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souvenirs

  • Une école, une autre

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    Je marchais dans la rue et j’ai vu une enseigne Tang. Et j’ai pensé au tang. Une poudre orange, qu’on versait dans de l’eau pour obtenir une boisson bizarrement bonne et tellement chimique.  Ma mère rangeait le paquet dans un placard derrière la porte de la cuisine. Parfois, pendant la sieste, je filais en douce, en prendre un peu, à la cuillère. Ça piquait un peu je crois, c’était bon, interdit et sucré. Je n’en n’ai pas gouté depuis cette époque lointaine.

    Et puis, hier, en reposant mon flacon de Castelbajac, je me suis rappelé une autre odeur d’amande amère, celle de la colle Cléopâtre de mon enfance.

    L’école élémentaire où j’allais, je crois m’en souvenir. Je revois les couloirs et les étages. La cour, où je jouais à 1, 2,3, Soleil, courir et aller plaquer les mains contre le mur blanc juste à l’entrée du préau. Je me rappelle d’une petite bourse de tissu blanc, comme une minaudière. Qu’est ce que je pouvais mettre dedans ? Des trésors certainement. Je me souviens de ma déception quand je l’ai perdue…

    Je revois Marie-Hélène, qui dessinait si bien du haut de ses six ans. Ses dessins me fascinaient. Alors elle m’avait offert un petit cahier, aux pages blanches, dans lequel elle avait dessiné Bambi et Panpan entre autre. C’était mon premier carnet précieux…

    Parfois, je rêve de cette époque. Dans mon sommeil je retourne sur ces lieux, et je joue à l’élastique, à la corde… Je revois la petite bibliothèque de l’école où j’ai découvert le clan des 7, Alice Reporter et la collection de contes du monde de Nathan. Je n’allais pas en court de sport, alors je passais quelques heures fabuleuses à lire, tranquille…

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    Je me remémore ces souvenirs à la veille de la réunion d’entrée en CP de mon fils. Je me demande ce qu’il peut garder de ces années, quel monde imaginaire est le sien. J’aimerais qu’il traverse ses années dans l’insouciance et la joie, le jeu, l’émerveillement.

    C’est fou, près de six ans après, je n’en reviens pas d’être mère. 

  • La joie est en tout ; il faut savoir l'extraire

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    ...Confucius est un petit joyeux :)

     

    En un an on change, un peu, la façon de voir la vie, sur ce que l’on peut retirer de ce que l’on voyait comme des tares. Mais il y a des choses qui ne changent pas, comme je le disais hier, des avanies auxquelles on tient.

    Je ne suis pas fan de vacances, au sens courant du terme. Je n’aime pas travailler et je préférerais être rentière en mon palais, il va de soi, mais les loisirs, les vacances à dates données ce n’est pas ma tasse de thé. J’ai une notion très personnelle des vacances, un peu chiante aussi, un peu comme moi en fait, pénible et chiante : les vacances maintenant pour moi, c’est une pièce blanche, un lit, quelques bouquins, et l’absence du monde. Je crois que je supprimerais même la radio. Je me contenterais de mes films et séries préférés. Juste 15 jours, ça devrait aller. Mais là je rêve debout. Cette pièce blanche en dehors du monde n’existe pas.

    Alors je ferme les volets. Et je me rappelle les vacances d’avant…. Tu sais, je t’en avais déjà parlé….

     

     

    C'était pas l'année dernière
    c'était pas à Marienbad
    comment voulez-vous que je m'en rappelle
    à force de l'attendre
    je ne savais plus qui l' attendait
    Le temps est un traître de cape et d'épée
    qui vous glisse sa poudre d'oubli
    dans votre coca
    Faudrait pouvoir choisir son film
    j'n'avais plus qu'à me barricader
    dans la p'tite maison
    près du lac
    avec le canoë rose, à deux places
    qui flotterait, comme ça
    pour personne

    Fermer les volets
    et ne plus changer l'eau des fleurs
    oublier qui tu étais
    ne plus jamais avoir peur
    Se dire qu'on était pas
    vraiment faite pour le rôle

    Pleurer plus que le saule

    Plonger sous les draps
    et ne plus jamais remonter
    dormir sur le pont du galion
    qui s'est laissé couler
    parce qu'il t'a connu
    une de plus à t'aimer

    Le soleil essaie de se glisser
    par le store vénitien
    c'est pas lui qui m'f'ra lever
    je commençais une longue nuit
    j'ai pas l'intention de demander le réveil
    je regarde les photos qu'il à prise de moi
    j'en ai aucune de lui
    il s'est jamais laissé prendre
    Le vent fait grincer le canoë rose, à deux places
    Il servira, peut être, pour un autre film

     

    Dans la maison familiale des vacances tout le monde dort.

