Fannie et Freddie. Mais on rentre dans un récit de haine, sur fond de Fannie Mae et Freddie Mac, géants américains du crédit, acteurs pas les plus innocents de la crise des subprimes.

    Fannie a vu son monde s’effondrer, son monde et la vie de ses parents, sous l’impulsion des banquiers escrocs, prêteurs, expropriateurs et assassins. Alors Fannie cherche le compagnon idéal, celui qui sera son exact compagnon, son Freddie.

    C’est un récit court, intense, tendu comme un arc et qui vient se ficher au cœur de la cible. Récit d’une époque tordue, qui ne peut engendrer que des solutions tordues à des situations tordues. L’incompréhension de Freddie, dans ce qui lui arrive, reflète l’inconscience de ces gens dans des bureaux, qui gomment des lignes, efface des vies d’un coup de crayon, et ne comprennent pas où est le problème.

    Je ne connaissais pas Marcus Malte, j’ai fait là une découverte précieuse pour la lectrice que je suis, et pour la citoyenne aussi.

     

    Tip du jour →

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  • Richard III - Théâtre de Belleville

    MON ROYAUME POUR UN CHEVAL !

    Tout le monde connaît cette tirade : maintenant vous savez qu’elle vient de Richard III, de l’ineffable Will Shakespeare.

    Paris regorge de tentations théâtrales, en voici une à laquelle il faut céder, et vite, car la dernière représentation se donnera le 8 mars prochain.

    Richard III est une des pièces les plus folles de Shakespeare, qui raconte la tyrannie fait homme, la folie sanguinaire, l’avidité du pouvoir. Une folie qui assassine tout sur son passage : la famille n’est jamais qu’un obstacle qu’il faut supprimer.

    Le théâtre de Belleville nous offre un Richard III d’anthologie dans une mise en scène de Margaux Eskenazi.

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    J’ai assisté à une tornade, véritablement. Les acteurs campent magistralement la folie, l’incendie des âmes.

    J’ai adoré ce qui pouvait sembler être un bordel organisé, un maelstrom. Et le choix des costumes accentuait la folie de bête qui s’empare des hommes. C’est une mise en scène très « organique », à hauteur de la sauvagerie calculatrice de Richard III. J’avoue être tombée sous le charme de Idir Chender, l’acteur qui campe un Richard III aux multiples facettes, roublard, enjôleur, cruel, voire sadique, et puis charmant, et menteur, et désespéré.

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    Bon, si vous n’êtes pas loin de Paris, ou que vos pas vous y mènent quelquefois, faites un tour jusque Belleville, quartier très chouette à visiter, et prenez place dans son théâtre pour un moment unique et fou !

    Richard III – Théâtre de Belleville – jusqu’au 08 mars 2015

    Avec Eva Rami, Idir Chender, Laurent Deve, Jean Pavageau, Alice Pehlivanyan, Nelson-Rafaell Madel
    Mise en scène de Margaux Eskenazi

    Ce spectacle vient à point s'intégrer dans le challenge Shakespeare de Claudialucia :

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