21.02.2011
Il est doux de se croire malheureux, quand on n'est que vide et ennuyé
C’est la révolution en Tunisie, et moi je revenais tout juste d’un voyage au pays Irrépressible de la Réalité Linéaire. C’était chiant. Les tunisiens déboulonnaient Ben Ali et je me triturais le ciboulot pour savoir pourquoi quoi qui où en vain, la réponse n’existe pas. Ou alors quelqu’un me la donnera au soir où mes yeux se cloront pour toujours. Les tunisiens révolutionnaient dans le jasmin (parait-il) et moi je ne pensais qu’à Chergui de Serge Lutens. Mon flacon était tombé de la table, d’assez haut pour se briser, mon cœur avec, et l’odeur chaude et envoutante de se répandre dans la pièce. Elle ne la quitte pas. Mon cœur se brise encore à chaque fois que je pénètre l’endroit. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait la tristesse. Pourquoi les larmes montent-elle quand je respire ce parfum ? Ce n’est pas le flacon que je regrette, rien qui ne soit remplaçable. Mais l’avoir laissé tomber, se briser à mes pieds, sentir ce parfum me monter à la tête… C’est comme si je ne pouvais rien tenir entre mes mains, rien faire qui soit un peu solide. Un cœur se brise pour un peu trop de parfum versé. L’odeur persistante vient réchauffer la moquette, les murs, un coussin… Je m’allonge sur le lit, le coussin contre moi, et je revois tout ce qui m’a échappé, des mains, de ma vie, de mes pensées. Tout n’est que fuite, et moi je reste statique.
C’est la Révolution en Égypte et moi je comble le vide de « quoi » en accumulant des dessins idiots sur des carnets de toutes les couleurs. Un pantone d’émotions, de questions, finalement aussi brumeux qu’un arc-en-ciel raté…Un dictateur s’en va, un autre lui succèdera, une certitude presque rassurante, qui donne un repère, un point d’ancrage. Quelque chose contre lequel s’élever. Que vais-je devenir si la liberté des peuples m’enlève les motifs de mes indignations, les raisons de rester encore debout, pour se battre de loin contre des tyrans anonymes à mon vrai monde. Que me reste-t-il encore, sinon cet égotisme de petite fille qui crie, qui exige qu’on lui laisse son jouet, son dictateur à honnir. Les tyrans tombent en Égypte et je peux inscrire dans le carnet bleu marine numéro trois, qu’une journée encore s’est passée sans que je me libère de ma hargne égoïste à vouloir dominer tout et tous, juste pour ne plus avoir peur. Juste pour voir au travers de ma boite.
C’est la révolution en Libye, et le hasard, toujours ironique, moqueur, insultant presque, me fait tomber dans un désir de dunes, de sable, de vide infini. Un vide où il n’y aurait que moi, un carnet, le jaune numéro deux, celui des désirs cachés. Un carnet où je pourrais noter ce qui dans ce désert me manque vraiment. Le vide se comble par le vide. Curieux, mais c’est comme ça. Un chef d’Etat en bout de course fait tirer sur la foule et je pense au désert si tranquille. Je suis absente de ma propre vie, je regarde celle des autres, je l’envie et la méprise tout en même temps. Je sais que si l’on me donne ce bout de désert, je saurais voir plus clair, comme si la toile de fond de mon existence s’y animait…Les carnets, c’est comme les déserts et la vie, ils ne se remplissent que de soi.
Rêver et vivre, c’est la même chose, sauf que rêver fait moins mal.

***le titre est d'Alfred de Musset.
Tweet23:27 Écrit par Océane dans Des fois je réfléchis, ça fait mal au crâne, Fatrasie | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : révolution, serge lutens, chergui, tunisie, egypte, jasmin, vide, désert |
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16.04.2010
Orange County
Prendre un fruit rond entre ses mains, l'éplucher, voir les spores éclater en mille gouttelettes, au parfum reconnaissable entre tous : manger une orange en hiver.
Remuer la pâte à crêpes et verser une cuillère d'eau de fleur d'oranger, avec ma grand-mère qui surveille du coin de l'œil.
Lire un poème, la Terre y est bleue comme une orange, et chercher à comprendre un peu, puis juste se laisser porter par la beauté des mots.
Attendre son amoureux et mettre un peu de Fleur d'Oranger de Serge Lutens au creux des poignets, là où Il les embrassera.
Le orange est une couleur, une odeur, un gout, c'est une sensation unique, la couleur ultime.
C'est la couleur qu'a choisi pour moi Chrys, qui s'y connaît en sensations de toutes sortes !