    Je suis allongée, dans la pénombre des volets clos, la douce torpeur de l'après midi, la sieste endormait toute la maisonnée dès 15h00.

    Plus jamais je ne ressentirai ce total abandon, l'absence de toute crainte, juste le bonheur d'être là.

    Quand on arrivait, ma première pensée était tournée vers ma grand-mère, et quelle que soit l'heure de notre arrivée, je courais vers la maison, vers ses bras, la chercher pour la ramener chez nous. Un lien très fort nous attachait toutes les deux. Je suis née en Algérie au milieu des années 70. Mon père était déjà parti vivre et travailler en France, mais ma mère ainsi que mon frère aîné et moi, nous étions restés dans notre petite ville de Kabylie, en attendant de le rejoindre. Alors ma grand-mère était très présente pour nous. Ça n'a jamais cessé jusqu'à sa mort, il y a 9 ans.

    Jusqu'à mes 18 ans, les vacances, ou au moins une bonne partie, c'était retrouver ce cadre familial et amical. Le soleil surtout. Tellement présent et chaud, il rythmait la journée.

    J'ai eu de très bons moments et de moins bons, mais la mémoire est sélective parfois, et ne retient que les joies passées.

    Je pourrais mettre encore quelques paragraphes pour te raconter cette époque formidable, mais pas aujourd'hui. Je n'ai pas l'inspiration. Je me rappelle encore pourquoi je ne revivrai plus ces moments. D'abord on grandit tous, on perd nos amis, ils s'éparpillent loin de l'îlot central du début. Et puis les gens meurent aussi. Parfois à tout jamais.

    Les vacances c'est l'enfance insouciante, les petits déjeuners bruyants, les départs agités pour la plage, les caprices pour une glace, une autre encore, la petite sortie en barque, pas trop loin du bord (j'étais peureuse...) Et puis surtout la Méditerranée. La crique à Bejaïa, avec seulement ma cousine, nos petits copains et moi, marcher sur les rochers glissants, les garçons qui plongent  la tête sous l'eau pour fanfaronner... Et le soleil qui tape sur l'eau bleue.

    L'après midi, reprendre le chemin de la maison pour la sieste, que je faisais toujours en écoutant la radio, RMC ou Alger Chaîne 3 la station francophone.

    Dans la pénombre l'atmosphère est unique : le véritable sens de la tranquillité est resté là, coincé à cette époque.

    Au bord du saule, comme dans la chanson de Viktor Lazlo, avec Lui. Mais il s'est jamais laissé prendre...

     

     

     

    Ceci est une petite participation au thème des vacances, évoqué par Maman@home !

  • Souffrir passe. Avoir souffert ne passe pas.

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    Je ne sais plus de qui est cette phrase, pardonnez moi...

     

    Nous sommes fin août, à quelques jours de la rentrée. J’en suis soulagée et heureuse. Vous aurez compris à mon manque d’entrain tout le mois de juillet et à ma langueur (pas monotone…) que les mois d’été sont pour moi des moments délicats. Pour de nombreuses raisons. J’ai du mal à l’expliquer vraiment, c’est un fatras dans ma tête, mais un fatras auquel je tiens.

    C’est étrange de s’avouer cela : qu’il y a des douleurs et des souvenirs presque trop intenses, auxquels on tient… Mais c’est ainsi. Le changement qui s’est un peu opéré en moi, heureusement, c’est que je sais dorénavant que je peux avancer et créer à nouveau, sans trahir ce qui a été.

    Alors voilà, je n’ai pas changé sinon en un an, et je remets des mots que je pensais très fort déjà l’an dernier…

     

    Où es-tu passé, mon passé
    Perdu dans les gorges de la Chiffa ?
    Le ruisseau oublie la guerre
    L'eau coule comme naguère
    Les enfants ne font plus de grimaces
    Ils dansent dans la vallée
    Ils oublient leur faim et leur race
    Ils jouent en liberté

    Où es-tu mon passé
    Si beau, si loin, si près ?
    Où es-tu passé mon passé
    Là-bas, ici ou à côté ?

