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poésie - Page 5

  • Pourquoi lire Adonis ? Avent Littéraire #2

    Chaque année, au moment des distinctions du Prix Nobel, je me prends à espérer que enfin, après tant d’attente, l’académie suédoise reconnaitra à la face du monde le talent de mon cher Adonis. Je crois qu’un des premiers billets « littéraires » qui m’ait été inspiré en ces lieux, fut à la suite d’un échec d’Adonis, une année où il tenait bon la corde. Mais las, un autre fut choisi. Une fois de plus. Souvent pressenti au Nobel, Adonis est pourtant un poète peu connu en France, en tout cas de ce que je peux en voir.

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    Pourquoi ce nom d’abord ? Adonis est né en Syrie, et a voué très jeune sa vie à l’écriture, essuyant d’abord refus d’éditions et silence. Se rappelant la légende du dieu Adonis, celui qui meurt dévoré par des bêtes, et qui va renaitre des larmes d’Aphrodite, sous la forme de l’anémone, notre poète va tourner la page de ces échecs, mourir à son ancien Je et renaitre en Adonis le poète. En guise de fleurs, ce seront des poèmes solaires, des vers d’amour destiné à une terre sans frontières, à un espace qui est dessiné par le vent et par les mots. Des mots d’amour envoyé à ce frère, cette sœur que nous devrions reconnaître dans chaque visage humain croisé dans nos vies.

    Car malgré les guerres qui traversent le Moyen-Orient, la Syrie de sa naissance, le Liban de son adoption, Adonis propage dans ses vers l’éternel appel à la fraternité et à l’amour.

    Quand je le lis, je pense à un vagabond amoureux, qui va de ville en ville prêcher sa bonne parole, et répandre l’amour. Qu’il parle des femmes ou des villes, Adonis nous porte dans un songe éveillé.

    Avec une goutte d'ennui
    je comble à chaque instant
    un lac d'espérance

    Mais comme tout bon poète, il sait que son œuvre est un prolongement de la réalité, de l’existence vécu, et non simplement un fantasme en mots. Et le lecteur le ressent parfaitement, qu’il parle d’une blessure amoureuse ou de la fierté d’un peuple. Et c’est peut-être au nom de cet ancrage qu’Adonis nous a offert également quelques essais, dont un dernier livre d’entretien, au sujet de l’Islam et de la violence. Un sujet dont l’actualité nous a tous sonné il y a peu. Je ne l’ai pas encore lu, donc je n’en parlerai pas précisément ce jour, mais il semble faire un constat implacable, sur l’imprégnation mortifère de la religion sur les civilisations arabes, et il propose quelques pistes pour en sortir, notamment une séparation du clergé et du politique. J’ai donc hâte de le lire, afin de comprendre un peu plus les secousses que nous vivons.

    Voilà, d’une rive à l’autre, Adonis trace des chemins : à nous de les emprunter.

     

    Mémoire d’un Tyran :

    Épi par épi,
    N’en laissez aucun…
    Cette moisson est notre paradis retrouvé,
    Notre pays à venir.

    Déchirez les cœurs avant les poitrines,
    Arrachez les racines,
    Changez cette glèbe
    Qui les a portés.
    Effacez un temps, qui a narré leur histoire,
    Effacez un ciel qui s’est incliné sur eux,
    Épi par épi,

    Afin que la terre revienne
    À son état premier…

    Épi par épi…

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    A demain pour une autre case de mon calendrier de l'Avent.

     

     

     

  • Pourquoi lire Dan Fante (indice : parce que c'est beau) Avent Littéraire #1

    À l’occasion de cette reprise d’écriture sur le blog, j’avais envie de partager avec vous des lectures, de cet été, puis de l’automne, et puis s’est imposé l’idée de simplement partager chaque jour de l’Avent un auteur que j’apprécie particulièrement.

    La semaine dernière, Dan Fante nous a quitté, au terme d’une vie entre lumière et bas-fonds. J’aime les auteurs qui écrivent avec leur sang, si j’ose cette métaphore un peu bas de gamme. Mais le fait est que les mots de Dan Fante nous plongent dans un univers de misère, d’alcool, de fuites et d’errances lunatiques. Dan Fante s’est placé sous le parrainage de trois grands auteurs : son père John Fante, Hubert Selby Jr et Charles Bukowski. J’ai souvent mis en parallèle Selby et Dan Fante, dans mon paradis personnel, tant ils me renvoient chacun une image à la fois solaire et violemment sombre de l’Amérique.

    J’arrête là les comparaisons oiseuses, le plus important c’est de lire, n’est-ce pas ?

    Alors pour cette première case d’Avent littéraire, j’aimerai relire avec vous ces quelques vers de Dan Fante :

     

    Pendant des années
    j'ai versé du bourbon dans ma tête
    pour tuer les voix

    Mais vint le temps où j'ai dû lâcher la gnôle
    ou rendre mon passeport

    Des jours ca allait si mal
    que je devais remballer mes affaires dès le matin
    dire que j'étais malade
    et quitter mon poste de télé-vendeur
    trente secondes avant de tuer quelqu'un

    Je passais prendre deux Big Mac et louer deux pornos
    je rentrais
    tirais les rideaux
    et me branlais dans du steak haché
    pour étouffer le bruit

    Il me fallait des heures de télé et des romans de 800 pages sans
    répondre au téléphone
    pendant des jours
    sans me raser ni laver une assiette
    ni changer de slip
    juste pour garde la tête hors de l'eau

    Aujourd'hui
    je vais mieux

    j'ai changé pour Burger King

     

             