Le orange est une couleur qui attire mon œil et tout mes sens.
J'aime me vêtir de cette couleur, elle me rend de bonne humeur !
J'aime boire de cette couleur : le thé des Moines m'avait d'abord attiré par cette jolie boite orangée.
J'aime écrire dans des cahiers orange : je consacre ceux-là à mes élucubrations préférées.
J'aime lire Christopher Buckley, découvert la première fois grâce à la couverture éclatante de ce roman !
Une satyre du système médiatico-politque américain, un régal à lire !
On termine avec un poème d' Alfred de Musset ?
Madrid
Madrid, princesse des Espagnes,
Il court par tes mille campagnes
Bien des yeux bleus, bien des yeux noirs.
La blanche ville aux sérénades,
Il passe par tes promenades
Bien des petits pieds tous les soirs.
Madrid, quand tes taureaux bondissent,
Bien des mains blanches applaudissent,
Bien des écharpes sont en jeux.
Par tes belles nuits étoilées,
Bien des senoras long voilées
Descendent tes escaliers bleus.
Madrid, Madrid, moi, je me raille
De tes dames à fine taille
Qui chaussent l'escarpin étroit ;
Car j'en sais une par le monde
Que jamais ni brune ni blonde
N'ont valu le bout de son doigt !
J'en sais une, et certes la duègne
Qui la surveille et qui la peigne
N'ouvre sa fenêtre qu'à moi ;
Certes, qui veut qu'on le redresse,
N'a qu'à l'approcher à la messe,
Fût-ce l'archevêque ou le roi.
Car c'est ma princesse andalouse !
Mon amoureuse ! ma jalouse !
Ma belle veuve au long réseau !
C'est un vrai démon ! c'est un ange !
Elle est jaune, comme une orange,
Elle est vive comme un oiseau !
Oh ! quand sur ma bouche idolâtre
Elle se pâme, la folâtre,
Il faut voir, dans nos grands combats,
Ce corps si souple et si fragile,
Ainsi qu'une couleuvre agile,
Fuir et glisser entre mes bras !
Or si d'aventure on s'enquête
Qui m'a valu telle conquête,
C'est l'allure de mon cheval,
Un compliment sur sa mantille,
Puis des bonbons à la vanille
Par un beau soir de carnaval.
Tweet09:48 Écrit par Océane dans Bavardages, Food, Fringues, La musique, Les livres, Tagg attaque ! | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : thé des moines, épisode, christopher buckley, petit bâteau, serge lutens |
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23.07.2009
Liz Taylor, le snobisme et moi
Continuons un peu la quête de nos hypothétiques lectures d’été.
Today, a British Author, avec des majuscules s’il-vous plait: William Makepeace Thackeray. Même que ce n’est pas n’importe qui. Et ce n’est pas parce qu’il m’a sauvé la mise à mon oral d’anglais du bac que j’en parle. Non, non.
Comme nous l’apprend Frère Wikipédia, Thackeray a écrit entre autre les Mémoires de Barry Lyndon, ouvrage adapté fabuleusement au cinéma par le fabuleux Stanley Kubrick (oui je suis snob, je trouve Kubrick fa-bu-leux), et vous me connaissez, je suis affublée de nombreuses manies. Une de ces manies c’est de décrypter le générique des films vus, et de me jeter sur le bouquin dont il peut éventuellement être tiré.
C’est ainsi que je fis la connaissance de cet écrivain aussi indispensable à une bonne éducation, qu’un petit voyage en Brittanie (note- là une subtile allusion au concours de Manu, que tu es convié à enrichir de ton vote en faveur de 3 augustes participants de ton choix, dont moi si possible, sinon ta race passe ton chemin malotru, tu ne mérites pas de lire la suite) amen.
Et Vanity Fair tu connais ? Ce n’est pas qu’une (géniale) revue, avec de sublimes séries photos :



Vanity Fair c’est aussi et surtout un roman de Thackeray, tournant autour des aventures de deux jeunes amies de pensionnat, l’une aussi intrigante que l’autre est naïve.
Si tu aimes l’humour, le cynisme, reste ici. Les deux titres dont on va parler méritent ton attention.
D’abord le Livre des Snobs (par l’un d’entre eux) : c’est un portrait au vitriol de la société contemporaine, comme ils disent dans les pages livres du Monde.