    Les pique-niques en famille
    Les chapeaux de paille en pacotille
    Les tomates ruisselantes d'huile d'olive
    Les moustiques partaient sur l'autre rive
    C'était le temps de la puberté,
    Nous chassions les mauvaises pensées
    Les arbres nous tenaient à l'ombre
    Nos cœurs amoureux étaient sombres

    Où es-tu mon passé
    Si beau, si loin, si près ?
    Où es-tu passé mon passé
    Là-bas, ici ou à côté ?

    Où es-tu passé, mon passé
    Dans ce village de cyprès
    Où coule la source la plus belle ?
    Comme un oiseau, mon âme a pris ses ailes
    Pour monter là-haut dans le ciel bleu
    Rejoindre ce monde étrange de feu,
    Le jardin parfumé des artistes,
    Graver un nom de plus sur la liste

    Où es-tu mon passé
    Si beau, si loin, si près ?
    Où es-tu passé mon passé
    Là-bas, ici ou à côté ?

    Mon pays sent bon le jasmin
    J'aimerais y retourner demain
    Les fleurs ne sont plus arrosées
    La terre rouge s'est refermée !
    La guerre assassine les innocents,
    Les vieux, les femmes et les enfants
    Et le ruisseau de ma jeunesse,
    Léger, danse avec ivresse

    Où es-tu passé, mon passé ?
    Le soleil se couche derrière les orangers
    J'ai peur d'oublier mes souvenirs
    Non, non, il ne faut pas mourir !

    Paroles J-C Brialy / Musique P Amoyel

     

     

    Où es-tu passé mon passé ? C'est une question que je me pose quelquefois. La mémoire est  une obsession chez moi. Plus que la mémoire le regret de celle-ci. Je ne suis pas une personne particulièrement cafardeuse, mais je peux verser facilement dans  la mélancolie des souvenirs passés. J'aime la vie, le mouvement, l'idée que chaque nouveau jour offre un champ infini de possibilité. Mais je reste fidèle à ma mémoire et attachée à mon passé.

    Pour tout dire, j'ai du mal avec la fin : les souvenirs ce sont avant tout des choses qui se sont terminées, qui n'existent plus. On ne peut plus rattraper le passé, il est, comme dit la chanson, si loin et si près, et je ne peux le toucher.

    J'ai plus de 30 ans et cela fait bien 20 ans que j'attends de grandir, de devenir adulte. Plus petite, j'étais assez mystique, et je pensais qu'il viendrait un message d'on ne sais où, qui me dirait le moment venu, quoi faire, comment et pourquoi le faire. Et je prenais pas mal de choses au pied de la lettre. Je n'étais déjà pas très intelligente : je pensais que vers 18-20 ans, je deviendrais brusquement quelqu'un d'autre, une adulte portée vers son avenir, avec la maturité et la sérénité nécessaire à l'accomplissement de ce long chemin qu'est la vie.

    Mais non. Il n'y a jamais eu de message descendu des nuages, il n'y jamais eu cette transformation d'une enfant en une adulte accomplie. Il y a juste la même personne encore assez lucide pour comprendre que chaque moment qu'elle vivait, qui se terminait, était un morceau d'elle qui lui était arraché.

    Je n'aime pas le temps tel qu'on en a conscience, c'est-à-dire le temps linéaire, l'abscisse terne et trop simple. Je préfère m'accrocher à l'idée que le temps possède plusieurs dimensions. Je suis cataloguée comme littéraire (malgré mon amour des fautes d'orthographe...) mais les sciences physiques m'ont toujours attirés. L'étude de la physique est comme celle de la philosophie : un facteur essentiel de la construction de l'âme humaine.