    Dan fante 2.jpg

     
    A la fin il y en a marre
    d'expliquer

    les gens te voient comme tu es ou pas

    pourquoi se crever à décrire le brouillard sur Venice
    ou la passion des sublimes Chevrolet 1957
    -ça intéresse qui?-
    soit tu es branché brouillard et Chevrolet soit pas

    Pour moi, la magie tient à la vie elle-même
    au cadeau immérité
    d'être ici présent
    de foncer tête baissée contre les murs
    ou assis dans un fauteuil à m'extasier sur l'origine du souffle

    La vie est improvisation - du théâtre - avec billet de faveur -
    imprévisible
    horrible
    grotesque
    absurde
    brutale
    précieuse
    et
    romantique

    une aventure

    Je sais que je ne vaux pas cher - mais je suis ce que je pense

     

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    (Tatouage de Dan Fante en hommage à son frère)

    Les Poèmes et récits de Dan Fante sont disponibles en poche chez Point et 10/18.

    À demain pour la suite.

     

  • Booz Endormi

    Je profite du challenge Victor Hugo, initié par Claudialucia, pour partager avec vous un poème de Victor Hugo: Booz Endormi, tiré de l’incroyablement belle Légende des Siècles.

    Il est particulier, ce poème. Bon, c'est Victor Hugo, donc forcément c'est géant et puissant, mais c'est aussi facétieux !

    Et sinon, vous, tout va bien ?

     

     

     

    Chellenge Hugo.jpg

     

    Booz s'était couché de fatigue accablé ;
    Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
    Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
    Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

    Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;
    Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
    Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;
    Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.


    Sa barbe était d’argent comme un ruisseau d’avril.
    Sa gerbe n’était point avare ni haineuse ;
    Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse ;
    « Laissez tomber exprès des épis, » disait-il.

    Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
    Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
    Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
    Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

    Booz était bon maître et fidèle parent ;
    Il était généreux, quoiqu’il fût économe ;
    Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,
    Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

    Le vieillard, qui revient vers la source première,
    Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
    Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens.
    Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière.

    *
     
    Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens.

    Près des meules, qu’on eût prises pour des décombres,

    Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
    Et ceci se passait dans des temps très-anciens.

    Les tribus d’Israël avaient pour chef un juge ;
    La terre, où l’homme errait sous la tente, inquiet
    Des empreintes de pieds de géants qu’il voyait,
    Était encor mouillée et molle du déluge.

    *
     
    Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
    Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ,
    Or, la porte du ciel s’étant entre-bâillée
    Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

    Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
    Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu ;
    Une race y montait comme une longue chaîne ;
    Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu.

    Et Booz murmurait avec la voix de l’âme
    « Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
    Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt.
    Et je n’ai pas de fils, et je n’ai plus de femme.

     » Voilà longtemps que celle avec qui j’ai dormi,
    Ô Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
    Et nous sommes encor tout mêlés l’un à l’autre,
    Elle à demi vivante et moi mort à demi.
     

    » Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
    Comment se pourrait-il que j’eusse des enfants ?
    Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
    Le jour sort de la nuit comme d’une victoire ;

     » Mais, vieux, on tremble ainsi qu’à l’hiver le bouleau ;
    Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe.
    Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
    Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l’eau. »

    Ainsi parlait Booz dans le rêve et l’extase.
    Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
    Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
    Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

    *
     
    Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite,
    S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
    Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
    Quand viendrait du réveil la lumière subite.

    Booz ne savait point qu’une femme était là.
    Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle.
    Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ;
    Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

    L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
    Les anges y volaient sans doute obscurément.
    Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
    Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

    La respiration de Booz qui dormait,
    Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
    On était dans le mois où la nature est douce,
    Les collines ayant des lys sur leur sommet.

    Ruth songeait et Booz dormait ; l’herbe était noire ;
    Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
    Une immense bonté tombait du firmament ;
    C’était l’heure tranquille où les lions vont boire.


    Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
    Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
    Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre
    Brillait à l’occident, et Ruth se demandait,

    Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,
    Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
    Avait, en s’en allant, négligemment jeté
    Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

  • Maurice Maeterlinck - Une petite pincée pour commencer

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    Tous les prétextes sont bons pour parler poésie, et suite à un billet chez Keisha, j’ai eu vent du Mois Belge, instauré pour ce mois d’avril par Anne et Mina. Alors j’ai eu envie de participer, en rappelant à notre bon souvenir mon cher Maurice Maeterlinck, auteur dont j’apprécie particulièrement la poésie.

    On reparle de cet auteur très vite, en attendant, un poème que j'aime relire.

     

    Serre chaude

    Ô serre au milieu des forêts !
    Et vos portes à jamais closes !
    Et tout ce qu'il y a sous votre coupole !
    Et sous mon âme en vos analogies !

    Les pensées d'une princesse qui a faim,
    L'ennui d'un matelot dans le désert,
    Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables.

    Allez aux angles les plus tièdes !
    On dirait une femme évanouie un jour de moisson ;
    II y a des postillons dans la cour de l'hospice ;
    Au loin, passe un chasseur d'élans, devenu infirmier.

    Examinez au clair de lune !
    (Oh rien n'y est à sa place !)
    On dirait une folle devant les juges,
    Un navire de guerre à pleines voiles sur un canal,
    Des oiseaux de nuit sur des lys,
    Un glas vers midi,
    (Là-bas sous ces cloches !)
    Une étape de malades dans la prairie,
    Une odeur d'éther un jour de soleil.
    Mon Dieu ! mon Dieu ! quand aurons-nous la pluie,
    Et la neige et le vent dans la serre !

     

    Si vous souhaitez en savoir plus sur le Mois Belge, c’est chez Mina et Anne.mois-belge-logo-folon-sculpture.jpg

     

     

    Je vous souhaite un joli weekend de Pâques !

     

     

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