Thackeray décrit le snobisme comme « le travers qui consiste à vouloir paraître plus que ce qu’on est […] ». Tu penses que ça m’a parlé, moi pour qui ai comme leitmotiv les équations suivantes :
Parfum = Frédéric Malle ou Serge Lutens
Foulard = Hermes
Maroquinier = Maison Goyard ou Bottega Veneta
Vestiaire = Céline ou Hermes, what else ? Suggestion de la Banque: H&M…
Thé = Mariage Frères
Et on peut continuer ad libitum. Je paierais volontiers un tueur en série pour débarrasser la place de Paris de Guillaume Musso, Marc Lévy et Anna Gavalda. Le marché du disque se porterait mieux si on me demandait mon avis avant de lancer un artiste, tu ne crois pas ?
Je pourrais ne me faire couper les cheveux que à sec chez Massato, ou ne me chausser que sur mesure chez Massaro : ne fais pas l’inverse, il pourrait t’en cuire ^^ !
Mais pire que tout, j’ai cet affreux snobisme de succomber aux travers que je dénonce, au prétexte que je suis très second degré, ou que j’expérimente…Bref je suis aussi de très mauvaise foi. Mais que celui qui n’a jamais acheté un CD de Britney Spears me lance ses souliers Roger Vivier (taille 39 si possible, merci) la première pierre.
Tu vois que Thackeray (fait chier à écrire son nom, trop compliqué), appelons-le Will, Will donc, a trouvé une fois de plus un chemin direct vers mes perversions les plus enfouies.
Ses descriptions des mœurs des baronnes, duchesses et autres comtes, la dissection de l’étiquette, les soirées en ville ou à la campagne, tout est prétexte à une plume drôle et acide ! Et mon Dieu, essayez de faire des parallèles avec nos propres contemporains, vous verrez que je ne suis pas la pire !
L’autre petit recueil, c’est « Ivanhoé à la rescousse ».
Tu connais certainement le très beau roman Ivanhoé de Walter Scott ? Sinon, vas-y les yeux fermés : juste tu les rouvre pour lire les pages avec les mots dedans. Et si t’es pas une feignasse, mais un être sensible épris de beauté et de connaissance, tu peux même voir le film de Richard Thorpe, avec notamment la sublime (et encore je modère mon enthousiasme) Elizabeth Taylor :

Ici Will, il nous explose l’histoire : Ivanhoé se fait grave ièch à la maison avec cette gourdasse de Rowena (jouée par la blonde Joan Crawford, en concurrence avec la bellissime Liz Taylor) et il se dit que quand même merde, Rebecca (Aka Liz the one and only), c’était peut-être une meilleure opportunité, moins blonde, plus brune, plus piquante, (comme moi quoi) un meilleur coup en somme.


Ni une ni deux, Ivanhoé, cet inconstant indécis (un homme si tu préfère…) se lance en croisade sous le prétexte fallacieux d’aider Richard Cœur de Lion (comme le camembert) alors qu’en fait c’est pour rattraper le coup avec Rebecca, voire même pour la récupérer, tous les mêmes je vous dis !
Will s’approprie vraiment l’œuvre de Walter Scott et la réinvente sans la dénaturer. Et je ne te cache pas que depuis des années je souffrais en silence du choix marital d’Ivanhoé, te dire si cette réécriture m’a bien fait plaisir !
Alors tu te lances ??
Après on parle polar anglais si tu veux bien !
Tweet20:17 Écrit par Océane dans Les films, Les livres | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : liz taylor, joan craowford, ivanhoé, frederic malle, serge lutens, snobism, vanity fair, william thackeray, massaro, massato, roger vivier, saint louis goyard, bottega veneta |
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28.01.2009
Un parfum d'ailleurs
Un billet de Camille La It-Girl au sujet d'un parfum qui la fait rêver depuis longtemps, m'a donné l'envie de vous parler de mon parfumeur préféré: Serge Lutens.
Comme la plupart de mes objets ou lieux préférés ce fût une découverte liée au hasard.
Au gré d'une promenade dans la boutique Marionnaud de Nantes, j'ai découvert en bas des étagères, tout en bas, un flacon de parfum esseulé, qui ne payait pas de mine, par la simplicité de ses lignes et la sobriété du packaging.
Je me parfumais un peu, et c'est ainsi que je suis tombée instantanément amoureuse (oui) de Datura Noir: mon tout premier Serge Lutens!
Aprés Datura Noir, ce fût Ambre Sultan, A la nuit, Sa majesté la rose, Chypre Rouge, Arabie, Chergui, Fleur d'oranger... Je ne peux les citer tous!
D'autant que ce cher Monsieur Lutens crée chaque saison une, voire plusieurs senteurs ponctuelles.
Tweet08:00 Écrit par Océane dans Dans mon miroir | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : serge lutens |
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