    Le temps m'échappe, il file entre mes doigts, et ce qui est passé ne reviendra jamais. J'ai cherché des moyens de me rassurer, de trouver des réponses qui me conviennent. La lecture physique du temps que j'ai pu découvrir chez Einstein, Minkowski ou Planck a pu me donner un peu d'espoir d'un point de vue théorique, mais il n'en restait pas moins que le passé ne revient pas car je ne sais pas dépasser cette dimension linéaire. J'ai longtemps crû qu'en les lisant bien et consciencieusement, je pourrais comprendre ce que ces physiciens démontraient, et alors je serais assez maligne pour sauter dans une autre dimension du temps : quand je vous dis que je ne brillais guère par mon intelligence... Bref, j'ai fini par comprendre qu'en allant plus vite que la lumière j'arriverais à peine à retourner quelques secondes en arrières... Vanité. Je continue à creuser ces théories bien compliquées pour ma petite cervelle, mais en parallèle je me suis intéressée à la notion ésotérique et philosophique  du temps, avec des référents tels que Mircea Eliade, Zénon,René Guénon ou Bertrand Russel. Mais aussi intéressante que soient ces lectures (et franchement elles le sont !), elles ne m'ont jamais apporté la solution immédiate et concrète que j'attends : le moyen de rattraper ma vie dans tous ses moments particuliers qui me sont chers.

    Je pensais qu'être adulte c'était accepter de laisser les choses derrières soi, pour ne regarder que devant, ou tout au moins accepter sereinement de ne pas tout maitriser en ce domaine.

    Alors j'attendais que ça vienne, la sérénité, le renoncement. Mais le temps se contente de passer, avec lui les moments et les souvenirs, les sentiments, l'amour, la mémoire.

    Je ne suis plus aussi angoissée par le temps qu'à 17 ans, mais je reste dépitée par l'idée que je ne peux contrôler le temps. J'aimerais pouvoir sauter allègrement de l'année 1981 à 1992, revenir aujourd'hui et repartir en 1986. Pourquoi les choses se terminent-elles ? Pourquoi ne peut-on revivre éternellement nos moments préférés. Je ne renie pas l'avenir pour autant, parce que le passé a été un moment un avenir qui m'a offert de nouvelles joies.

    Je revois mon enfance, des moments d'incroyable insouciance, le soleil dans le jardin de mes parents, ma grand-mère, les oliviers et la colline qui grimpe vers Akbou.

    Mon passé c'est le ruisseau qui coulait derrière la maison, les expéditions avec mes cousins dans le verger, comme si c'était une forêt mystérieuse, le sommeil lourd de la sieste quotidienne, les premiers garçons, les lectures d'auteurs inconnus...

     

    Je voudrais qu'il n'y ait que des premières fois qui durent toujours

     


  • L'art est dans l'infini détail...

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    ...et Federico Fellini était un grand artiste

     

    La lourdeur de l’été ralentit toujours ces lieux. J’aurais beaucoup de choses à vous raconter ! Non pas que ma vie soit devenu brusquement passionnante, mais les expériences s’accumulent…

    Sortir, prendre le soleil, découvrir de nouveaux plaisir en s’accordant de regarder les choses différemment, voilà déjà le début d’un changement heureux…

    Regarder la vie ne nous met pas forcément en position de passivité. Au contraire. Regarder correctement demande un travail, un certain talent. Voir les détails, le détail. La petite chose subtile qui apportera l’incroyable sensation de contentement que certaines grandes occasions ne savent pas satisfaire. Etrange. Etrange comme le détail invisible et inconnu de tous, suffit à mettre en joie.

    Dans un poème, juste un vers suffira à embellir ma journée, la musique de ces mots, le souvenir qui m’accompagnera la journée entière, un rien qui suffit à tout !

    Rester des heures, allongées sur le dos, les jambes au mur, à regarder les détails alentour, voilà au moins une des choses que favorise la langueur de l'été...

    La vie c’est un joli carnet où je consigne ces détails ; un mot, un dessin, trois notes qui s’entrechoquent agréablement. Nous sommes sur Terre pour si peu de temps, tellement de détails à dénicher et si peu de temps pour ça…

    A celui qui fait l’économie de ses sentiments, à celui qui ne galvaude pas ses gestes, à celui qui sait voir le détail : à celui dont je pourrais guetter les prémisses d’un sourire…

     

     

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    Mikhaïl Lermontov - Sourire

     

    Quand je te vois sourire,
    Mon cœur s’épanouit,
    Et je voudrais te dire,
    Ce que mon cœur me dit !

    Alors toute ma vie
    A mes yeux apparaît ;
    Je maudis, et je prie,
    Et je pleure en secret.

    Car sans toi, mon seul guide,
    Sans ton regard de feu
    Mon passé paraît vide,
    Comme le ciel sans Dieu.

    Et puis, caprice étrange,
    Je me surprends à bénir
    Le beau jour, oh mon ange,
    Où tu m’as fait souffrir !

  • Je ne veux pas revenir

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    Oui, c'est Nana Mouskouri, mais écoutez sans effroi, s'il vous plait.

     

     

    Où es-tu passé, mon passé
    Perdu dans les gorges de la Chiffa ?
    Le ruisseau oublie la guerre
    L'eau coule comme naguère
    Les enfants ne font plus de grimaces
    Ils dansent dans la vallée
    Ils oublient leur faim et leur race
    Ils jouent en liberté

    Où es-tu mon passé
    Si beau, si loin, si près ?
    Où es-tu passé mon passé
    Là-bas, ici ou à côté ?

    Les pique-niques en famille
    Les chapeaux de paille en pacotille
    Les tomates ruisselantes d'huile d'olive
    Les moustiques partaient sur l'autre rive
    C'était le temps de la puberté,
    Nous chassions les mauvaises pensées
    Les arbres nous tenaient à l'ombre
    Nos cœurs amoureux étaient sombres

    Où es-tu mon passé
    Si beau, si loin, si près ?
    Où es-tu passé mon passé
    Là-bas, ici ou à côté ?

    Où es-tu passé, mon passé
    Dans ce village de cyprès
    Où coule la source la plus belle ?
    Comme un oiseau, mon âme a pris ses ailes
    Pour monter là-haut dans le ciel bleu
    Rejoindre ce monde étrange de feu,
    Le jardin parfumé des artistes,
    Graver un nom de plus sur la liste

    Où es-tu mon passé
    Si beau, si loin, si près ?
    Où es-tu passé mon passé
    Là-bas, ici ou à côté ?

    Mon pays sent bon le jasmin
    J'aimerais y retourner demain
    Les fleurs ne sont plus arrosées
    La terre rouge s'est refermée !
    La guerre assassine les innocents,
    Les vieux, les femmes et les enfants
    Et le ruisseau de ma jeunesse,
    Léger, danse avec ivresse

    Où es-tu passé, mon passé ?
    Le soleil se couche derrière les orangers
    J'ai peur d'oublier mes souvenirs
    Non, non, il ne faut pas mourir !

    Paroles J-C Brialy / Musique P Amoyel

     

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    Où es-tu passé mon passé ? C'est une question que je me pose quelquefois. La mémoire est  une obsession chez moi. Plus que la mémoire le regret de celle-ci. Je ne suis pas une personne particulièrement cafardeuse, mais je peux verser facilement dans  la mélancolie des souvenirs passés. J'aime la vie, le mouvement, l'idée que chaque nouveau jour offre un champ infini de possibilité. Mais je reste fidèle à ma mémoire et attachée à mon passé.

    Pour tout dire, j'ai du mal avec la fin : les souvenirs ce sont avant tout des choses qui se sont terminées, qui n'existent plus. On ne peut plus rattraper le passé, il est, comme dit la chanson, si loin et si près, et je ne peux le toucher.

    J'ai plus de 30 ans et cela fait bien 20 ans que j'attends de grandir, de devenir adulte. Plus petite, j'étais assez mystique, et je pensais qu'il viendrait un message d'on ne sais où, qui me dirait le moment venu, quoi faire, comment et pourquoi le faire. Et je prenais pas mal de choses au pied de la lettre. Je n'étais déjà pas très intelligente : je pensais que vers 18-20 ans, je deviendrais brusquement quelqu'un d'autre, une adulte portée vers son avenir, avec la maturité et la sérénité nécessaire à l'accomplissement de ce long chemin qu'est la vie.

    Mais non. Il n'y a jamais eu de message descendu des nuages, il n'y jamais eu cette transformation d'une enfant en une adulte accomplie. Il y a juste la même personne encore assez lucide pour comprendre que chaque moment qu'elle vivait, qui se terminait, était un morceau d'elle qui lui était arraché.

    Je n'aime pas le temps tel qu'on en a conscience, c'est-à-dire le temps linéaire, l'abscisse terne et trop simple. Je préfère m'accrocher à l'idée que le temps possède plusieurs dimensions. Je suis cataloguée comme littéraire (malgré mon amour des fautes d'orthographe...) mais les sciences physiques m'ont toujours attirés. L'étude de la physique est comme celle de la philosophie : un facteur essentiel de la construction de l'âme humaine.

    Le temps m'échappe, il file entre mes doigts, et ce qui est passé ne reviendra jamais. J'ai cherché des moyens de me rassurer, de trouver des réponses qui me conviennent. La lecture physique du temps que j'ai pu découvrir chez Einstein, Minkowski ou Planck a pu me donner un peu d'espoir d'un point de vue théorique, mais il n'en restait pas moins que le passé ne revient pas car je ne sais pas dépasser cette dimension linéaire. J'ai longtemps crû qu'en les lisant bien et consciencieusement, je pourrais comprendre ce que ces physiciens démontraient, et alors je serais assez maligne pour sauter dans une autre dimension du temps : quand je vous dis que je ne brillais guère par mon intelligence... Bref, j'ai fini par comprendre qu'en allant plus vite que la lumière j'arriverais à peine à retourner quelques secondes en arrières... Vanité. Je continue à creuser ces théories bien compliquées pour ma petite cervelle, mais en parallèle je me suis intéressée à la notion ésotérique et philosophique  du temps, avec des référents tels que Mircea Eliade, Zénon,René Guénon ou Bertrand Russel. Mais aussi intéressante que soient ces lectures (et franchement elles le sont !), elles ne m'ont jamais apporté la solution immédiate et concrète que j'attends : le moyen de rattraper ma vie dans tous ses moments particuliers qui me sont chers.

    Je pensais qu'être adulte c'était accepter de laisser les choses derrières soi, pour ne regarder que devant, ou tout au moins accepter sereinement de ne pas tout maitriser en ce domaine.

    Alors j'attendais que ça vienne, la sérénité, le renoncement. Mais le temps se contente de passer, avec lui les moments et les souvenirs, les sentiments, l'amour, la mémoire.

    Je ne suis plus aussi angoissée par le temps qu'à 17 ans, mais je reste dépitée par l'idée que je ne peux contrôler le temps. J'aimerais pouvoir sauter allègrement de l'année 1981 à 1992, revenir aujourd'hui et repartir en 1986. Pourquoi les choses se terminent-elles ? Pourquoi ne peut-on revivre éternellement nos moments préférés. Je ne renie pas l'avenir pour autant, parce que le passé a été un moment un avenir qui m'a offert de nouvelles joies.

    Je revois mon enfance, des moments d'incroyable insouciance, le soleil dans le jardin de mes parents, ma grand-mère, les oliviers et la colline qui grimpe vers Akbou.

    Mon passé c'est le ruisseau qui coulait derrière la maison, les expéditions avec mes cousins dans le verger, comme si c'était une forêt mystérieuse, le sommeil lourd de la sieste quotidienne, les premiers garçons, les lectures d'auteurs inconnus...


    Je voudrais qu'il n'y ait que des premières fois qui durent toujours.

     

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    J-W Godward - In the days of Sappho

     


    Pourquoi les choses doivent-elles se terminer ?


    Je voudrais revivre éternellement ces moments, l'enfance, mais aussi les découvertes faites à l'adolescence. Comment ressentir à nouveau le même émerveillement à la première lecture de Boris Vian, la poésie de Saint-John Perse ou Rimbaud. Même les premiers désespoirs me manquent, parce que je sais maintenant qu'ils sont définitifs. La mort de Tess dans le roman de Thomas Hardy, la lâcheté d'Angel Clare ne sont plus à redouter : j'ai eu l'impression de m'enfoncer dans un trou d'eau en terminant cette lecture. La fin d'un moment, encore une fois. Le premier amour, un été aussi tiens, aussi douloureux fut-il un moment, était aussi un instant de découverte de nouveaux sentiments, un brasier qui s'allume malgré soi.

    Comment tomber amoureux, aimer la même personne longtemps et longtemps, et renoncer à ce feu de la première fois ?Comment vivre en voulant les deux : garder cet amour le plus longtemps possible, et connaître encore et encore les affres d'une première fois, les regards qui se croisent pour la première fois, les mains qui se touchent enfin, et mon Dieu ce premier baiser qui vient m'exploser le cœur...Revivre cela c'est forcément renoncer à l'amour tranquille, à celui qui dure. Alors il reste les souvenirs si on ne veut pas détruire le présent. Mais comment toucher du doigt ce passé ? Le rappeler à soi par le jeu de la mémoire, aussi intense soit-elle, ne sert qu'à faire monter les larmes aux yeux, car les souvenirs ne sont que le cimetière constant de sa propre vie.

    Ce garçon qui me serrait dans ses bras à 17 ans, en me jurant m'aimer toute sa vie, n'existe plus. L'homme qu'il est devenu est un autre que lui. Les arbres du jardin qui nous faisaient des forêts, ne sont plus que des oliviers et des figuiers.

    Ma grand-mère est morte il y a quelques années. J'ai pour elle un attachement que l'on imagine facilement. Depuis son décès, je n'ai pas voulu remettre les pieds dans la ville de mon enfance : je ne suis pas allée à l'enterrement, je n'ai toujours pas visité sa tombe, 8 ans plus tard. Je ne peux pas. Si je vois la pierre avec son nom gravé, alors elle sera morte vraiment, et une partie de ma vie emportée avec elle. C'est puéril peut-être ? Je ne sais pas.

    Je vous dis tout ça ici, mais sinon, je le garde pour moi : je ne suis qu'une gentille fille marrante, un peu délurée et coquine, intelligente et rationnelle, sûre d'elle. Fantasque mais rassurante. A qui avouer tout ça sans le perdre aussitôt ?


    Les choses ne devraient jamais se terminer.


    Au fil du temps, je suis devenue de plus en plus matérialiste. Non par avidité ou bête consumérisme, mais par peur. Ce que je peux toucher du doigt continue d'exister. La satisfaction matérielle immédiate offre une certaine sécurité à mon âme, c'est comme un rempart à mes angoisses. Ma personnalité s'est dégradée avec le temps : je me suis mise à moins aimer les être humains, au profit des choses matérielles. Ma nature profonde est plutôt d'aimer les autres d'office, et de les laisser être ce qu'ils sont. Mais tenir aux gens c'est risquer le désespoir de les perdre. Alors un jour, il y a longtemps déjà, j'ai décidé un matin que je serais cynique et misanthrope. Le souci c'est que mon élan naturel me porte à aimer les gens. Je luttais donc avec moi-même pour devenir la plus cynique, la plus détachée, la plus inaccessible des femmes.

    Ce n'est pas bon de faire ça, car forcément un jour on arrive à son but et l'on est véritablement désabusée de tout. Je sais à merveille rompre les liens par un simple silence froid et provoquer l'inimité par une arrogance subtilement distillée. Tout plutôt que risquer d'être aimée : au moins je ne connaitrai pas la fin de cet amour ou de cette amitié heureusement évité par mes soins.

    Victor Hugo disait que les livres sont des amis froids et sûrs, je leur ai donné toutes mes émotions, mon plaisir, j'y ai trouvé un partage sans fin, un miroir aux multiples facettes pour mon âme. Et je me suis découvert des facultés incroyables au matérialisme immédiat : avec les livres, les chaussures, les vêtements, l'amour des belles choses, quelles qu'elles soient, je me trouvais des repères fixes, des choses à aimer durablement et dont la fin ne dépendrait que de moi. Amère illusion du contrôle de ses émotions. Je ne donnais ma foi et ma vie qu'à quatre personnes. Mais même en renonçant à tous les être humain juste pour être assurée qu'on ne me prendrait jamais ces quatre là, j'ai échoué. Deux d'entre elles connaissent des soucis de santé que je ne peux faire disparaître, et j'ai peur de leur souffrance, de les perdre. Je suis égotique, oui. Je ne pense qu'à ma propre angoisse en fait.

    La virtualité m'offrait une chance d'essayer de changer à nouveau, mais dans l'autre sens. Je me dis, sois toi-même, ceux qui t'aimeront sauront pourquoi et toi aussi, ainsi tu ne risque rien. Et surtout, vous qui lisez ces lignes, vous n'existez pas vraiment, je ne risque pas grand-chose à m'attacher à ce qui n'existe déjà pas, et qui ne peut donc se terminer. Mais je n'ai définitivement pas deux sous d'intelligence : même ce qui n'existe pas se joue de moi et cesse simplement, tout comme le reste.


    La vie est une traitresse car elle offre et reprend aussitôt


    Comment arrêter de vouloir ? Mon dernier vœu serait le renoncement, la fin véritable de tout espoir.

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    Ask me no more - Sir Lawrence Alma-Tadema